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lundi 11 février 2013

Ultraman, 11 février 2013 : le point de vue d'un ouvrier de la centrale

Sur la chute du treuil de relevage dans la piscine et les conditions de travail à la centrale.



Le point de vue d'un ouvrier de la centrale de Fukushima sur la chute des débris dans la piscine du réacteur 3 : le système normal de gestion du projet ne fonctionne pas dans une situation anormale


''Happy11311'' envoie des tweets de la centrale depuis la triple catastrophe du 11 mars 20111. Il a tweeté de ce qu'il pensait sur le mât du treuil de relevage qui est tombé avec un grand plouf dans la piscine du réacteur 3 il y a quelques jours.

Il dit que le travail a été effectué alors qu'il n'aurait pas dû l'être, parce que les entrepreneurs étaient sous pression dans cette entreprise.

Il dit aussi que le travail est commandé à distance, mais il nécessite des ouvriers avec des vestes de tungstène sur les plate-formes entourant le bâtiment du réacteur 3, car ils doivent surveiller visuellement le travail pour s'assurer que tout se passe en sécurité.

D'après ses tweets du 10 février 2013 :


Comme je l'ai déjà dit, enlever les débris du plancher opératoire du réacteur 3 est extrêmement difficile. Comme ce plancher dégage des niveaux de radiations élevés, à la différence du réacteur 4, les ouvriers ne peuvent monter pour enlever les débris. Le vrai enlèvement de débris se fait par un contrôle à distance d'un endroit assez éloigné pour éviter l'exposition aux radiations, mais il y a des cas où les images de la caméra sous différents angles ne sont pas suffisantes.



Pour compléter le travail d'enlèvement, une inspection visuelle est nécessaire. Donc des ouvriers habillés d'épaisses vestes de tungstène montent chacun leur tour sur la plate-forme et communiquent avec les opérateurs du contrôle à distance pour effectuer le travail. Les ouvriers qui montent sur la plate-forme sont exposés à des doses énormes de radiations. Aujourd'hui, je veux donc revenir sur l'accident de l'autre jour.

Il neigeait et le travail a dû être très périlleux et difficile. En fait, mon groupe a annulé presque tout le travail ce jour-là. Dans cette condition, je pense qu'on y voyait très mal. Les images de caméra ont pu être brouillées et les masques et télescopes des ouvriers sur la plate-forme ont pu s'embuer ou se couvrir de gouttes d'eau.

Ce que je me demande, c'est pourquoi ils ont fait le travail avec du mauvais temps comme ça. Surtout après avoir fait un travail extrêmement précautionneux sur le plancher opératoire du réacteur 3 depuis qu'ils ont fait tomber une poutrelle métallique. Ce n'est donc que mon hypothèse. Mais l'autre jour, d'autres groupes de construction faisaient aussi du travail à l'aide de grues.

Je me souviens avoir été surpris en arrivant à la centrale d'entendre que le travail se ferait ce jour-là. Avec le recul, c'est que le travail qui a été fait par mauvais temps était soit programmé soit urgent.

Recouvrir le système d'enlèvement des multi-nucléides en était un. La construction d'installations devant la porte d'entrée principale de la centrale pour déménager les fonctions du J-Village [zone d'entraînement pour le travail à la centrale] en était un autre. Et il y avait l'enlèvement de débris sur le plancher opératoire du réacteur 3. Tous ces boulots étaient urgents. Quand j'y pense, je vois qu'il y a des problèmes autres que techniques. Il y a deux problèmes. L'un est la période d'embauche des ouvriers et l'exposition aux radiations.

L'autre est cette détermination de rattraper le retard de travail qui était programmé. Ou bien [devrais-je dire] pour que les ouvriers ou les sous-traitants suivent le calendrier alors que chaque travail est unique dans le sens qu'on ne sait pas ce qui se passe jusqu'à ce qu'on fasse réellement le travail. Je dis souvent que pour gagner la course il faut se hâter lentement, travaille avec application et prudence. Mais peu importe ce que pensent les ouvriers, cela ne se passera pas ainsi tant que TEPCO et les entreprises au sommet de l'échelle ne le mettront pas en pratique.

