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mercredi 8 août 2012

Japon, 8 août 2012


Le Yomiuri Shinbun à propos de la vidéo de TEPCO : ''Ils ont même flouté le visage du président Shimizu''

Cela m'a amusé de lire que même le Yomiuri – pro-nucléaire et pro-gouvernement – se soit indigné devant la censure faite par TEPCO pour la vidéo de la téléconférence des 5 premiers jours de l'accident.

J'ai été encore plus amusé que le Yomiuri, parmi tous les journaux, ait accusé TEPCO de son attitude négative envers la divulgation de l'information.

D'après le Yomiuri Shinbun (7 août) :

Des moments de tension remplis de modifications...TEPCO a même flouté le visage du président

Le 6 août, TEPCO a enfin publié la vidéo de l'enregistrement de la téléconférence entre le quartier général et la centrale après le début de l'accident nucléaire de Fukushima.

Pourtant les images et le son n'étaient pas clairs, avec de nombreux floutages. Seule une partie de l'enregistrement a été rendu public, ce qui montre l'attitude négative de l'exploitant envers la divulgation d'informations.

L'enregistrement dure 150 heures et selon TEPCO, 1665 voix et 29 images ont été modifiés. La société dit que c'est pour protéger la vie privée des employés et qu'il n'y a pas d'autre intention derrière.

Pourtant, le floutage est tel qu'on ne peut même pas voir le visage du président d'alors, Masataka Shimizu, et qu'on ne peut discerner les expressions faciales des autres. Les voix sont souvent interrompues avec des bips ou mis en sourdine.

L'écran est divisé en 6 petits écrans. C'était une téléconférence entre le quartier général et la centrale et d'autres endroits, la qualité de l'image n'est en plus pas de très bonne qualité. Pourtant un ingénieur d'une société d'audio-visuel soupçonne TEPCO d'avoir pu modifier la vidéo plus que nécessaire. Par exemple, il dit, ''pour l'injection d'eau de mer, le responsable de la centrale Masao Yoshio croise ses mains [indiquant de ne pas le faire] dans une des scènes. Mais seules ses mains sont floutées [et cela semble non naturel].

La presse avait demandé la divulgation au public des enregistrements de la téléconférence depuis le démarrage de l'accident. TEPCO a décliné cette requête en raison de la ''vie privée des employés''. La divulgation a enfin été décidée par la nouvelle équipe responsable mise en place le 27 juin dernier [lors de l'assemblée des actionnaires de TEPCO]. Pourtant les conditions de TEPCO pour la divulgation sont 1) Pas d'autorisation d'enregistrement de son ou d'image ; 2) Ne pas rapporter de noms d'employés de TEPCO autrement que l'équipe dirigeante, et la compagnie dit qu'il poursuivra ceux qui violent ces interdictions.

De plus, la compagnie avait dit au départ que le visionnage ne serait possible que pendant 5 jours et qu'un seul journaliste par organisation d'informations serait autorisé à voir la vidéo non floutée. Grâce aux instructions de M. Edano, ministre de l'économie, TEPCO a prolongé la période jusqu'à un mois.

L'association japonaise des éditeurs a demandé que TEPCO divulgue la totalité de la vidéo sans modification, mais seuls l'équivalent de 5 jours de vidéo ont été rendus publics. L'attitude négative de TEPCO envers une divulgation d'information se voit aussi dans la vidéo qui a été rendue publique.
Quand [des experts] ont souligné une possible explosion d'hydrogène au réacteur 3 [c'est à dire avant qu'il n'explose], on entend le président d'alors Tsunehisa Katsumata au téléphone avec un responsable de TEPCO, ''il faut savoir juger si c'est d'accord pour perturber les citoyens, je le nierai, et dirai que ce n'est pas possible.''
Bon, je ne suis pas tout à fait d'accord avec l'appréciation du Yomiuri que le commentaire de M. Katsumata veut dire que TEPCO essayait de faire de la dissimulation. À ce moment-là, cela aurait pu causer de la panique, bien qu'il n'y ait pas eu de gros problèmes après l'explosion du réacteur 1. Ce qui a été plus criminel c'est ce qu'a fait le gouvernement après l'explosion du réacteur 3 le 14 mars et celle du réacteur 4 le 15 mars. Ils n'ont rien fait. Ils n'ont pas prévenu les habitants des zones environnantes en leur disant ''qu'il serait mieux de rester à l'intérieur juste au cas où'', ils n'ont pas alerté les habitants de toutes les zones plus éloignées de Tohoku et Kanto où le panache s'est dirigé.
À la différence du comté de Contra Costa en Californie qui a averti les habitants sur ce qu'il fallait faire pour se protéger des fumées toxiques venant de l'accident à la raffinerie de Chevron (qui s'est produit hier), le gouvernement japonais n'a rien fait. Il aurait pu dire exactement la même chose que les responsables du comté de Contra Costa :


Ne restez pas dehors, enfermez-vous, fermez portes et fenêtres, stoppez l'air conditionné et étanchez portes et fenêtres avec du ruban adhésif ou des serviettes mouillées.
À la place, le bureau du premier ministre (avec Naoto Kan) a émis une vague annonce compliquée le 20 mars 2011, disant aux citoyens qu'il serait mieux de ne pas se faire mouiller par la pluie, mais que si vous êtes mouillés, ce n'est pas un gros problème. ''Il n'y a pas d'effet sur la santé'', dit l'annonce. Les mots semblent douloureusement familiers aujourd'hui.

Pour voir la vidéo, voici le lien (raccourci, merci Kna !) :
http://bit.ly/Qep3XV

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