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vendredi 1 mars 2013

Foutue race humaine (2/2)

Première partie ICI.


(...)

L’homme est un animal religieux. Il est le seul animal religieux. Il est le seul animal qui a la vraie religion – il en a même plusieurs. Il est le seul animal qui aime son voisin comme lui-même, mais lui coupe la gorge si sa théologie n’est pas correcte. Il a transformé le globe en cimetière en essayant de son mieux d’aplanir le chemin de son frère vers le bonheur et le paradis. Il faisait cela à l’époque des Césars, il le faisait à l'époque de Mahomet, il le faisait à l'époque de l’inquisition, il l'a fait en France pendant deux siècles, il l’a fait en Angleterre à l'époque de la Reine Marie, il l’a fait depuis qu’il a vu la lumière, il le fait aujourd’hui en Crète, il le fera ailleurs demain. Les Animaux Supérieurs n’ont pas de religion. Et on nous dit qu’ils seront laissés pour compte dans l’après vie. Je me demande pourquoi ? C'est d'un goût très douteux.

L’homme est un animal qui raisonne. Telle est sa prétention. Je pense que c’est discutable. En vérité, mes expériences m’ont prouvé qu’il est un animal sans logique. Notez son histoire, comme décrite plus haut. Quel qu'il soit, il me parait clair que ce n’est pas un animal qui raisonne. Ce qu'il laisse, ce sont de fantastiques archives de fou. Je pense que le plus gros désavantage de son intelligence est le fait qu'avec un tel passé, il s'annonce avec mièvrerie comme l’animal au-dessus du lot : alors que d’après ses propres normes il est tout en bas.

En vérité, l’homme est incurablement stupide. Il est incapable d’apprendre des choses simples qu'apprennent sans effort d'autres animaux. Dans mes expériences il y a eu cela : en une heure j’ai appris à un chat à être ami avec un chien. Je les ai mis dans une cage. Une heure après je leur ai appris à être amis avec un lapin. En deux jours, j’ai pu ajouter un renard, une oie, un écureuil et des tourterelles. Et à la fin un singe. Ils vivaient ensemble en paix; même avec affection.

Ensuite dans une autre cage, j’ai enfermé un prêtre irlandais de Tipperary, et très rapidement quand il a semblé s'apprivoiser, j’ai ajouté un presbytérien écossais d’Aberdeen. Ensuite, un turc de Constantinople, un grec chrétien de Crète; un arménien, un méthodiste des terres sauvages de l’Arkansas; un bouddhiste de Chine; un brahmane de Bénarès. Et enfin un colonel de l'Armée du Salut de Wapping.



Je me suis tenu à l'écart pendant deux jours entiers. En revenant pour noter les résultats, tout allait bien dans la cage des Animaux Supérieurs, mais dans l'autre ce n'était qu'un bric-à-brac de turbans et de fezs, de tartan et d'os et de chair – plus un seul spécimen en vie. Ces animaux raisonnant n'étaient pas d'accord sur un détail de théologie et voulaient poursuivre l'affaire au tribunal.

On est obligé de concéder que pour une réelle noblesse de caractère, l'Homme ne peut prétendre approcher même le plus simple des Animaux Supérieurs. Il est évident qu'il est par sa constitution incapable d'approcher cette hauteur; qu'il est par constitution affligé d'un Défaut qui doit lui rendre une telle approche impossible à tout jamais, car il est manifeste que ce défaut est permanent chez lui, indestructible, indéracinable. Je pense que ce Défaut est le Sens Moral. C'est le seul animal à l'avoir. C'est le secret de sa dégradation. C'est la qualité qui le rend capable de mal faire. Ce Défaut n'a pas d'autre fonction. Il ne peut réaliser aucune autre fonction. Il n'aurait jamais pu être destiné à aucune autre. Sans lui, l'homme pouvait ne pas mal faire. Il se serait élevé tout de suite au niveau des Animaux Supérieurs.
 

