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mercredi 13 juin 2012

Japon, 13 juin 2012


R.I.P. (Repose en paix) Kazuo Hizumi, avocat et journaliste qui a révélé au grand jour les mensonges de TEPCO

À 18h28, le 12 juin, il a été enfin soulagé de la souffrance due à son cancer terminal de la vésicule biliaire. Il venait d'avoir tout juste 49 ans la veille.

Je ne le connais pas personnellement, mais c'était l'un des nombreux journalistes indépendants que j'avais commencé à remarquer dans les premiers jours de l'accident de Fukushima alors qu'il ''faisait partie des meubles'' pendant les conférences de presse de TEPCO. On lui a diagnostiqué l'année dernière en mai que son cancer était en phase terminale et qu'il n'avait plus que 6 mois à vivre. Cela l'a paradoxalement incité à augmenter ses activités. Il a continué d'assister aux conférences de presse et a écrit un livre en co-auteur (avec le journaliste indépendant Ryuichi Kino, également un fidèle des conférences de presse de TEPCO) intitulé Enquêtes : Conférences de presse au sujet de l'accident de la centrale nucléaire de Fukushima – ce que TEPCO et le gouvernement ont caché. Le livre a été publié en janvier cette année.

TBS Télévision diffusera un reportage sur lui samedi 17 juin, tourné avant sa mort. Comme le dit la page web qui annonce le programme :

Après le démarrage de l'accident de la centrale de Fukushima, Kazuo Hizumi a assisté tous les jours aux conférences de presse de TEPCO, les remettant en question ainsi que le gouvernement qui essayaient de minimiser l'accident. En tant qu'avocat et journaliste, les questions d'Hizumi étaient pointues, obligeant TEPCO et le gouvernement à dévoiler des informations qui concernaient directement les citoyens, comme l'épandange d'eau contaminée et l'exposition aux radiations de faible niveau.

Voilà comment je me souviens de lui dans les conférences de presse de TEPCO que je regardais via internet sur USTREAM, merci à un autre journaliste indépendant Yasumi Iwakami.


Japon radioactif : un village de la préfecture de Gunma recycle la terre contaminés et s'en sert pour le terrain de football du village

Il existe un court poème (''haiku'') écrit par le Maître Basho Matsuo qui veut dire à peu près ceci en anglais :
Si je dis des choses
Mes mots se gèlent sur mes lèvres
dans le vent automnal
Cela veut dire, ''À quoi bon dire les choses ?''
Remplacez le mot ''automnal'' par le mot ''perpétuel'' et c'est ce qu'il se passe depuis mars 2011.

La toute dernière idiotie arrive d'un village de la préfecture de Gunma où il a été beaucoup question de niveaux de radiations plutôt élevés.

Les villageois ont décontaminé les endroits publics du village en enlevant la terre contaminée. Qu'a fait le village de cette terre contaminée ? Ils l'ont remise sur le terrain de football.

D'après la version locale du Sankei Shinbun (13 juin) :

De la terre enlevée par travail de décontamination a été utilisée pour le terrain de football et Kawaba-mura dit ''Pas de problème''

Il a été révélé durant la réunion du 12 juin du comité préfectoral au sujet des contremesures anti-radiations que le sol contaminé au césium radioactif enlevé par des bénévoles à Kawaba-mura a servi à surélever le niveau du sol du terrain de football en cours de construction.


Selon l'analyse effectuée l'été dernier par le gouvernement préfectoral, 1300 becquerels/kg de césium radioactif ont été détectés, ce qui était inférieur à la norme nationale pour enfouissement inoffensif dans une décharge (8000 Bq/kg). Depuis que le terrain de foot a été réalisé, les niveaux de radiations de l'air sur le périmètre du terrain sont restés bas. Le village dit, ''Il n'y a aucun problème sanitaire.''

Selon la préfecture de Gunma et le village, des bénévoles du village ont enlevé en août dernier environ 40 tonnes de terre de surface dans quatre endroits du village qui montraient des niveaux relativement élevés de radiation aérienne, y compris la cour de l'école primaire de Kawaba. Le village avait stocké temporairement la terre enlevée sur un terrain appartenant au village. Après une plainte des habitants voisins du terrain, le village a pourtant enterré la terre à environ 50 cm de profondeur dans le terrain de foot qui était en construction en septembre.


Les taux officiels de radiations de Kawaba sont entre 0,1 et 0,5 microsievert/h. Ceux qui en fait sont venus pour mesurer divers endroits du village rapportent des chiffres beaucoup plus élevés. Le Pr Yukio Hayakawa considère Kawaba-mura comme l'un des points chauds de la région de Kanto. Setagaya-ku à Tokyo continue d'envoyer les scolaires en classe d'été à Kawaba-mura.

L'Europe possède 150 réacteurs nucléaires à démanteler d'ici 20 ans



Le coût de démantèlement d'un seul réacteur peut aller jusqu'à 1 milliard de dollars, donc potentiellement 150 milliards de dollars au total. D'où provient le financement ?

