Bistro Bar Blog

vendredi 26 avril 2013

Nikola Tesla : autobiographie (11 et fin)

(...)

Cela s'est passé il y a très longtemps et, depuis, je n'ai jamais eu la moindre raison de changer d'avis en ce qui concerne les phénomènes psychiques ou spirituels pour lesquels il n'existe absolument aucun fondement. La croyance en ces choses découle tout naturellement du développement intellectuel. Lorsque les dogmes religieux perdent toute crédibilité orthodoxe, chaque homme ne demande qu'à croire à un quelconque pouvoir suprême. Nous avons tous besoin d'un idéal pour diriger notre vie et assurer notre sérénité, peu importe qu'il soit basé sur une religion, un art, une science ou toute autre chose, pourvu qu'elle remplisse les fonctions d'une force immatérielle. Il est capital de faire prévaloir une conception commune pour que l'humanité, en tant que tout, vive dans la paix.

Même si je n'ai réussi à obtenir aucune preuve venant corroborer les affirmations des psychologues et des spiritualistes, je fus pleinement satisfait de prouver l'automatisme de la vie, non seulement par l'observation continue des actes individuels, mais aussi et surtout grâce à certaines généralisations. Celles-ci ont conduit à une découverte que j'estime de la plus haute importance pour l'humanité, et sur laquelle je vais m'étendre un peu maintenant. Je soupçonnai pour la première fois cette vérité stupéfiante à la fin de mon adolescence. Toutefois, pendant bon nombre d'années, j'ai interprété mes sensations comme de pures coïncidences. Et notamment, lorsque moi-même ou une personne qui m'était chère, ou une cause que je défendais, se faisaient agresser par d'autres d'une manière que l'on pourrait dire profondément injuste, je ressentais une peine singulière et indéfinissable que j'ai qualifiée de "cosmique" à défaut d'un terme plus adéquat ; immanquablement, peu de temps après, les agresseurs furent accablés de malheurs. Après plusieurs de ces expériences, j'ai confié cela à quelques amis qui avaient la possibilité de vérifier la justesse de cette théorie que j'avais graduellement établie et que l'on peut formuler de la manière suivante.




Nos corps ont une structure commune et sont exposés aux mêmes influences extérieures. De ce fait, nous réagissons pareillement et nos activités générales, sur lesquelles sont basées notre système de règles sociales ou autres et nos lois, sont concordantes. Nous ne sommes rien de plus que des automates entièrement à la merci des forces de l'environnement, et nous sommes ballottés comme des bouchons à la surface de l'eau et confondons la résultante des impulsions extérieures avec le libre arbitre. Nos mouvements et autres actions ont toujours un caractère conservateur et bien qu'apparemment nous paraissions indépendants les uns des autres, nous sommes unis par des liens invisibles. Tant qu'un organisme est en équilibre parfait, il répond avec précision aux agents qui le commandent, mais dès lors que cet équilibre est tant soit peu rompu, son instinct de conservation est compromis. Tout le monde comprendra que la surdité, une vue affaiblie, ou un membre blessé, peuvent réduire les chances de vivre d'une manière autonome. Cela est encore plus manifeste dans le cas de dysfonctionnements cérébraux qui vont priver l'automate de cette qualité de vie et le conduire à sa perte. Un individu très sensible et très observateur, dont les mécanismes hautement évolués sont intacts et qui agit avec précision et en accord avec les conditions changeantes de l'environnement, dispose d'un sens transcendant lui permettant d'échapper à des risques difficilement prévisibles, que les sens ordinaires ne peuvent percevoir. Toutefois, lorsqu'il a affaire à d'autres, dont les organes de contrôle sont très défectueux, ce sens se manifeste avec force et il ressent la douleur "cosmique". Cette vérité a été vécue des centaines de fois et j'invite d'autres étudiants en biologie à vouer une attention toute particulière à ce sujet, car je crois que par des efforts conjugués et soutenus, ils arriveront à des résultats d'une valeur inestimable pour l'humanité.

