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jeudi 28 février 2013

Foutue race humaine (1/2)




Demi-tour. Nous avons tout fait foirer



Un essai de Mark Twain (1835-1910), de son vrai nom Samuel Langhorne Clemens, auteur connu surtout pour ses livres Les aventures de Tom Sawyer et Les aventures de Huckleberry Finn. Mais l'essai ci-dessous, très acerbe, mais aussi très drôle et bien observé, montre qu'il savait manier d'autres genres littéraires.
Une anecdote, il est né et mort l'année du passage de la comète de Halley.
Rappelez-vous que ce texte date de 1905. Comme il est long, je le poste en deux fois.

Note : historiquement ou humainement parlant, je ne sais pas pourquoi il en a plus spécialement après les français, pour leur immoralité, mais c'est le cas au cours du texte (dans la 2ème partie).


Ceci est un bel exemple de la réalité d'une présence constante d'êtres humains conscients, éveillés et avertis. Cet homme était un phare pour son époque et ce phare continue de briller pour les générations suivantes. Vous pouvez voir clairement que les bases fondamentales actuelles n'ont pas beaucoup changé à travers les âges, technologies « avancées » ou pas. Rappelez vous aussi qu'il secoue par ses idées une société très religieuse.

Ceci arrive également en totale synchronicité (article envoyé à Zen par un ''collègue'' d'internet) avec des événements personnels, des emails et des billets récents concernant l'intense conscience des animaux, alors je me dois de poursuivre dans cette voie. Son intelligence et sa perception sont étonnamment poignantes et visionnaires. Je vous laisse apprécier.


Foutue race humaine

Par Mark Twain
(Publié en 1905)

J’ai étudié les caractéristiques et les tempéraments des animaux soi-disant ''inférieurs'' et je les ai comparés aux caractéristiques et tempéraments humains. Je trouve le résultat humiliant pour moi. Parce que cela m’oblige à renoncer à mon allégeance à la théorie de Darwin sur l’ascension de l’homme à partir des animaux inférieurs; depuis qu’il me parait clair que la théorie devrait être éliminée au profit d’une nouvelle théorie plus véridique, celle-ci devrait s’appeler La Descente de l’Homme à partir des Animaux Supérieurs. En cheminant vers cette conclusion déplaisante je n’ai pas deviné ou spéculé ni fait de conjectures, mais j’ai utilisé ce qui est communément admis sous le nom de méthode scientifique. C'est-à-dire que j’ai soumis chaque postulat qui s’est présenté au test impitoyable de l’expérience elle-même, et je l’ai adopté ou rejeté en fonction du résultat. J’ai ainsi vérifié et établi au fur et à mesure chaque étape de mon parcours avant de passer à la suivante. Ces expériences ont été faites avec une grande rigueur dans les Jardins Zoologiques de Londres, et ont nécessité de nombreux mois d'un travail minutieux et fatigant.



Avant de détailler ces expériences, je souhaite indiquer une ou deux choses qui semblent devoir être signalées dès maintenant, plutôt qu’après. Ceci afin d’être clair. L'accumulation des expériences a permis d’établir, à ma grande satisfaction certaines généralisations, à savoir :


  1. Que la race humaine est une espèce distincte. Elle montre de légères variations – en couleur, stature, niveau intellectuel, et ainsi de suite – en lien avec le climat, l’environnement et ainsi de suite ; mais c’est une espèce en soi, qu'on ne peut confondre avec aucune autre.
  2. Que les quadrupèdes constituent aussi une famille distincte. Cette famille montre des variations – en couleur, taille, préférences alimentaires etc ; mais c'est une famille à elle seule.
  3. Que les autres familles – oiseaux, poissons, insectes, reptiles, etc – sont aussi plus ou moins distinctes. Elles font partie du cortège. Elles sont des relais de la chaîne qui part des Animaux Supérieurs et aboutit tout en bas à l'homme.

