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mardi 12 mars 2013

Sommeil et insomnie (1/2)


Le sommeil, un besoin vital. Ce que les scientifiques ne disent pas, c'est qu'il est vital parce que nous avons besoin de rêver, que ''l'âme'' s'évade pendant la nuit pour aller se recharger. Ils ne le disent pas parce qu'ils ne considèrent l'être humain que comme une machine biologique.

Debout toute la nuit : la science de l'insomnie


Par Elizabeth Kolbert
Mars 2013


Nathaniel Kleitman, connu comme le ''père de la recherche moderne sur le sommeil'', est né en 1895 en Bessarabie – aujourd'hui la Moldavie – et a passé sa vie à courir. D'abord, les pogroms l'ont conduit en Palestine ; puis la première guerre mondiale l'a chassé vers les USA. À l'âge de 20 ans, il atterrit à New York sans un sou ; à 28 ans, il a fait son chemin au City College et a acquis un doctorat à l'université de Chicago. Il devint peu de temps après membre de la faculté. Un des premiers sponsors des recherches de Kleitman sur le sommeil a été la Wander Company, fabricant de l'Ovomaltine qui espérait la promouvoir comme remède à l'insomnie.

Jusqu'à l'arrivée de Kleitman, le sommeil était, comme l'a décrit un commentateur, ''un immense trou noir dans les sciences de la physiologie''. Personne n'a pris le temps de l'étudier parce qu'on le définissait par ce qu'il n'était pas – le sommeil étant l'état où l'on n'est pas éveillé et en même temps où l'on n'est pas dans le coma ou mort. (ce qui a attiré exactement Kleitman vers ce sujet académique marginal n'est pas clair, mais il a été suggéré que cela s'accordait avec son milieu marginalisé)

Dans l'une des premières expériences de Kleitman, il a gardé éveillés une demi-douzaine d'hommes pendant plusieurs jours d'affilée, puis les a soumis à une batterie de tests physiques et psychologiques. Il servait lui-même fréquemment de sujet. Lors d'une participation à une expérience de privation de sommeil, Kleitman resta éveillé plus longtemps que quiconque – 115 heures de suite. À un moment, épuisé et apparemment en état d'hallucination, il a déclaré, à propos de rien en particulier, ''C'est parce qu'ils sont contre le système''. (interrogé à ce sujet, il a dit qu'il avait l'impression qu'il était en pleine dispute avec un observateur concernant les syndicats''.) Dans une autre expérience où il servait de sujet, Kleitman passa six semaines sous terre, dans une grotte du Kentucky en essayant de vivre selon le rythme de journées de 24 heures. (où il découvrit qu'il ne le pouvait pas)



Dans le courant des années 1900, Kleitman fut sponsorisé en partie par Swift, une société d'emballage de viande, qui était intéressé de savoir si un régime d'alimentation pour bébés riche en protéines les aiderait à dormir plus profondément. Ce fut à cette période que lui – ou, en réalité – l'un de ses étudiants diplômés – fit une grande découverte. À la recherche d'un sujet de thèse, un étudiant, Eugène Aserinsky, décida de brancher des dormeurs sur la version primitive d'une machine à électroencéphalogramme qui barbouillait un demi-kilomètre de papier chaque nuit. Pendant cette opération, Aserinsky remarqua que plusieurs fois par nuit les dormeurs traversaient des périodes où leurs yeux papillonnaient rapidement d'avant en arrière. Kleitman insista pour répéter une nouvelle fois l'expérience, cette fois avec sa fille, Esther. En 1953, lui et Aserinsky introduisirent dans le monde la notion de ''mouvement rapide des yeux'' ou sommeil paradoxal (REM en anglais). Un autre étudiant de Kleitman, William C. Dement, aujourd'hui professeur de psychiatrie à la faculté de médecine de Stanford, a déclaré cela comme l'année où ''l'étude du sommeil est devenue un vrai domaine scientifique''.