L'idée de construire un automate pour justifier de ma théorie se présenta à moi très tôt ; néanmoins, je n'ai pas commencé mes travaux avant 1893, date à laquelle je débutai mes recherches en technologie sans fil. Durant les deux ou trois années qui suivirent, je construisis de nombreux mécanismes automatiques que l'on pouvait télécommander, et les montrai à mes visiteurs dans mon laboratoire. Toutefois, en 1896, je conçus un appareil complet, capable d'exécuter un grand nombre d'opérations ; l'achèvement de mon travail fut toutefois remis à la fin de 1897. La représentation et la description de cette machine furent publiées dans mon article paru dans le magazine Century du mois de juin 1900, ainsi que dans d'autres périodiques de cette époque ; lorsqu'elle fut présentée au public pour la première fois en 1898, elle entraîna des réactions qu'aucune de mes autres inventions n'avait suscitées jusque là. En novembre 1898, j'obtins un premier brevet pour ce nouvel appareil, après que l'examinateur en chef se fut déplacé à New York pour se rendre compte de ses performances, car mes affirmations lui avaient paru incroyables. Je me souviens avoir téléphoné plus tard à un officiel à Washington pour lui expliquer mon invention, dans l'objectif de l'offrir au Gouvernement, et qu'il éclata de rire. À cette époque, personne ne pensait qu'il y avait la moindre chance de mettre au point un tel appareil. Malheureusement, dans ce brevet, et sur les conseils de mes avocats, j'ai dit qu'il était commandé par un seul circuit et un type de détecteur bien connu, car je n'avais pas encore assuré la protection des spécifications de mes méthodes et appareils. En fait, mes bateaux étaient commandés par une action conjointe de plusieurs circuits, et il n'y était pas question d'interférences. La plupart du temps, j'utilisai des circuits récepteurs en forme de boucles, en y incluant des condensateurs, car les décharges de mon transmetteur de haute tension ionisaient l'air dans la pièce au point que même une petite antenne pouvait puiser l'électricité dans l'air environnant pendant des heures. J'ai découvert, par exemple, qu'une ampoule à vide de 30 cm de diamètre, ayant une seule borne sur laquelle était fixé un fil très court, émettait jusqu'à un millier de flashes successifs, jusqu'à ce que tout l'air dans le laboratoire soit neutralisé. La forme en boucle du récepteur n'était pas sensible à cette perturbation, et il est très curieux qu'elle devienne populaire ces derniers temps. En réalité, le récepteur accumule beaucoup moins d'énergie que les antennes ou un long câble relié à la terre, et de ce fait il n'a pas les imperfections des appareils actuels sans fil. Lorsque je présentai mon invention devant un auditoire, les visiteurs pouvaient poser n'importe quelle question, même les plus compliquées, et l'automate leur répondait par des signes. En ce temps-là, c'était considéré comme de la magie, mais en fait, c'était très simple, puisque c'est moi-même qui répondais aux questions par l'intermédiaire de la machine.

À cette même époque je construisis par ailleurs un gros bateau télécommandé, dont on peut voir une photo dans ce numéro de l'Electrical Experimenter. Il était commandé par des circuits de plusieurs tours, placés dans la coque qui était fermée hermétiquement, et que l'on pouvait immerger. Les dispositifs étaient semblables à ceux utilisés dans le premier, avec cette différence que j'y ai introduit certaines caractéristiques spéciales, comme des lampes à incandescence qui apportaient la preuve visible du bon fonctionnement de la machine.

Un des bateaux télécommandés de Tesla, submersible et sans antennes externes.

