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vendredi 25 janvier 2013

2007 : l'effrayante et inutile prémonition de la cata de Fukushima

2007 : l’effrayante et inutile prémonition de la catastrophe de Fukushima-Daiichi

David Lochbaum, ancien opérateur de réacteur à eau bouillante puis instructeur au centre national de formation de la NRC 1 à Chattanooga (USA) et actuel directeur de la branche de Sécurité Nucléaire de l’UCS 2 est tombé récemment de sa chaise en découvrant une perle égarée parmi les pourceaux : le rapport d’un employé de la NRC qui mettait en garde dès 2007 sur les conséquences potentiellement dévastatrices d’une catastrophe naturelle au niveau d’un site exploitant plusieurs réacteurs électronucléaires, un scénario accidentel qui s’est avéré aussi plausible que que prémonitoire quelques 4 années plus tard.

L’action coordonnée d’une inondation ou d’un séisme majeur sur un site électronucléaire multiple

Richard Sherry, un ingénieur de la NRC affecté au service des risques électronucléaires écrivait ceci en 2007 :
Un accident SBO 3 pourrait potentiellement entrainer des fusions multiples de cœur suite à des défauts isolés ou regroupés de moyens de secours partagés comme les générateurs électrogènes diésel ; ces évènements pourraient être engendrés par une cause accidentelle unique comme une inondation sur le site ou des évènements sismiques étant susceptibles d’endommager à la fois les réseaux électriques normaux et de secours au niveau de plusieurs unités.
M. Sherry, chargé de “réfléchir” aux causes et aux conséquences d’accidents majeurs sur les réacteurs des États-Unis estimait que la probabilité de survenue d’un tel scénario affectant plusieurs réacteurs à la fois n’était pas si éloignée que cela de la probabilité accidentelle touchant un seul réacteur :
Les informations en notre possession permettent d’évaluer le risque d’un accident de fusion multiple par tous les déclencheurs possibles (causes internes et externes) à plus de 1*10-5 accident par réacteur et par année dans la majorité sinon la totalité des sites.
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Un accident électronucléaire majeur sur 2 pourrait en fait affecter plusieurs réacteurs

Il est intéressant de rapprocher cette probabilité de fusion de cœur multiple (un minimum de 0.00001 accident par année-réacteur) à celle évoquée couramment par l’industrie électronucléaire pour un réacteur et qui s’élève à 2*10-5 c’est-à dire environ 1 accident de cœur multiple pour 2 accidents électronucléaires majeurs.

Aucune traitement particulier n’a été donné à cette information

M. Sherry était payé pour réfléchir aux causes et aux conséquences d’accidents majeurs, il a donc parfaitement rempli sa mission en évaluant des scénarios plausibles et en chiffrant leur probabilité ; il est beaucoup plus délicat d’évoquer les réactions de l’industrie électronucléaire qui, sachant que le risque d’un accident démultiplié étant d’environ 50%, aurait du réévaluer complètement les systèmes d’alimentation électrique et de sécurité des différents sites électronucléaires concernés.
David Lochbaum s’indigne donc ouvertement dans la tribune du NYT de cette inaction totale de l’industrie et de ses prétendus “régulateurs” vis-à-vis d’une probabilité importante d’accident majeur multiple en se moquant aigrement de la situation :
Plutôt que d’avoir : ‘Un homme averti en vaut deux’, nous avons eu : ‘Un homme averti ne fait rien’.

Le schéma établi par M. Sherry s’est néanmoins déroulé à Fukushima-Daiichi

Ce qui devait arriver arriva donc : une cause externe rendit inopérants à la fois les réseaux électriques principaux et secondaires de Fukushima-Daiichi le 11 mars 2011, entrainant un Station BlackOut débouchant à peine quelques heures plus tard sur la catastrophe que l’on sait : une longue suite d’évènements douloureux qui déroule toujours son tapis de conséquences dramatiques près de deux années plus tard.
S’il est évidemment très délicat de prévoir dans quelles circonstances précises ce type d’accident peut affecter plusieurs réacteurs au lieu d’un seul, on peut toutefois s’amuser à comparer les données actuelles des sites de production : aux USA, 30 sites électronucléaires comportent un réacteur unique alors que 36 sites en abritent plus d’un ; au niveau de la France la situation est encore plus tranchée avec la totalité du parc de centrales qui comporte au moins deux tranches ! En cas d’accident du type “Fukushima”, la France est donc pratiquement assurée de déboucher sur un accident multiple.

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La totalité du parc nucléaire français est composée de centrales intégrant au minimum 2 tranches ;
Le record du regroupement en la matière revenant à Gravelines et ses 6 tranches fort
intelligemment déployées à proximité de l’Angleterre et de la Belgique ! (infographie wiki)


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