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samedi 16 mars 2013

Le plan secret pour sauver Napoléon par sous-marin (1/2)

Une page d'histoire peu connue, qu'on n'enseigne pas à l'école.

Le plan secret du sauvetage de Napoléon avec un sous-marin


8 mars 2013

Tom Johnson fut l'un de ces extraordinaires personnages que l'histoire fait remonter en période de crise. Né en 1772 de parents irlandais, il tira le meilleur parti des opportunités qui se présentèrent et gagnait tout seul sa vie comme contrebandier à 12 ans. Il fit au moins deux fois d'incroyables évasions de prison. Quand les guerres napoléoniennes éclatèrent, sa réputation bien méritée d'extrême d'audace le fit embaucher – malgré son passé de criminel – comme pilote dans deux expéditions navales britanniques secrètes. 




 
Mais Johnson a réalisé aussi un exploit que l'histoire n'a jamais mentionné. En 1820 il a prétendu qu'on lui avait offert une somme de 40.000 livres (équivalent à 2.300.000 €) pour sauver l'empereur Napoléon de son lugubre exil sur l'île de Ste Hélène. Cette évasion devait s'effectuer de manière incroyable – en descendant une falaise à pic avec un harnais en corde (une ''chaise de calfat''), en direction de deux sous-marins primitifs attendant au large. Johnson devait concevoir lui-même les sous-marins, car son plan était échafaudé plusieurs dizaines d'années avant l'invention du premier véhicule sous-marin.



Commençons l'histoire avec l'empereur lui-même. Héritier de la Révolution Française – événement mémorable de l'époque, et celui qui, plus que tout autre, causa des nuits blanches aux riches élites privilégiées – le corse devint la terreur de la moitié de l'Europe ; génie militaire hors pair, envahisseur de la Russie, conquérant de l'Italie, de l'Allemagne et de l'Espagne, architecte du blocus continental, il était aussi (au moins aux yeux des britanniques) le plus grand monstre de son temps. Pour les petits enfants c'était ''Boney'', le croque-mitaine qui poursuivait les méchants enfants et les dévorait ; en France, il était le modèle du chauvinisme. Il était encore auréolé d'une légende dorée lorsque, vaincu, apparemment de manière décisive, en 1814 par la grande coalition de tous ses ennemis, il fut exilé sur la petite île italienne d'Elbe – juste pour s'en échapper, revenir en France et, dans la célèbre campagne connue sous le nom des Cent Jours, unifier encore une fois la nation entière derrière lui. Sa défaite finale à Waterloo entraîna la détermination des britanniques à ne lui laisser aucune autre chance. L'exil à Ste Hélène, petite île de l'Atlantique sud, à presque 2000 km de la terre la plus proche, était prévu pour rendre toute nouvelle évasion impossible.

L'empereur Napoléon en exil à Ste Hélène – une prison déprimante pour un homme qui avait autrefois gouverné presque toute l'Europe.


Cependant, tant que Napoléon est resté en vie (et il endura six années de plus en plus moroses à Ste Hélène avant de succomber finalement à un cancer – ou, certains disent, à un empoisonnement à l'arsenic), il y a toujours eu des projets de sauvetage. Emilio Ocampo, qui donne le meilleur récit de cette collection de complots médiocres, écrit que ''L'ambition politique de Napoléon ne s'est pas éteinte avec sa captivité. Et ses partisans étaient déterminés à ne jamais abandonner l'espoir de le libérer''. Non pas que les bonapartistes manquaient d'argent ; le frère de Napoléon, Joseph, qui fut un temps roi d'Espagne, s'était échappé aux États-Unis avec une fortune estimée à 20 millions de francs. Et la popularité de l'empereur aux États-Unis était telle que – le dit Ocampo – l'escadron britannique qui l'avait emmené en exil s'était dirigé de plusieurs centaines de kilomètres dans une mauvaise direction pour échapper à un navire corsaire américain, le ''True Blooded Yankee'' (le vrai Yankee acharné), qui naviguait sous l'étendard du gouvernement révolutionnaire de Buenos Aires et qui était déterminé à effectuer son sauvetage.