Ces automates, commandés dans le champ de vision de l'opérateur, ne représentaient cependant que la première étape plutôt grossière dans l'évolution de la Science des 'Téléautomates', telle que je l'avais conçue. Il était logique que l'étape suivante fut leur application hors du champ de vision et très loin du centre de contrôle et, depuis lors, j'ai toujours prétendu qu'ils pouvaient servir comme arme de guerre et remplacer les armes à feu. Il semblerait qu'aujourd'hui on leur reconnaisse cette importance, à en juger les annonces occasionnelles dans la presse de certaines réalisations dites extraordinaires, mais qui en vérité n'apportent rien de neuf. Les installations radio actuelles permettent, quoique de manière imparfaite, d'envoyer un avion dans les airs, de lui faire suivre approximativement une certaine course et d'effectuer un nombre d'opérations à plusieurs centaines de kilomètres. Une machine de ce type peut en outre être commandée mécaniquement de plusieurs façons et je ne doute pas qu'elle puisse faire preuve d'une certaine utilité en temps de guerre. Toutefois, pour autant que je sache, il n'existe aujourd'hui aucun instrument ou dispositif qui permettrait de procéder avec précision. J'ai consacré des années entières de recherches à ce sujet, et j'ai développé des moyens permettant de réaliser facilement ce type de prouesse et d'autres. Comme je l'ai déjà dit antérieurement, lorsque je fus étudiant à l'université, j'ai conçu une machine volante quasi différente de celles qui existent actuellement. Le principe de base était juste, mais il était impossible de le mettre en pratique à défaut d'une force motrice de puissance suffisante. Ces dernières années, j'ai réussi à résoudre ce problème, et je projette de construire des aéronefs dépourvus d'ailerons, d'ailes, d'hélices ou autres accessoires externes, qui seront capables d'atteindre des vitesses énormes et susceptibles de fournir des arguments de poids en faveur de la paix dans un futur proche. Page (... 108 dans le texte original) vous verrez un appareil de ce type, dont le démarrage et le fonctionnement ne se font que par réaction ; il doit être commandé soit mécaniquement, soit avec des ondes hertziennes. En construisant les installations adéquates, il sera possible d'envoyer un missile de ce type dans les airs et de le faire tomber quasiment à l'endroit voulu, même à des milliers de kilomètres. Néanmoins, il faudra aller plus loin. On finira par inventer des ''téléautomates'' capables d'agir comme s'ils avaient une intelligence propre, et leur avènement créera une révolution. En 1898 déjà, je proposai à des représentants d'une grosse société industrielle de construire et d'exposer publiquement une voiture qui, de manière autonome, serait capable de réaliser une grande variété d'opérations, dont certaines nécessitent quelque chose comme la faculté de jugement. Cependant, ma proposition fut jugée chimérique, et elle resta lettre morte.

Aujourd'hui, beaucoup d'hommes doués d'intelligence pratique essaient d'imaginer des expédients susceptibles d'empêcher que ne se répète ce conflit atroce, qui est théoriquement terminé, et pour lequel j'avais prédit la durée et son dénouement dans un article paru dans le Sun, le 20 décembre 1914. L'Alliance proposée n'est pas une solution, bien au contraire ; elle risque d'avoir des résultats à l'inverse de ceux espérés, selon l'avis d'un bon nombre d'hommes compétents. Il est particulièrement regrettable que le traité de paix inclut une politique de répression, parce que dans quelques années, il sera possible aux pays de se battre sans armées, bateaux ou armes à feu, mais avec des armes bien plus terribles dont l'action et la portée destructrices sera pratiquement sans limites. L'ennemi pourra détruire une ville à n'importe quelle distance et aucune puissance de la terre ne pourra l'en empêcher. Si nous voulons conjurer une catastrophe menaçante et éviter une situation susceptible de transformer ce globe en enfer, nous devrions accélérer le développement de machines volantes et de la transmission hertzienne sans plus attendre, avec tous les moyens dont dispose ce pays.

FIN


Si vous souhaitez poursuivre en images, une vidéo qui m'a été communiquée par Kna, "Nikola Tesla, le génie du tonnerre", archives oubliées (45 mn). L'intégration ayant été désactivée sur demande, cliquez ICI.

1 commentaire:

  1. HELIOS, Je vous remercie c est la page du lien qui s affiche pas question de protection ou d adresse IP qui plait pas.

    CHRIS à bien lui aussi donné un lien mais rien de téléchargeable.
    BONNE ANNÉE 2014

    RépondreSupprimer

Tout commentaire qui se veut une publicité cachée est refusé.