La découverte du sommeil paradoxal mena à l'élaboration d'une complète taxonomie du sommeil. Au stade 1 (sommeil léger), le cerveau émet ce qu'on appelle les ondes theta, qui sont plus lentes et plus régulières que les ondes émises par un cerveau en état d'éveil ; au stade 3 (sommeil profond), il émet des ondes delta, qui sont encore plus lentes et possèdent une plus grande amplitude. (une personne peut être réveillé au stade 1 par un léger bruit ; au stade 3, il pourrait dormir avec un bruit d'explosion). Les primates, les mammifères marins, les oiseaux, même les poissons ont leurs propres schémas de sommeil. Des lémuriens de Madagascar sommeillent pendant plus de quinze heures par jour, mais avec seulement une heure de sommeil paradoxal. Les dauphins à gros nez dorment avec la moitié de leurs cerveaux ; ce qui les empêche de se noyer. Les grives rattrapent leur temps de sommeil en faisant des ''siestes'' de moins de 30 secondes chacune.

Les nouvelles technologies ont rendu l'étude du sommeil moins coûteuses, plus faciles et moins intrusives. En 2003, un expert dans ce domaine a annoncé ''l'aube d'un âge d'or dans la recherche sur le sommeil''. Depuis des centaines, voire des milliers d'articles scientifiques, ont été écrits sur le sujet allant ''des problèmes de sommeil des enfants chinois d'âge scolaire'' au ''comportement du sommeil chez les rhinocéros noirs sauvages''.

Actuellement, aux seuls USA, plus de deux mille études cliniques sur le sommeil sont pratiquées. Toutes, elles soulèvent une question : si c'est l'âge d'or pour des recherches sur le sommeil, pourquoi alors sommes-nous si fatigués ?

De toutes les possibilités de problèmes au lit, ce sont les troubles du sommeil qui sont probablement les plus répandus. Selon un sondage de 2011, plus de la moitié des américains entre 13 et 64 ans ont un problème de sommeil presque toutes les nuits, et les deux tiers se plaignent qu'ils ne récupèrent pas suffisamment pendant la semaine *. L’Académie Nationale des Sciences estime que 50 à 70 millions d'américains souffrent d'un ''trouble chronique de sommeil et de réveil''. Dangereux et ennuyeux. Une étude récente du Centre de Contrôle et de Prévention des Maladies a révélé que presque 5 % des adultes reconnaissent avoir eu une perte de vigilance au volant au moins une fois le mois précédent. Le département américain des transports a déterminé que ce qu'on pourrait nommer une ''conduite en état de somnolence'' cause 40.000 blessures par an aux USA et plus de 1500 décès.
Notre lassitude collective fait l'objet de plusieurs nouveaux livres, certains écrits par des professionnels qui étudient le sommeil, d'autres par des amateurs qui sont en état de manque. Celui de David K. Randall, ''Le pays des rêves : aventures dans l'étrange science du sommeil'' appartient à cette dernière catégorie. C'est un bon livre à lire pendant un moment d'insomnie.

Randall commence avec le récit de ses nuits d'insomnie, agrémentées de rire, chansons, grognements, bonds, coups de pied et au moins lors d'une occasion de somnambulisme dans le couloir. Il envisage une liste d'explications possibles pour cet épuisement national – trop de lumière, trop de chaleur, trop d'embonpoint – et les trouve toutes irréfutables. Les ampoules électriques ont rendu l'obscurité optionnelle, éliminant le farniente obligatoire qui commence au coucher du soleil. Les matelas modernes et la literie emprisonnent la chaleur que le corps doit libérer en abaissant sa température la nuit. L'obésité augmente les chances de développer une apnée du sommeil qui combine une suffocation et un réveil dans un cycle exténuant, avec parfois un risque pour la vie. Pour toutes ces raisons et d'autres, Randall anticipe un avenir radieux pour le domaine émergent de la ''gestion de la fatigue''. Un expert du sommeil qu'il interviewe prédit que ''des agents de gestion de la fatigue'' seront bientôt aussi communs dans les grandes sociétés que les comptables. Comme le temps, le sommeil, s'avère aussi de l'argent.

L'affirmation peut-être la plus provocante de Randall à propos du sommeil est qu'il serait bien meilleur de dormir seul. Des études montrent régulièrement, écrit-il, que les adultes ''dorment mieux quand ils ont font lit à part''. Une étude de ce genre a fait un suivi de couples sur une période de plusieurs nuits. Ils ont passé la moitié des nuitées dans un lit commun et l'autre moitié dans des chambres séparées. Au réveil ils ont tendance à dire qu'ils ont mieux dormi quand ils étaient ensemble. En fait, ils ont passé en moyenne 30 minutes de plus par nuit de stades de sommeil profond en dormant séparément. Randall cite un travail de Neil Stanley, un chercheur sur le sommeil à l'université du Surrey en Angleterre, qui aime dire qu'il n'existe qu'une seule bonne raison de partager un matelas.