Certaines de mes expériences ont été plutôt curieuses. Au cours de mes lectures, j’ai découvert le cas, il y a bien des années, de chasseurs de nos Grandes Plaines qui avaient organisé une chasse aux bisons pour le divertissement d’un comte anglais – et aussi pour approvisionner son garde-manger en viande fraîche. Ils y a eu beaucoup de sport. Ils ont tué soixante douze de ces grands animaux ; et ils ont mangé une partie de l’un d’entre eux et laissé pourrir les soixante et onze autres. Afin de déterminer la différence entre un anaconda et un comte – s'il y en a une – j'ai fait mettre sept jeunes veaux dans la cage d’un anaconda.

Le reptile reconnaissant a immédiatement étouffé l’un d’eux et l’a avalé, puis il est retourné s'allonger, satisfait. Il n’a plus manifesté aucun intérêt pour les autres veaux, et aucune envie de leur faire du mal. J’ai reproduit l’expérience avec d’autres anacondas, toujours avec le même résultat. Il est prouvé que le comte est cruel et que l’anaconda ne l’est pas; et que le comte veut seulement détruire ce dont il n’a pas l’utilité, mais pas l’anaconda. Ceci semble suggérer que l’anaconda ne descend pas du comte. Cela semble suggérer aussi que le comte descend de l’anaconda et a perdu beaucoup au change.

J’avais conscience que beaucoup d’hommes qui avaient accumulés plus de millions qu’ils ne pourront jamais en utiliser ont montré une faim enragée pour en avoir plus, et n’ont eu aucun scrupule à gruger des ignorants et des personnes sans défense vis à vis de leurs maigres biens, pour apaiser en partie cet appétit. J’ai fourni à une centaine d’animaux sauvages et domestiques divers l’opportunité d’accumuler de grandes quantités de nourriture mais aucun d'eux n'a voulu le faire.

Les écureuils et les abeilles et certains oiseaux ont fait des stocks, mais se sont arrêtés après avoir fait du stock pour l’hiver, et on n'a pu les convaincre de l'augmenter, aussi bien par une technique honnête que par ruse. Afin de redorer sa mauvaise réputation , la fourmi a fait semblant de stocker de la nourriture, mais elle ne m’a pas trompé. Je connais la fourmi. Ces expériences m'ont convaincu qu’il y a une différence entre l’homme et les Animaux Supérieurs : l'homme est avare et pingre, pas eux.

Au cours de mes expériences, j’ai acquis la conviction que de tous les animaux, l’homme est le seul qui a recours aux insultes et méchancetés, les rumine, attend qu’une occasion se présente, et se venge. La passion pour la vengeance est inconnue chez les Animaux Supérieurs

Les coqs ont des harems, mais c'est avec le consentement de leurs concubines; aucun mal n'est donc fait. Les hommes ont des harems, mais par la force, privilège obtenu par d'atroces lois où le sexe opposé n’a pas son mot à dire. Dans ce cas, l’homme occupe une place bien inférieure à celle du coq. Les chats ont une morale assez floue, mais ce n'est pas délibéré. L’homme, en descendant du chat, a amené le flou du chat avec lui, mais a laissé le côté non délibéré derrière – la grâce salvatrice qui excuse le chat. Le chat est innocent, l’homme non.

L’indécence, la vulgarité, l’obscénité – sont strictement spécifiques à l’homme : il les a inventées. Chez les Animaux Supérieurs, il n’y en a pas trace. Ils ne cachent rien ; ils n’ont pas de honte. L’homme, avec son esprit souillé, se camoufle. Il n'entrera même pas dans un salon torse nu, aussi animé soit-il avec ses potes d'une indécente idée derrière la tête. L’homme est un ''Animal rieur''. Mais le singe aussi, comme l'a fait remarquer M. Darwin; et aussi l’oiseau Australien qui se nomme ''l’idiot rieur''. Non – l'homme