TEPCO a un programme qu'il a soumis au gouvernement national. Les entreprises ont soumis leur programme à TEPCO. Si le travail prend du retard sur le programme, les médias et les japonais les attaqueront et c'est une pression constante. La pression va se retrouver chez les ouvriers, créant une situation où il faut assurer les quota de la journée même s'il y a un risque potentiel.

Quant aux débris tombés dans la piscine, je ne pense pas que ce soit juste une question de technique. Je soupçonne que cela a été le résultat d'une mauvaise évaluation de la situation, dont le mauvais temps, pour décider si le travail pouvait être fait en toute sécurité. À mon avis, les ouvriers ne devraient pas être les seuls à décider, mais la responsabilité devrait revenir à TEPCO et aux entreprises de prendre en considération toutes les situations possibles.

Même quand les ouvriers pensent ''C'est difficile dans ces conditions, nous ne pouvons pas le faire'', il n'est pas facile de bien l'exprimer aux superviseurs, entrepreneurs ou responsables de TEPCO. Dans de tels cas, les ouvriers ont peur, ne peuvent donner le meilleur de leurs capacités et compétences et cela donne souvent des problèmes. J'ai fait cela dans le passé et j'en ai beaucoup de regrets.

Le travail ne devrait pas se faire au petit bonheur la chance (sur un pari). Je souhaite que TEPCO et les entreprises prennent des décisions qui permettraient aux ouvriers d'effectuer le travail en toute sécurité et au mieux de leurs capacités et compétences. Je ne pense pas que TEPCO devrait transférer la responsabilité sur les sous-traitants ni les sous-traitants le faire sur les ouvriers.

C'est sûr, le suivi du programme, la révision des coûts, le contrôle de qualité, la gestion de la sécurité, tout est important. Mais ce travail va durer des dizaines d'années et tous les travaux sont particuliers dans le sens où l'on ne sait pas ce que cela va être avant de les réaliser effectivement. Un système normal de gestion d'un projet ne devrait pas s'appliquer à Fuku I. Un seul petit problème perturbera même un programme à court terme.
Motegi, le ministre de l'économie, du commerce et de l'industrie sous l'administration Abe restera sourd à la requête de Happy11311. Il a déclaré unilatéralement que le démantèlement des réacteurs de Fukushima I devrait se faire en avance sur le programme. Pour des raisons connues que de lui seul. Probablement pour prouver au monde que trois réacteurs fondus dans une centrale nucléaire en miettes, ce n'est pas grand-chose pour des japonais et d'avoir besoin de 30 à 40 ans pour même démanteler des réacteurs en bon état, c'est pour les mauviettes.
Motegi est tout à fait le bienvenu pour rejoindre Fukushima.

Si l'on y réfléchit bien, des ouvriers comme Happy11311 n'ont pas besoin de consultant en gestion comme McKinsey.

Être très bon pour traverser une catastrophe sans précédent normalement abrutissante est ce que le Japon a révélé de lui-même. Comme le gouvernement national disant à Toshiba et TEPCO qu'ils ont besoin d'un permis pour transporter des batteries sur l'autoroute (en suivant les ordres) ou disant aux US qu'une grue venant d'Australie n'avait pas d'autorisation de voyager sur une route japonaise.

Rappelez-vous aussi qu'ils ont complètement oublié de brancher le système de téléconférence à la résidence officielle du premier ministre, mis en place spécifiquement pour une catastrophe nucléaire de ce genre. Et que faisaient-ils à la place ? Téléphoner et faxer, et communiquer de personne à personne.

1 commentaire:

  1. Motegi:
    "Hé! HOo!.. On est pas des tapettes!"( 誇りに思う )

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