''Les masses endormies'', par Matthew J. Wolf-Meyer, présente une vision plus polémique de ce qu'on pourrait appeler la ''question du sommeil''. Wolf-Meyer, professeur assistant d'anthropologie à l'université de Californie, a passé quatre ans à interviewer toutes sortes de gens impliqués dans la recherche sur le sommeil : des médecins, techniciens, patients, membres de la famille de patients. Il conclut que ce que pensent les américains des problèmes de sommeil ne sont la plupart du temps que des problèmes sur la façon de penser des américains concernant le sommeil. ''Le sommeil normal est toujours un sommeil pathologique, ou c'est du moins très probablement le cas'', écrit-il.

Wolf-Meyer se réfère à l'habitude d'aller au lit aux environs de 23 h et d'y rester jusqu'aux environs de 7 h du matin en dormant sans interruption. On s'attend de nos jours à ce que les adultes dorment de cette manière ; toute autre pratique – dormir pendant la journée, dormir par petits bouts, se réveiller au milieu de la nuit – semble considéré comme malsain et même déviant. Cela n'a pas toujours été le cas. Jusqu'à il y a un siècle environ, Wolf-Meyer observe, ''les américains, comme les autres gens sur terre, avaient l'habitude de ne pas dormir d'une traite, c'est à dire en deux temps ou plus sur une journée de 24 heures''. Ils allaient se coucher peu de temps après le coucher du soleil. Quatre ou cinq heures plus tard, ils se réveillaient de leur ''premier sommeil'' et s'activaient – priaient, bavardaient, fumaient ou faisaient l'amour. Ils retournaient au lit ensuite pour leur ''deuxième sommeil''. (Lire aussi un article à ce sujet sur le BBB)

Pas de problème d'insomnie pour ce chaton !



Traduit par Hélios pour le BBB.  

* Pour la France :

Selon une enquête de l'Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV), réalisée avec le cabinet d'étude BVA Healthcare et publiée en Mars 2009 :
  • Un tiers de la population souffre de troubles du sommeil, dont 84% d'insomnie.
  • 36% des Français dorment moins de 7 heures par nuit.

À suivre.

5 commentaires:

  1. « Le sommeil, un besoin vital.
    Ce que les scientifiques ne disent pas, c'est qu'il est vital parce que nous avons besoin de rêver, que ''l'âme'' s'évade pendant la nuit pour aller se recharger. Ils ne le disent pas parce qu'ils ne considèrent l'être humain que comme une machine biologique. »

    Il fallait vraiment le dire, chère Hélios, pour introduire cet article qui, par ailleurs, ne nous apprend rien de bien nouveau du point de vue de la science officielle actuelle.

    Mais tout le monde ne peut pas admette qu’il y ait une âme qui, plus est, puisse s’échapper pour se recharger « ailleurs ». Cet ailleurs, quel qu’il soit, quel que soit son nom, suppose qu’on ait confiance en lui. Cette « foi » profonde est certainement la première condition pour accueillir le sommeil.

    Par manque de cette confiance profonde, un tas d’idées fausses ont pu envahir nos têtes. Rien que cela peut déjà sérieusement perturber notre relation avec le sommeil. Ces idées fausses exercent une sorte de tyrannie sur notre mental, et cela s’oppose au lâcher-prise indispensable.

    Il faut aussi s’autoriser à exercer son bon sens. Mais le cliché du « lit commun » a la vie dure et pourrit la vie entière d’innombrables couples qui cherchent désespérément à prouver leur normalité en s’empêchant mutuellement de bien dormir. Cela n’a plus rien à voir avec « l’amour ». Ne peut-on pas, dans ce domaine aussi, admettre sereinement que les conditions de vie et nos besoins ne sont plus du tout ceux de nos ancêtres ?

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  2. Je craque complètement devant cette photo de chaton endormi. En la regardant, on s'attend à voir son minuscule poitrail se soulever et s'abaisser, participant à la vie de tout ce qui respire, et on croit entendre le doux bruit de son souffle. Bien que couché sur notre divan, ce petit chat est ailleurs, tout abandon, confiance absolue.
    Bienheureux état, entièrement plongé dans un ciel où des anges veillent sur les chats...