Comme le Sens Moral n'a qu'une fonction, une seule capacité – rendre l'homme capable de mal faire – il est de toute évidence sans valeur pour lui. C'est autant dénué de valeur pour lui qu'une maladie. En fait, c'est manifestement une maladie. La rage est mauvaise, mais pas autant que cette maladie. La rage rend l'homme capable de faire le mal, mais pas autant que cette maladie. La rage rend l'homme capable de faire une chose qu'il ne pourrait pas faire quand il est en bonne santé : tuer son voisin par une morsure empoisonnée. Personne n'est meilleur que l'homme pour être enragé. Le Sens Moral rend un homme capable de faire le mal. Il le rend capable de faire le mal de mille manières. La rage est une innocente maladie à côté du Sens Moral. Personne peut n'être meilleur que l'homme pour avoir du Sens Moral. Quelle est maintenant la malédiction primitive ? À l'évidence ce qu'il y avait au commencement : un homme affligé de Sens Moral; la capacité de distinguer le bien du mal; et l'accompagnant forcément, la capacité de faire le mal; car il ne peut y avoir d'acte mauvais sans la présence chez son acteur de la conscience de ce mal.

Et donc je pense que nous avons chuté et dégénéré depuis nos lointains ancêtres – atome microscopique qui se baladait peut-être selon son bon plaisir au milieu des puissants horizons d'une goutte d'eau – insecte après insecte, animal après animal, reptile après reptile, le long de la longue route de l'innocence jusqu'à atteindre le fond du développement – j'ai nommé l'Être Humain. En dessous de nous – rien. Rien sauf le Français.


Il n'y a qu'un seul stade possible en dessous du Sens Moral; c'est le Sens Immoral. Le Français le possède. L'homme n'est qu'un peu plus bas que les anges. Cela le localise définitivement. Il se situe entre les anges et le Français.


L'homme semble être une sorte de pauvre chose bancale, qu'on le veuille ou non; un genre de British Museum d'infirmités et d'infériorités (musée qui exhibe entre autres des monstres en bocaux, NdT). Il passe son temps à subir des réparations. Une machine aussi peu fiable comme lui n'aurait eu aucun avenir commercial. Au sommet de ses points forts – le Sens Moral – s'empilent une multitude d'infirmités moins importantes; une telle multitude, vraiment, qu'on peut largement dire qu'elles sont infinies. Les Animaux Supérieurs font leurs dents sans douleur ou inconvénients. Pour l'homme, c'est par des mois et des mois d'une cruelle torture; et à une époque de sa vie où en plus il est toujours malade. Dès qu'elles sont sorties, il faut qu'elles repartent toutes car elles n'étaient pas valables la première fois. Le second jeu va donner satisfaction pendant un certain temps, occasionnellement renforcé par un mastic ou couronné d'or; mais il n'aura jamais un ensemble sur lequel il peut compter sauf si c'est un dentiste qui le fait. Cet ensemble sera appelé ''fausses'' dents – comme s'il en avait déjà porté d'un autre genre.


À l'état sauvage – état naturel – les Animaux Supérieurs ont quelques maladies; maladies sans grandes conséquences; la principale étant l'âge. Mais l'homme démarre dès l'enfance et poursuit jusqu'à la fin, comme en régime de croisière. Il a les oreillons, la rougeole, la coqueluche, le croup, la diphtérie, la scarlatine, presque comme quelque chose d'inévitable. Ensuite, plus tard, sa vie est menacée autrement : rhumes, toux, asthme, bronchite, urticaire, choléra, cancer, tuberculose, fièvre jaune, fièvre bilieuse, typhus, rhume des foins, engelures, inflammation des entrailles, indigestion, rage de dents, otite, surdité, cécité, grippe, varicelle, muguet, crise de foie, constipation, hémorragie, verrues, boutons, furoncles, anthrax, abcès, oignons, cor aux pieds, tumeurs, fistules, pneumonie, ramollissement du cerveau, mélancolie et une quinzaine d'autres sortes de démences; dysenterie, jaunisse, maladies de cœur, des os, de la peau, du cuir chevelu, de la rate, des reins, des nerfs, du cerveau, du sang; scrofules, paralysie, lèpre, névralgies, paralysie, attaque, migraine, treize sortes de rhumatismes, 46 de gouttes, et une quantité formidable de graves maladies de toutes sortes non imprimables.