La plus grande menace venait bien de l'Amérique du sud. La France napoléonienne avait été la seule puissance à offrir un soutien quand le continent avait cherché à obtenir son indépendance de l'Espagne, et quelques patriotes avaient songé à encourager une évasion ou, plus ambitieux, une invasion de Ste Hélène. La perspective plaisait aussi à Napoléon ; s'il n'y avait aucun espoir réaliste de retourner en Europe, il pouvait toujours rêver d'installer un nouvel empire au Mexique ou au Venezuela.

Ste Hélène faisait une prison presque parfaite pour Napoléon : isolée, entourée de milliers de km² de mer gouvernée par la Royal Navy, presque entièrement dépourvue d'accès pour débarquer, et cernée de défenses naturelles sous la forme de falaises.


Débarqué sans encombres à Ste Hélène, l'empereur se trouvait néanmoins en 1815 dans ce qui était probablement la prison la plus sécurisée qu'on avait pu imaginer pour lui. L'île est extrêmement isolée, presque entièrement entourée de falaises et dépourvue de mouillages sûrs ; il n'existe qu'une poignée de débarcadères possibles. Ces derniers étaient gardés par une importante garnison, 2800 hommes au total, armés de 500 canons. Napoléon lui-même, était détenu pendant ce temps à Longwood, un manoir restauré entouré de terres étendues dans la partie la plus éloignée et la plus lugubre de l'intérieur de l'île.


Bien que l'empereur soit autorisé à garder un entourage et qu'on lui ait offert une assez grande liberté dans les limites du domaine de Longwood, tout le reste de l'île était strictement contrôlé par le sévère et efficace gouverneur de Ste Hélène, Sir Hudson Lowe, dont les perspectives de carrière étaient intimement liées à la sécurité de son célèbre prisonnier. Longwood était fortement défendu ; les visiteurs étaient interrogés et fouillés et l'accès au domaine était interdit durant les heures d'obscurité. Un escadron entier de la Royal Navy, composé de 11 navires, patrouillait constamment au large.



Les britanniques étaient si inquiets à l'idée de la plus légère possibilité d'évasion que de petites garnisons avaient été même établies sur l'île de l'Ascension et à Tristan da Cunha, à 2000 km de là dans l'Atlantique, pour anticiper toute possibilité que ces mouchoirs de poche volcaniques inhabités puissent servir de relais à un sauvetage. Aucun prisonnier, probablement, n'a jamais été gardé d'aussi près. ''À une telle distance et dans un tel endroit'', rapportait Lord Liverpool avec satisfaction à son cabinet, ''toute intrigue se révélerait impossible''.




Longwood, dans le centre humide de l'île, fut la résidence de l'empereur pendant les six dernières années de sa vie.

Et pourtant – chose étonnante peut-être – les britanniques avaient raison de prendre d'extrêmes précautions. Les marins envoyés stationner à Ascension découvrirent qu'un message avait déjà été déposé sur sa plage principale – qui disait : ''Que vive à jamais l'empereur Napoléon !'' - et Ocampo récapitule une longue liste de complots pour libérer l'empereur, dont un sauvetage par un voilier rapide, un bateau à vapeur dernier cri et même un ballon.


Où exactement s'intègre Tom Johnson dans ce tableau bien confus est difficile à dire. Bien que peu enclin à une publicité, Johnson est toujours resté en marge de la réalité et de la fiction – cette dernière souvent de sa propre invention. Des passages de sa vie sont largement absents (même son nom est en général mal orthographié, Johnston ou Johnstone) ; la seule biographie de lui est fantaisiste. La plus grande figure littéraire de l'époque, le romancier Sir Walter Scott (celui qui a écrit Ivanhoé, NdT) s'est fourvoyé à propos de la carrière de Johnson – écrivant, à tort, qu'il avait été pilote d'un navire de l'amiral Nelson à la bataille de Copenhague.



