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lundi 6 août 2012

Japon, 6 août 2012


Cet article soulève le problème de la crédibilité des informations. Le blog Fukushima Diary (FD), dont je traduis assez souvent des articles y est, entre autres source d'information, mis en cause. Ultraman dans un commentaire dit qu'il ne ratifie aucun site.
Voici un billet inhabituellement long de sa part.

Rumeurs radioactives fantaisistes au Japon : les athlètes japonais évacués de la cérémonie d'ouverture des JO par le CIO à cause des badges en débris de Fukushima qu'ils portaient, c'est une discrimination raciale !

C'est l'idée générale d'une rumeur qui circule sur Twitter au Japon depuis plusieurs jours maintenant. Juste comme la rumeur sur l'interdiction de la pêche au thon rouge radioactif de Californie, celle-ci s'amplifie aujourd'hui avec une nouvelle fournée de tweets par des gens avec beaucoup d'émules. Aujourd'hui j'ai pêché ce tweet par quelqu'un ayant plus de 6000 émules, disant que ''le CIO (comité international olympique) aurait rejeté les badges faits de débris de Fukushima''


Cette fantaisie olympique peut être résumée comme suit :


  • L'équipe japonaise a été renvoyée du stade durant la cérémonie d'ouverture des JO de Londres le 29 juillet (un fait)
  • Le Japon a été le seul pays à être évacué (Non vérifié). Pourquoi ?
  • C'est parce que les athlètes japonais portaient des badges faits de débris en bois venant de Fukushima, et bien qu'ayant été autorisés à entrer à l'aéroport d'Heathrow, le CIO a fait objection et voulait faire partir les athlètes du territoire par crainte d'une contamination par radioactivité.
  • Les médias japonais n'ont rien dit quand cela s'est passé, mais la BBC britannique a expliqué la situation.
  • Un groupe de supporters japonais n'a pas été autorisé à entrer dans l'un des lieux olympiques, bien qu'il y ait plein de sièges vides (un fait). Pourquoi ?
  • C'est parce que les japonais subissent une discrimination, à cause de l'accident nucléaire de Fukushima et les gens hors du Japon craignent la contamination.

Tout semble avoir démarré par un blog (je ne mets pas le lien, blog écrit en japonais) qui serait tenu par une femme japonaise qui vit au Royaume-Uni et qui serait allé au stade pour regarder la cérémonie. Elle a dit,


Après avoir parcouru environ la moitié de la piste, les athlètes japonais ont été arrêtés par des officiels qui les ont guidés vers une sortie. Pourquoi ? J'ai appelé mes amis japonais mais personne ne semblait avoir remarqué quoi que ce soit.
Les photos qu'elle a pris pour prouver l'incident ont été postées sur un autre blog (également un blog japonais) :

Puis est arrivé ce tweet (japonais) le 1er août, qui s'est rapidement répandu. Cette personne a donné la raison pour laquelle les athlètes japonais ont été emmenés hors du stade. Le tweet déclare :

C'est à cause des badges donnés par Noda. Les badges ont été fabriqués avec du bois de débris de Fukushima. Ils ont été autorisés à entrer dans l'aéroport d'Heathrow, mais le CIO n'a pas été d'accord avec le fait que la BBC ait mentionné cet incident en direct pendant la cérémonie d'ouverture, mais NHK n'a pas dit un mot. 300 athlètes japonais ont été escortés hors du stade après avoir fait une fois le tour de la piste. Le comité olympique japonais n'a pas voulu l'admettre et dit que ''les athlètes sont sortis par erreur''.
Puis toute l'affaire a été répétée ad nauseam dans de nombreux blogs incluant des blogs écrits par des gens influents sur Twitter au Japon (c'est à dire ayant de nombreux émules). L'un d'eux a dit,
Vous devez faire preuve d'intelligence, d'un instinct pour discerner entre la vérité et la dissimulation et dans ce cas précis la vérité est sortie tout de suite sur internet...
Alors que cette incroyable (au sens littéral) et désespérante nouvelle se répandait sur Twitter, il y a eu un site (celui de Fukushima Diary) qui a traduit en anglais les tweets et les commentaires de ce brouhaha.
Et de manière tout à fait prévisible, comme cela est arrivé maintes et maintes fois depuis 17 mois – les plus notables incidents présentés, c'est de la vapeur noire qui se répand partout sur le site de la centrale de Fukushima (ce n'est pas le cas), la découverte d'américium à Hachioji (quelqu'un a enlevé le symbole qui indiquait la limite de détection), la découverte d'uranium et d'un faisceau de neutrons à Kashiwa à Chiba (cet indicateur de neutrons était sensible aux rayons gamma), 30 % des enfants de Fukushima qui ont des ''cancers'' de la thyroïde (pas de ''cancers'' mais des kystes et des nodules), le réacteur 4 qui s'effondre (quand les niveaux opératoires ont été enlevés méthodiquement) et la découverte d'iode et de césium radioactifs dans de la neige fraîche (mesure faite par un amateur qui s'est trompé sur les pics des matériaux radioactifs naturels) – les ''nouvelles'' ont été retraduites en japonais et répandues comme des nouvelles ''qui font autorité, en langue anglaise'' (c'est à dire, comme c'est en anglais, ça doit être vrai).

