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samedi 13 octobre 2012

Japon, 13 octobre 2012

La stupéfaction d'Ultraman pour le prix Nobel de la paix qui va à l'union européenne, un article sur l'ingratitude envers les ''50 de Fukushima'', et une vidéo de Kna60 avec un nouvel appel de l'ancien ambassadeur du Japon en Suisse, Mitsuhei Murata.

Hors sujet : l'humour du vendredi : l'union européenne gagne le prix Nobel de la paix

La paix ? En Europe ?

Nigel Farage, le leader du parti britannique eurosceptique a ajouté : ''Ceci va montrer que les norvégiens ont réellement le sens de l'humour.''
Le comité norvégien devrait au moins avoir interrogé les citoyens grecs et espagnols.
Le même comité qui a récompensé l'actuel président US du même prix pour sa campagne présidentielle en 2008. Les bénéficiaires passés pour le prix Nobel de la paix incluent Henry Kissinger, Jimmy Carter, le Dalaï Lama, et le GIEC.
Pour être candidat sur la liste d'un prix Nobel, quelqu'un doit proposer le nom d'une personne ou d'une entité au comité. Je me demande bien qui a proposé l'UE.

(...)

The Economist : catastrophe nucléaire japonaise – Rencontre avec les Fukushima 50 ? Non, pas possible

Le rédacteur du journal The Economist, qui écrit depuis Iwaki au sud de Fukushima, semble plutôt exaspéré ou sarcastique (ou les deux) dans la phrase d'introduction de son article :

Il a fallu plus de 18 mois au gouvernement japonais pour rendre hommage à un groupe d'hommes courageux, connu comme les ''50 de Fukushima', qui ont risqué leur vie pour empêcher les fusions à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi de s'emballer.
L'article se termine ainsi :

L'attention des médias se porte toujours sur ceux au pouvoir, qui à leur habitude ne font rien méritant une reconnaissance. La multitude en première ligne, qui baisse la tête et fait le sale boulot est traitée en anonyme, sans visage et finalement on l'oublie.

Et le rédacteur nomme cela ''l'une des plus tragiques lacunes du Japon moderne.''
J'ai l'impression d'entendre déjà le ''C'est la même chose partout dans le monde, pas juste au Japon'', mais comme le rédacteur le souligne dans l'article, ce n'est peut-être qu'au Japon que ces ouvriers eux-mêmes et leurs familles sont maltraités par les gens autour d'eux pour avoir essayé de leur mieux de contenir la catastrophe nucléaire à Fukushima. Relisez mon article de février du Spiegel.
[Ultraman avait publié fin février un article du Spiegel sur la situation des ouvriers de Fukushima, je ne l'avais pas traduit, trop long]
Je pense que presque personne au Japon n'a porté d'attention à l'article du Spiegel. Ce sera la même chose avec l'article de The Economist. Il ne vient pas à l'idée de grand-monde que les ouvriers ont été peu considérés, non seulement par TEPCO et le gouvernement mais également par des gens ordinaires comme eux. Ne rien voir, ne rien entendre.

D'après The Economist (8 octobre, c'est moi qui souligne) :


Catastrophe nucléaire japonaise
Rencontrer les Fukushima 50 ? Non, pas possible
Il a fallu plus de 18 mois au gouvernement japonais pour rendre hommage à un groupe d'hommes courageux, connu comme les ''50 de Fukushima', qui ont risqué leur vie pour empêcher les fusions à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi de s'emballer. Mais quand le premier ministre Yoshihiko Noda leur a présenté tardivement des remerciements officiels le 7 octobre, quelque chose d'étrange s'est produit : six des huit hommes auxquels il s'est adressé tournaient le dos à la caméra, ont refusé d'être pris en photo et ne se sont même pas présentés, même pas à M. Noda (voir photo ci-dessous)

La raison : des officiels du gouvernement et de TEPCO ont tranquillement admis que les hommes voulaient garder leur identité secrète parce qu'ils craignaient une stigmatisation pour avoir été impliqués dans la catastrophe, avec la possibilité que leurs enfants et petit-enfants soient maltraités. Mais TEPCO les musellent aussi, on suppose par peur que ce qu'ils disent discréditerait ensuite la compagnie aujourd'hui nationalisée. Quand j'ai demandé si je pouvais au moins leur donner ma carte professionnelle pour voir s'ils voulaient raconter leur version de l'histoire, un porte-parole furieux de chez TEPCO a répondu brutalement : ''Impossible.''

Cet incident reflète tristement de plusieurs façons la manipulation de la situation par TEPCO et le gouvernement. Premièrement, il existe un contraste entre le comportement des ouvriers en première ligne et l'hypocrisie éhontée des responsables de TEPCO après l'accident. Je me souviens du président de TEPCO à ce moment-là (aujourd'hui à la retraite, Dieu merci), qui lors de son témoignage à la commission de la Diète en début d'année mettait nonchalamment le blâme sur tout le monde sauf lui.