Il existe pourtant une preuve que Johnson avait construit un sous-marin et qu'il parlait ouvertement, après la mort de Napoléon du plan prévu pour l'utiliser. On peut trouver la version la plus complète des événements, avec ce qui prétend être les propres mots du contrebandier, dans un obscur mémoire intitulé Scènes et récits d'un curé en dette, qui fut publié en 1835, du vivant de Johnson. L'auteur prétendait avoir rencontré le contrebandier dans une prison pour dettes, où (irrité par les erreurs de Scott, suggère-t-il) Johnson fut d'accord pour conter sa propre version de l'histoire. Le livre contient les mémoires de plusieurs épisodes dramatiques qui sonnent bien avec les récits de l'époque – comme une remarquable évasion de la prison de Fleet, par exemple. Des correspondances donnent tout au moins du poids à l'idée que le matériau de Scènes et Récits fut vraiment écrit par Johnson – bien qu'il ne prouve bien sûr pas que le complot n'était que pure invention.


Le livre commence abruptement avec une description de ses sous-marins :

Le sous-marin de Robert Fulton de 1806 fut fabriqué d'après des plans payés par les britanniques et servit probablement d'inspiration pour la création de Johnson. Les documents se trouvaient au consulat américain à Londres et furent finalement publiés en 1920.
L'Aigle avait un déplacement de 114 tonneaux, 25 mètres de long et 5,50 m par le travers ; propulsé par deux moteurs à vapeur de 40 chevaux-vapeur. L'Etna – plus petit – faisait 12 mètres de long et 3 mètres par le travers ; déplacement 23 tonneaux. Ces deux vaisseaux avaient une équipe de 30 marins bien sélectionnés, avec quatre ingénieurs. Ils étaient aussi équipés de 20 torpilles, nombre capable de détruire 20 navires, prêtes à servir en cas d'une rencontre avec toute opposition de la part des navires de guerre sur place.

Le récit passe discrètement sur les difficultés considérables d'un possible voyage vers le sud à Ste Hélène avec des vaisseaux aussi petits, et arrive à leur apparition au large de l'île – l'Etna si près du rivage qu'il avait besoin d'être ''bien renforcé avec des 'pare-chocs' en liège'' pour empêcher qu'il se fracasse sur les rochers. Ensuite le plan exigeait que Johnson débarque, charriant ''une chaise mécanique, capable de contenir une personne sur le siège, et un marchepied à l'arrière'', et équipé d'une énorme quantité de ''cordages spéciaux pour baleine'', 760 mètres. Laissant cet équipement sur les rochers, le contrebandier escaladerait les rochers, enfoncerait un boulon d'ancrage et un blocage au sommet et prendrait la route de Longwood.

J'obtiendrai alors mon introduction auprès de sa Majesté Impériale et expliquerai mon plan... j'ai proposé qu'un cocher irait dans la maison à une certaine heure...et qu'on procurerait à Sa Majesté une livrée identique, ainsi qu'à moi-même, l'une dans le style d'un cocher et l'autre d'un palefrenier... Nous devrons ensuite attendre notre heure pour éviter la surveillance des gardes, qui observent rarement dans la direction du plus haut point de l'île, et à l'emplacement de notre arrivée où nos ancrages ont été installés, je devrai rapidement fixer une extrémité de corde à un anneau, et lancer le reste de la corde à mon homme de confiance en bas...et ensuite hisser la chaise mécanique en haut. Je ferai ensuite prendre place à Sa Majesté sur la chaise, en prenant position à l'arrière et la ferai descendre avec un poids correspondant de l'autre côté.

L'évasion serait terminée à la tombée de la nuit, écrivait Johnson, avec l'embarquement de l'empereur sur l'Etna et le transfert ensuite à bord de l'Aigle, plus grand. Les deux sous-marins feraient ensuite route – ils étaient équipés, note Johnson dans son récit, avec des mâts pliants et des moteurs. ''J'ai calculé'', finit-il, ''qu'aucun navire ennemi ne pourrait ralentir notre progression...dans l'éventualité d'une attaque j'affalerai les voiles et descendrai la bôme et le mât (ce qui ne prendrait que 40 minutes) et ensuite nous immergerons. Sous l'eau nous attendrons l'approche d'un ennemi, et ensuite, avec l'aide du petit Etna, attacherons une torpille au fond, et effectuerons sa destruction en 15 minutes''.

Charles de Montholon, général français qui a accompagné Napoléon en exil, a mentionné dans ses mémoires un complot pour faire évader l'empereur par sous-marin

SOURCE


Traduction originale par Hélios pour le BBB.


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