Juste comme pour les nouvelles de Russia Today, l'un de mes suiveurs sur Twitter qui m'a dit, ''Mais, mais c'était sur Russia Today en anglais, ça ne peut pas être faux, n'est-ce pas ?''

Ou pire : si vous ne croyez pas ces reportages, il y a quelque chose qui cloche avec votre cerveau.

J'ai cherché une éventuelle couverture par la BBC qui aurait ''expliqué'' le problème du CIO avec les badges en débris ou pourquoi les athlètes japonais ont été sortis du stade, mais n'ai pu en trouver aucune.

Ces badges ont été vraiment fabriqués et distribués aux athlètes par le ministère de l'environnement, pour aider à répandre le message d'une élimination à grande échelle des débris de la catastrophe pour promouvoir le renouveau des zones sinistrées de Tohoku. Mais les débris en bois venaient NON PAS DE FUKUSHIMA mais de MIYAGI (Minamisanriku). Des élèves d'une école primaire de Miyagi ont écrit des messages sur les rubans et les athlètes olympiques japonais les portaient fièrement.

''Revenez avec des médailles d'or !'' ''Ce sera super !'' Ganbatte !'' (Haut les cœurs!)


Oui, c'était une idée stupide, mais fallait-il en faire toute une histoire ? Pour que davantage de gens prennent conscience du problème de la contamination ? La fin justifie-t-elle les moyens ?
Seule une poignée de bloggers et de tweets ont pris la peine de noter que les débris de bois ne venaient pas de Fukushima mais de Miyagi. Le reste l'a ignoré ou décidé que le ministère de l'environnement a menti. Qu'ont-ils donc fait ? Ils ont attaqué Goshi Hosono sur Facebook.

Encore moins de monde a prêté attention que ce n'était d'ailleurs pas 200 athlètes mais seulement 40 qui voulaient participer à la cérémonie d'ouverture. Il n'est pas inhabituel du tout pour des athlètes olympiques aujourd'hui de sauter la cérémonie pour se préparer à la compétition. J'ai entendu dire que l'équipe de gymnastique féminine américaine a sauté la cérémonie pour se reposer à l'hôtel. Ceux qui ont fait attention sont arrivés à la conclusion que la plupart des athlètes japonais n'ont pas été autorisés à assister à la cérémonie.


On ne sait pas vraiment au Japon que les meilleures places (premiers rangs) pour les manifestations olympiques sont vides parce que les sponsors et les officiels du gouvernement à qui on a alloué des sièges coûteux ne s'embêtent pas pour bien l'exhiber. Les organisateurs sont très lents à y remédier, sauf en faisant asseoir des soldats britanniques pendant l'épreuve de gymnastique. Donc dans le vide d'information, les japonais ont supposé qu'on a refusé les places aux spectateurs japonais parce qu'ils venaient du Japon , le pays contaminé ! comme vous pouvez le lire sur un autre blog (japonais).

Et ils envoient des tweets et des tweets. Les japonais sont-ils victimes de discrimination ? Sommes-nous haïs à cause de la contamination ? Le Japon tout entier va-t-il être rejeté des JO ?

