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L’homme est un animal religieux. Il
est le seul animal religieux. Il est le seul animal qui a la vraie
religion – il en a même plusieurs. Il est le seul animal qui aime
son voisin comme lui-même, mais lui coupe la gorge si sa théologie
n’est pas correcte. Il a transformé le globe en cimetière en
essayant de son mieux d’aplanir le chemin de son frère vers le
bonheur et le paradis. Il faisait cela à l’époque des Césars, il
le faisait à l'époque de Mahomet, il le faisait à l'époque de
l’inquisition, il l'a fait en France pendant deux siècles, il l’a
fait en Angleterre à l'époque de la Reine Marie, il l’a fait
depuis qu’il a vu la lumière, il le fait aujourd’hui en Crète,
il le fera ailleurs demain. Les Animaux Supérieurs n’ont pas de
religion. Et on nous dit qu’ils seront laissés pour compte dans
l’après vie. Je me demande pourquoi ? C'est d'un goût très
douteux.
L’homme est un animal qui raisonne.
Telle est sa prétention. Je pense que c’est discutable. En vérité,
mes expériences m’ont prouvé qu’il est un animal sans logique.
Notez son histoire, comme décrite plus haut. Quel qu'il soit, il me
parait clair que ce n’est pas un animal qui raisonne. Ce qu'il
laisse, ce sont de fantastiques archives de fou. Je pense que le plus
gros désavantage de son intelligence est le fait qu'avec un tel
passé, il s'annonce avec mièvrerie comme l’animal au-dessus du
lot : alors que d’après ses propres normes il est tout en
bas.
En vérité, l’homme est
incurablement stupide. Il est incapable d’apprendre des choses
simples qu'apprennent sans effort d'autres animaux. Dans mes
expériences il y a eu cela : en une heure j’ai appris à un
chat à être ami avec un chien. Je les ai mis dans une cage. Une
heure après je leur ai appris à être amis avec un lapin. En deux
jours, j’ai pu ajouter un renard, une oie, un écureuil et des
tourterelles. Et à la fin un singe. Ils vivaient ensemble en paix;
même avec affection.
Ensuite dans une autre cage, j’ai
enfermé un prêtre irlandais de Tipperary, et très rapidement quand
il a semblé s'apprivoiser, j’ai ajouté un presbytérien écossais
d’Aberdeen. Ensuite, un turc de Constantinople, un grec chrétien
de Crète; un arménien, un méthodiste des terres sauvages de
l’Arkansas; un bouddhiste de Chine; un brahmane de Bénarès. Et
enfin un colonel de l'Armée du Salut de Wapping.
Je me suis tenu à l'écart pendant
deux jours entiers. En revenant pour noter les résultats, tout
allait bien dans la cage des Animaux Supérieurs, mais dans l'autre
ce n'était qu'un bric-à-brac de turbans et de fezs, de tartan et
d'os et de chair – plus un seul spécimen en vie. Ces animaux
raisonnant n'étaient pas d'accord sur un détail de théologie et
voulaient poursuivre l'affaire au tribunal.
On est obligé de concéder que pour
une réelle noblesse de caractère, l'Homme ne peut prétendre
approcher même le plus simple des Animaux Supérieurs. Il est
évident qu'il est par sa constitution incapable d'approcher cette
hauteur; qu'il est par constitution affligé d'un Défaut qui doit
lui rendre une telle approche impossible à tout jamais, car il est
manifeste que ce défaut est permanent chez lui, indestructible,
indéracinable. Je pense que ce Défaut est le Sens Moral. C'est le
seul animal à l'avoir. C'est le secret de sa dégradation. C'est la
qualité qui le rend capable de mal faire. Ce Défaut n'a pas d'autre
fonction. Il ne peut réaliser aucune autre fonction. Il n'aurait
jamais pu être destiné à aucune autre. Sans lui, l'homme pouvait
ne pas mal faire. Il se serait élevé tout de suite au niveau des
Animaux Supérieurs.
Il n'y a qu'un seul stade possible en dessous du Sens Moral; c'est le Sens Immoral. Le Français le possède. L'homme n'est qu'un peu plus bas que les anges. Cela le localise définitivement. Il se situe entre les anges et le Français.
L'homme semble être une sorte de pauvre chose bancale, qu'on le veuille ou non; un genre de British Museum d'infirmités et d'infériorités (musée qui exhibe entre autres des monstres en bocaux, NdT). Il passe son temps à subir des réparations. Une machine aussi peu fiable comme lui n'aurait eu aucun avenir commercial. Au sommet de ses points forts – le Sens Moral – s'empilent une multitude d'infirmités moins importantes; une telle multitude, vraiment, qu'on peut largement dire qu'elles sont infinies. Les Animaux Supérieurs font leurs dents sans douleur ou inconvénients. Pour l'homme, c'est par des mois et des mois d'une cruelle torture; et à une époque de sa vie où en plus il est toujours malade. Dès qu'elles sont sorties, il faut qu'elles repartent toutes car elles n'étaient pas valables la première fois. Le second jeu va donner satisfaction pendant un certain temps, occasionnellement renforcé par un mastic ou couronné d'or; mais il n'aura jamais un ensemble sur lequel il peut compter sauf si c'est un dentiste qui le fait. Cet ensemble sera appelé ''fausses'' dents – comme s'il en avait déjà porté d'un autre genre.