Aussi, mais pourquoi continuer la liste ? Les noms des responsables appointés pour empêcher la réparation de cette machinerie boiteuse recouvriraient entièrement un homme si on les imprimait sur son corps, même en utilisant les plus petits caractères d'imprimerie possibles. Il n'est qu'un ramassis de corruption pestilentielle subvenant aux besoins de ravitaillement et de passe-temps d'une armée grouillantes de bactéries – armée accréditée pour le pourrir et le détruire, chaque armée faisant son travail spécifique. Le processus qui l'agresse, le persécute, le pourrit, le tue commence à son premier souffle et aucune clémence, pitié ou trêve ne se manifesteront jusqu'à son dernier soupir.


Regardez les malfaçons de certains détails. À quoi lui servent ses amygdales ? Elles n'accomplissent aucune fonction utile; elles ne servent à rien. Il ne s'y passe rien. Elles ne sont qu'un piège. Elles n'ont qu'une fonction, qu'un rôle : rapporter à son possesseur des angines et des amygdalites. Et à quoi sert l'appendice vermiculaire ? Il est inutile; il ne peut rendre aucun service. Il n'est qu'un ennemi en embuscade dont le seul intérêt dans la vie est de mentir en attendant que passent des pépins de raison vagabonds qui serviront à créer une hernie étranglée. Et à quoi servent les seins aux hommes ? Pour le travail, aucun intérêt, comme ornements, ce sont des erreurs. À quoi lui sert une barbe ? Elle ne remplit aucune fonction; c'est une nuisance et un désagrément; toutes les nations la haïssent; toutes les nations la persécutent avec un rasoir. Et parce que c'est une nuisance et un désagrément, la Nature n'autorise jamais son absence pour les hommes entre la puberté et la tombe. On ne voit jamais un homme chauve du menton. Mais ses cheveux ! C'est un ornement gracieux, un confort, c'est la meilleure de toutes les protections contre certains maux dangereux, l'homme les apprécie plus que des émeraudes et des rubis. Et à cause de cela, la Nature arrive par là-dessus et la moitié du temps il ne les conserve pas.


La vision, l'odorat, l'ouïe, le sens de l'orientation – comme ils sont inférieurs. Un condor voit un corps à 9 km; l'homme n'a aucun télescope qui le fasse. Un chien limier sent une odeur vieille de deux jours. Le rouge-gorge entend un ver de terre se frayer un chemin sous terre. Le chat, emmené dans un panier fermé retrouve le chemin de sa maison en traversant 30 km de territoires qu'il n'a jamais vus.

Certaines fonctions logées chez l'autre sexe fonctionnent d'une manière lamentablement inférieure comparée à celles des Animaux Supérieurs. Chez la femme, la menstruation, la gestation et l'accouchement sont des périodes considérées comme des horreurs. Chez les Animaux Supérieurs, ces choses ne sont même pas des gênes.

Pour le style, regardez le tigre du Bengale – cet idéal de grâce, de beauté, de perfection physique, de majesté. Et regardez ensuite l'Homme – cette pauvre chose. C'est un animal à perruque, au crâne trépané, à l'oreille en trompette, à l’œil de verre, au nez tout mollasson, aux dents en céramique, à la trachée argentée, à la jambe de bois – une créature rapiécée de haut en bas. S'il ne peut obtenir de renouvellement de son bric-à-brac dans le prochain monde, à quoi va-t-il ressembler ?

Il ne possède qu'une seule notable supériorité. Pour l'intellect, il est souverain. Les Animaux Supérieurs ne peuvent le battre sur ce plan-là. Il est curieux, il est remarquable qu'aucun paradis ne lui ait jamais été offert où sa seule supériorité aurait eu une chance de se réjouir. Même quand il a lui-même imaginé un paradis, il n'y a jamais fait de provisions pour des joies intellectuelles. C'est une omission flagrante. On dirait une confession tacite que le paradis est prévu uniquement pour les Animaux Supérieurs. Cela donne matière à réflexion, et à une sérieuse réflexion. Et c'est plein d'une lugubre suggestion : que nous ne sommes pas aussi importants, peut-être, que ce que nous avons toujours supposé.

SOURCE

Traduction originale par Hélios et Chantalouette pour le BBB.

1 commentaire:

  1. MAGNIFIQUE !

    Les Animaux Supérieurs n’ont pas de religion. Et on nous dit qu’ils seront laissés pour compte dans l’après vie. Je me demande pourquoi ?

    Très bonne, et belle, et drôle exploration de l'être humain à l'usage des animaux supérieurs et accessoirement des hommes et des femmes !

    Merci mesdames les traductrices ...

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