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  3. bonsoir,
    pour vivre aussi des problemes de sommeil et de stress assez severe qui sont apparus ou tout au moin devenu patho depuis la monter en puissance des antennes relais,wifi ,meteo,radar etc etc
    le pic a commencer vers 2003 donc "antennes relais et wifi principalement(j oublie aussi les ampoules "imposees bassepuissance qui envoie des micro ondes aussi tres fortement
    (pour diminuer la puissance consommee on augmente la frequence et on aurais du blinder le culot de ces ampoule qui emettent aussi a travers les murs assez loin)...................
    donc
    je trouve qu il serais interressant d aller voir aussi au niveau de ces pistes là
    le cerveau ainsi que chaque cellule et plus globalement disont le corps entier
    fonctionne avec des micros courants electrique tres tres faible,et avoir sursaturé " l'ambiant actuel
    avec ces champs electriques qui sont des milliers de fois plus elevé que nos champs naturels est de mon avis
    et des scientifiques le confirment (peu publieé en france malheureusement),,tres tres loin d etre anodin sur le vivant en general ,,ainsi aussi donc sur le sommeil,meme je crois que si on avais des donnees epidemiologique sur le sommeil avant l apparition et la generalisation de l electricite "domestique '" on devrais aussi trouver quelque
    chose (champ electromagnetique pulsé en 50 hertz(pas naturel) et donc induction ,,,,tout autour dans le vivant ,interferant nos champs naturels beaucoup beaucoup plus faible (je repete),,,,donc voila
    peu etre aussi et sans doute une piste de ce coté là;;
    pour l anectode un chercheur en (sais plus ) qui se nommait georges lakhovski
    avais trouvé une correspondance entre l apparition des cancers en fonction de la zone ou on habitait et
    des differences suivant les zones en fonction de la difference de potentiel electrique entre "nous"
    et la "terre " ou on habitait
    trouvé aussi que chaque cellule fonctionnais commme un circuit oscillant (bobine)
    (de l importance aussi si je me rappelle de boire l eau de ou on habite,,pour avoir une equivalence electrostatique aussi(si jdit po'd betise) (le champ est perturber si on vit dans un endroit avec tel potentiel elec et si on boit de l eau venant d une autre zone ( si je me souvient bien et dit po de betise )
    il s avait eus des resultat verifié et reproduit sur des cancer induit dans des pelargoniums (geraniums)
    avec des bobines electriques (quelque tour de fil ,oavec ouverture au nord magnetique)
    et donc induisant un champ dont le nommbre de spire venait retablire ou reguler
    le champ des cellule (qui sont aussi des mini bobine elec)
    et donc soignait les tumeurs
    avec des courants induit tres tres faible (spire simplement remise a la terre ,sans elec rajoute
    il retablissait le "circuit oscillant " des cellules
    il avait aussi fabriqué des appareillages plus important et complexe sur le meme principe
    ,,et as eus (hum) une fin assez triste (ecrasé par une voiture)(la plupart de ces travaux ont "disparus"
    enfin ,un truc assez bizarre louche,,reste qelques ecrit , et des livres(le secret de la vie et l etude des champs elechamps oscillant )un truc comme ca je crois (j ai le livre mais sait plus ou),,en fin ce gars est connus auusi sur la toile,,,
    et pour resumer se que je voulais dire ,c est quil avait determiné (d autres aussi d ailleurs )
    que des micro courants tres tres faible avait une interaction tres tres importantes avec le vivant
    et donc aussi et sans doute sur la qualite du sommeil ,
    sujet de depart de ce post,,
    et donc nos champs actuels induits electriquement sont "ubuesque"" et suis pas le seul a le dire :sont
    "totalement irresponsable)
    il y a plein d etude la dessus ci on si interessent
    (((heuuu,,desolé,,c est un ti peu long,,oups)))logorrhee,,,heuuuu()
    merci helios pour votre article (et le blog bien sur)j attends la suite avec un "smile"
    bien a vous encore une fois
    au revoir
    tieri.


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    1. La suite demain, tieri, merci de ton commentaire. Nous sommes envahis d'ondes malsaines.

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  4. http://lefirago.overblog.com/doc-du-soir-le-manque-de-sommeil-nuit

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