Aussi, mais pourquoi continuer la liste ? Les noms des responsables appointés pour empêcher la réparation de cette machinerie boiteuse recouvriraient entièrement un homme si on les imprimait sur son corps, même en utilisant les plus petits caractères d'imprimerie possibles. Il n'est qu'un ramassis de corruption pestilentielle subvenant aux besoins de ravitaillement et de passe-temps d'une armée grouillantes de bactéries – armée accréditée pour le pourrir et le détruire, chaque armée faisant son travail spécifique. Le processus qui l'agresse, le persécute, le pourrit, le tue commence à son premier souffle et aucune clémence, pitié ou trêve ne se manifesteront jusqu'à son dernier soupir.
Regardez les malfaçons de certains détails. À quoi lui servent ses amygdales ? Elles n'accomplissent aucune fonction utile; elles ne servent à rien. Il ne s'y passe rien. Elles ne sont qu'un piège. Elles n'ont qu'une fonction, qu'un rôle : rapporter à son possesseur des angines et des amygdalites. Et à quoi sert l'appendice vermiculaire ? Il est inutile; il ne peut rendre aucun service. Il n'est qu'un ennemi en embuscade dont le seul intérêt dans la vie est de mentir en attendant que passent des pépins de raison vagabonds qui serviront à créer une hernie étranglée. Et à quoi servent les seins aux hommes ? Pour le travail, aucun intérêt, comme ornements, ce sont des erreurs. À quoi lui sert une barbe ? Elle ne remplit aucune fonction; c'est une nuisance et un désagrément; toutes les nations la haïssent; toutes les nations la persécutent avec un rasoir. Et parce que c'est une nuisance et un désagrément, la Nature n'autorise jamais son absence pour les hommes entre la puberté et la tombe. On ne voit jamais un homme chauve du menton. Mais ses cheveux ! C'est un ornement gracieux, un confort, c'est la meilleure de toutes les protections contre certains maux dangereux, l'homme les apprécie plus que des émeraudes et des rubis. Et à cause de cela, la Nature arrive par là-dessus et la moitié du temps il ne les conserve pas.
La vision, l'odorat, l'ouïe, le sens de l'orientation – comme ils sont inférieurs. Un condor voit un corps à 9 km; l'homme n'a aucun télescope qui le fasse. Un chien limier sent une odeur vieille de deux jours. Le rouge-gorge entend un ver de terre se frayer un chemin sous terre. Le chat, emmené dans un panier fermé retrouve le chemin de sa maison en traversant 30 km de territoires qu'il n'a jamais vus.
Certaines fonctions
logées chez l'autre sexe fonctionnent d'une manière lamentablement
inférieure comparée à celles des Animaux Supérieurs. Chez la
femme, la menstruation, la gestation et l'accouchement sont des
périodes considérées comme des horreurs. Chez les Animaux
Supérieurs, ces choses ne sont même pas des gênes.
Pour le style, regardez le tigre du
Bengale – cet idéal de grâce, de beauté, de perfection physique,
de majesté. Et regardez ensuite l'Homme – cette pauvre chose.
C'est un animal à perruque, au crâne trépané, à l'oreille en
trompette, à l’œil de verre, au nez tout mollasson, aux dents en
céramique, à la trachée argentée, à la jambe de bois – une
créature rapiécée de haut en bas. S'il ne peut obtenir de
renouvellement de son bric-à-brac dans le prochain monde, à quoi
va-t-il ressembler ?
Il ne possède qu'une seule notable
supériorité. Pour l'intellect, il est souverain. Les Animaux
Supérieurs ne peuvent le battre sur ce plan-là. Il est curieux, il
est remarquable qu'aucun paradis ne lui ait jamais été offert où
sa seule supériorité aurait eu une chance de se réjouir. Même
quand il a lui-même imaginé un paradis, il n'y a jamais fait de
provisions pour des joies intellectuelles. C'est une omission
flagrante. On dirait une confession tacite que le paradis est prévu
uniquement pour les Animaux Supérieurs. Cela donne matière à
réflexion, et à une sérieuse réflexion. Et c'est plein d'une
lugubre suggestion : que nous ne sommes pas aussi importants,
peut-être, que ce que nous avons toujours supposé.
Traduction
originale par Hélios et Chantalouette pour le BBB.
MAGNIFIQUE !
RépondreSupprimerLes Animaux Supérieurs n’ont pas de religion. Et on nous dit qu’ils seront laissés pour compte dans l’après vie. Je me demande pourquoi ?
Très bonne, et belle, et drôle exploration de l'être humain à l'usage des animaux supérieurs et accessoirement des hommes et des femmes !
Merci mesdames les traductrices ...