Au début de cet article, nous avons vu comment ''trois moines ont été brûlés vifs'' il y a quelques semaines, et un prieur mis à mort avec une atroce cruauté''. Vous voulez des détails ? Non, sinon nous découvririons que le prieur a subi des mutilations qui ne sont pas imprimables. L’homme – si c'est un indien d’Amérique du Nord – arrachera les yeux de ses prisonniers ; si c'est le roi Jean avec un neveu à calmer, il utilisera une barre de fer chauffée au rouge; si c'est un religieux zélé s’occupant d'hérétiques au Moyen-Âge, il les écorchera vivants et mettra du sel sur leur dos; à l’époque du premier Richard, il enfermera une multitude de familles juives dans une tour et y mettra le feu; à l’époque de Christophe Colomb il capturera une famille de juifs espagnols et ... mais ce n’est pas imprimable; de nos jours en Angleterre un homme aura une amende de dix shilling s’il bat presque sa mère à mort avec une chaise, et un autre aura une amende de 40 shillings pour avoir en sa possession 4 œufs de poule faisane sans explications satisfaisante sur leur provenance. De tous les animaux, l’homme est le seul à être cruel. Il est le seul qui inflige de la douleur par plaisir. C’est un trait qu’on ne retrouve pas chez les Animaux Supérieurs. Le chat joue avec la souris apeurée; mais il a l’excuse de ne pas savoir que la souris souffre. Le chat est modérément inhumain : il fait seulement peur à la souris, il ne lui fait pas de mal; il ne lui arrache pas les yeux, ne lui met pas d’échardes sous les ongles – à la manière des hommes; quand il a fini de jouer avec, il en fait tout de suite son repas ce qui met fin aux souffrances. L’homme est un animal cruel. Il est le seul à mériter cette distinction.

Les Animaux Supérieurs s’engagent dans des combats individuels, mais jamais en groupes organisés. L’homme est le seul à commettre cette atrocité parmi les atrocités, la guerre. Il est le seul à rassembler ses frères autour de lui et à avancer avec sang froid et le pouls calme pour exterminer son prochain. C'est le seul animal qui s'engagera pour une paie sordide, ou comme l'a fait le jeune prince Napoléon pendant la guerre des Zoulous, pour aider à massacrer des étrangers de sa propre espèce qui ne lui ont fait aucun mal et avec lesquels il n’y a pas de contentieux.

L’homme est le seul animal à voler son pays à un gars sans défense – à en prendre possession, l'en chasser ou le détruire. L’homme fait cela depuis l'aube des temps. Il n’y a pas un hectare de terre sur le globe qui appartienne à son légitime propriétaire, ou qui n’a pas était enlevé à ses propriétaires successifs, cycle après cycle, par force et effusion de sang.

L’homme est le seul à être esclave. Et il est le seul animal à asservir les autres. Il a toujours été esclave d’une manière ou d’une autre, et a toujours mis d’autres esclaves en état de servitude d’une manière ou d’une autre. De nos jours, il est toujours l'esclave d'un homme pour son salaire et il fait le travail de cet homme; et cet esclave a d'autres esclaves sous lui pour des salaires plus petits et ils font son travail. Les Animaux Supérieurs sont les seuls qui font exclusivement leur travail personnel pour se procurer de quoi subsister.

L’homme est le seul à être patriote. Il se met à part dans son propre pays, sous son propre drapeau, et se moque des autres nations, et garde sous la main une multitude d’assassins en uniforme au prix de lourdes dépenses pour chiper à d'autres des bouts de pays, et les empêcher de mettre la main sur des bouts du sien. Et entre deux campagnes, il nettoie ses mains et travaille du clapet pour ''la fraternité universelle de l’homme''.

Mark Twain (à droite) et Joseph Jefferson dans le laboratoire de Nikola Tesla (flouté sur la photo, entre les deux hommes)




À suivre.

4 commentaires:

  1. Guz est heureux de faire par de la naissance de son dernier film:

    "L'arnaque mondialisée du cholestérol et des statines"

    http://www.youtube.com/watch?v=Pt64YzmHlqg

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  2. très intéressant,ça existe encore des docteurs comme lui ?

    Merci au blog.

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  3. ouch ,avec cela j’oublie de vous remercier pour la mise en ligne de l'analyse pertinente de Mark Twain ...

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