Comme je ne peux ni le prouver ni le réfuter (ne trouvant pas de couverture de la BBC), je vais laisser cette saga comme elle est. Si vous avez une information ou une fantaisie à partager, postez-là dans la section des commentaires.

Dans des nouvelles à part sur le sujet de la discrimination, une jeune femme japonaise naturalisée a gagné une médaille de bronze au tir à l'arc – une première pour le Japon. Mme Ren Hayakawa a grandi en Corée du sud et est venue vivre au Japon en 2007 avec sa mère qui s'était remariée avec un japonais et était venue au Japon. Elle est devenue citoyenne japonaise naturalisée. Mais juste après que ses co-équipières et elle aient gagné la médaille de bronze, les pages d'accueil en ligne de la Corée du sud étaient pleins de message de haine lui disant de retourner en Corée et elle en a été choquée. Ainsi l'a rapporté l'Asahi. En tournoi individuel, Mme Hayakawa a perdu face à une participante coréenne par un score extrêmement étroit. Je pense qu'elle était découragée.

Et les citoyens japonais sur internet crient à la discrimination sur un truc fantaisiste (prouvé d'aucune manière) comme quoi les gens du monde évitent les japonais comme la peste à cause de la contamination radioactive.

Ça en devient trop risible, même pour moi.
(Je suis fascinée par cette photo, ne sais pas pourquoi, belle femme déterminée. Hélios)

(Mme Hayakawa, descend les tous !)

TEPCO sur le point de diffuser une séquence vidéo d'une téléconférence des premiers jours de l'accident

Le responsable de la centrale Masao Yoshida, qui est actuellement hospitalisé pour une hémorragie cérébrale, est vu en train de hurler aux gars du quartier général ''c'est l'horreur, c'est l'horreur'' quand le bâtiment du réacteur 3 a explosé.

TEPCO laissera les médias voir la vidéo, mais n'autorisera aucun enregistrement (photo, son). Les images de certaines personnes de la vidéo seront floutées pour protéger leur vie privée si leurs noms et visages ne figurent pas déjà dans les informations et certaines voix seront mis en sourdine également pour protéger la vie privée. Même les médias dominants protestent, disant que tout devrait être totalement révélé, maintenant que TEPCO est sous la tutelle du gouvernement.

Pour l'instant, le seul moyen pour les gens ordinaires de jeter un œil sera grâce à ce qui sera rapporté par les médias.

Kyodo News en a eu un aperçu, dans son article (4 août) :

Le responsable de la centrale de Fukushima ''Quartier général, c'est l'horreur, c'est l'horreur'' dans une vidéo de téléconférence de TEPCO

Le responsable et les ouvriers secoués par les explosions des bâtiments du réacteur, les cadres supérieurs exténués d'essayer de communiquer et de se coordonner avec le bureau du premier ministre. Une partie du contenu de la vidéo juste après l'accident de la centrale a été révélé par une source anonyme le 4 août. TEPCO prévoit de révéler la vidéo dès le 6 août. La vidéo a capturé le responsable Masao Yoshida quand le bâtiment du réacteur 3 a explosé ; il hurlait complètement paniqué, ''QG, c'est l'horreur, c'est l'horreur''.

Le 12 mars 2011, l'unité 1 a eu une explosion d'hydrogène. La vidéo de la téléconférence montre la violente secousse au QG de réponse aux urgences au deuxième étage du bâtiment anti-sismique, avec des ouvriers qui pensaient à une réplique et regardaient le plafond et les responsables techniques se dépêchant de réunir des informations sur ce qu'il se passait.
Kyodo ne dit pas de quelle couleur avait viré le visage de M. Yoshida quand il hurlait. Ma première idée est que le sang était parti de son visage, le rendant extrêmement pâle. Mais comme il n'avait d'autre choix que de faire quelque chose, n'importe quoi, peut-être que son visage est devenu rouge.

Ultraman nous rappelle que c'est aujourd'hui le 67ème anniversaire du bombardement d'Hiroshima. Les médias japonais ne l'évoquent pratiquement pas dans leurs gros titres.

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