Pendant ce temps, les hommes qui travaillaient loyalement pour lui, risquant leur vie pour le compte de la compagnie, se cachent toujours le visage de honte.

Le gouvernement pour sa part, a immensément desservi ces hommes en n'agissant pas plus rapidement pour faire la différence entre leur héroïsme et le veule intérêt personnel des patrons de la compagnie. Aux yeux du public il ne devrait y avoir aucune confusion entre les deux. Au Chili, il a été facile de voir comment le pays a fait en 2010 des héros des 33 mineurs piégés, tout en faisant passer leurs patrons comme des canailles. Rien de tout ça au Japon. Comme l'a noté un officiel du gouvernement, si cela se passait en Amérique, les ''50 de Fukushima'' auraient été invités pour une reconnaissance du président.

Pourtant, même après la visite de M. Noda, les hommes n'obtiennent pas la reconnaissance qu'ils méritent. Kyodo, l'agence de nouvelles, les relègue sans les mentionner en bas d'une ennuyeuse histoire de décontamination.

Un journal de langue anglaise, le Japan Times, raconte au moins aujourd'hui une partie de leur déchirante histoire, bien que ne mentionnant pas le refus de tous sauf deux d'être identifiés. Ils ne se dépeignent pas eux-mêmes comme des héros, en racontant leur vécu à M. Noda. Pour la plupart ils semblaient clairement effrayés. L'un d'eux a dit qu'il pensait ''que tout était fini'' après que le tsunami du 11 mars a fait sauter toute l'alimentation électrique. Un autre a dit comment il avait envoyé son équipe dans le noir, avec le risque d'une électrocution, pour remettre le courant d'un réacteur nucléaire sur le point d'entrer en fusion. Ses hommes lui ont demandé s'il pensait qu'ils reviendraient vivants. Ils ont continué malgré tout.

Mais les gros titres, finalement, parlent de M. Noda et non des 50 de Fukushima. Il obtient plus de crédit qu'eux, malgré sa facile reconnaissance pour les hommes, ''Merci pour votre dévouement, nous nous sommes débrouillés pour préserver le Japon''. Voici l'une des plus tragiques lacunes du Japon moderne. L'attention des médias se porte toujours sur ceux au pouvoir, qui à leur habitude ne font rien méritant une reconnaissance. La multitude en première ligne, qui baisse la tête et fait le sale boulot est traitée en anonyme, sans visage et finalement on l'oublie.
Le rédacteur de The Economist est très critique sur la gestion des chefs de TEPCO, à juste titre. Mais même là, ayant regardé les conférences de presse de TEPCO presque tous les soirs en mars l'année dernière et quelques vidéos de la téléconférence que TEPCO a finalement publiées, je ne peux faire de critiques à l'emporte-pièce.

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Le Pr. Mitsuhei Murata, ancien ambassadeur du Japon en Suisse dénonçait en Juillet les pressions du gouvernement Américain pour occulter autant que possible la crise de Fukushima. Donc bien avant la récente intervention de Clinton auprès du gouvernement Japonais début Octobre pour que celui-ci abandonne son projet de sortie du nucléaire. Les centrales de Fukushima ont effectivement été conçues par la firme Américaine General Electric, et les États-Unis comptent encore 31 réacteurs de ce type sur leur sol. Inutile de dire que la crise de Fukushima les embarrasse donc fortement.

Le Pr. Murata revient également sur la vulnérabilité de l'unité 4. En effet d'après le secrétaire de l'ancien Premier Ministre Naoto Kan, le sol supportant le bâtiment se serait par endroits affaissé de 80 cm, rendant la stabilité de l'ensemble d'autant plus douteuse, même si le bâtiment a été consolidé.

Mitsuhei Murata est né à Tokyo en 1938. Diplomate de carrière, il est entré au ministère des Affaires étrangères en 1960 après avoir été diplômé en droit de l'Université de Tokyo. Il a servi en tant que Directeur Général Adjoint du Bureau des Nations Unies au Ministère des affaires étrangères; Vice-Secrétaire Général, Commission du Commerce Équitable; ancien ambassadeur du Japon au Sénégal ainsi qu'en Suisse avant de prendre le poste de Professeur Honoraire à l'Université de la Science et de la Technologie de Tianjin (Chine) et professeur de civilisations comparées à l'Université Tokai Gakuin de Nagoya au Japon. Il est actuellement directeur exécutif de la Japan Society for Global System and Ethics, et conseiller auprès de la Peace Research Foundation aux États-Unis.



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