Les US se contentent d'un comportement attentiste en repoussant les licences et en ne faisant rien, même après qu'un réacteur ait été arrêté.
(D'un autre côté, l'Espagne vient de recevoir 125 milliards de dollars de l'UE pour recapitaliser ses banques...)
D'après le Wonkblog du Washington Post (9 juin 2012) :


Est-il si difficile de démanteler 150 réacteurs nucléaires ? L'Europe est sur le point de le découvrir
Posté par Brad Plumer, le 9 juin 2012
L'année dernière, après le tsunami et le meltdown de Fukushima, le Japon, et de nombreux pays européens ont décidé de se dispenser de leur parc nucléaires existant. L'Allemagne et la Belgique visent à terminer toute génération atomique en 2030. La Suisse repousse jusqu'à 2035.

Pourtant le simple fait de fermer ces réacteurs va poser un immense défi dans les années à venir. Selon un nouveau rapport de GlobalData, l'Europe est en voie de déclasser près de 150 centrales nucléaires dans les 20 ans à venir. Certaines, comme les allemandes seront mises au rencart pour raisons politiques. D'autres, en France et en Grande-Bretagne vont simplement vieillir. Le démantèlement d'un réacteur nucléaire est pourtant une tâche ardue et très longue – qui coûte typiquement entre $400 millions (379.273.497 €) et 1 milliard de dollars par centrale. Et il n'est pas certain que l'Europe soit pleinement préparée à cette charge.

Un récent article du New Scientist a présenté un guide manuel pas à pas sur la manière de démonter un réacteur nucléaire. Il faut gérer des milliers de tonnes de matériaux radioactifs – pas juste les barres de combustible usagé, mais également divers matériaux qui ont engrangé des niveaux plus faibles de radioactivité. Cela inclut potentiellement la cuve du réacteur, le gainage des barres de combustible, une infinité de morceaux de ferraille et même de vieilles tenues de protection. Ces déchets ne peuvent pas être simplement déposés dans des décharges habituelles ; cela nécessite un débarras soigneux.

Grossièrement parlant, il y a trois moyens principaux pour déclasser un réacteur nucléaire. La première option est d'enlever le combustible, désassembler la structure environnante et trouver un endroit sûr pour stocker tous les différentes pièces radioactives. Un problème avec cette option ? Tous les pays d'Europe n'ont pas réellement d'installations correctes pour les déchets.
Autrement, des ouvriers pourraient simplement enlever le combustible, drainer les plomberies et ensuite verrouiller le réacteur, laissant les isotopes se désintégrer jusqu'à ce que la centrale elle-même soit moins radioactive. Après une durée entre 10 et 80 ans, la structure complète sera plus facile à démanteler. La troisième option, en attendant, est d'enfouir le réacteur dans une ''tombe'' de béton et espérer qu'aucune fissure n'apparaisse sur la structure pendant les prochains 14 siècles. Le département de l'Énergie américain a choisi cette approche pour deux vieux réacteurs à Savannah River dans la Caroline du Sud.

Toutes ces méthodes nécessitent beaucoup de temps. En 2012, quelque 138 réacteurs nucléaires ont été fermés autour du monde, mais seulement 17 ont été totalement déclassés. Il a fallu vingt années entières à l'Angleterre pour finir le démantèlement du site de Sellafield après la fermeture d'un réacteur nucléaire en 1981.

En plus, le procédé est coûteux : GlobalData estime que cela coûtera au moins 81 milliards de dollars pour le démantèlement des réacteurs européens entre aujourd'hui et 2030, les plus gros chantiers se trouvant en France et en Russie. Le New Scientist suggère que certains pays, comme la Grande-Bretagne, pourraient ne pas avoir vraiment le budget pour les travaux – en partie parce que de nombreux réacteurs ont été faits sur mesure et que le coût sera probablement plus élevé que prévu pour leur démolition.

Ces casse-têtes pourraient être une des raisons pour lesquelles les US font une approche différente de leurs vieilles centrales. Le rapport de GlobalData note que les installations et les régulateurs ont annoncé des plans pour prolonger de 20 ans la vie de 71 réacteurs nucléaires . Entre aujourd'hui et 2030, seuls 5 réacteurs commerciaux américains doivent être déclassés. (en plus des 28 réacteurs commerciaux déjà fermés aux US)

Évidemment, les US ont toujours plein de défis – comme Matthew Wald l'a récemment détaillé pour le New York Times, les finances pour le démantèlement ont aussi du retard. Mais ces problèmes sont un peu moins importants que ceux auxquels l'Europe aura à faire face dans les vingt prochaines années.
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Iori Mochizuki (Fukushima Diary), qui n'a pu poster avant hier midi nous dit qu'il a souffert d'une forte douleur dans la poitrine, du même type que celle de l'année dernière. Prions pour qu'il reste en bonne santé...
Il nous montre une photo de plantation faite avec des tenues de protection :
À Okuma-machi en Fukushima, situé à 6 km au sud-ouest de la centrale, le gouvernement local a planté le 12 juin du riz et des légumes en tenue protégé.
La ville tout entière est en zone dangereuse. Ils ont planté dans une ferme et ensuite une autre après décontamination pour voir combien de radiations seront absorbées par les plantes. Ils ont enlevé 5 cm de terre à la surface en guise de décontamination.

6 commentaires:

  1. Bonjour Helios,

    A mon avis, il faut remplacer le verbe "décommissionner" par "déclasser".

    Les écrits techniques du monde nucléaire mentionnent de façon chronique le problème du déclassement des réacteurs.

    Amicalement,

    Delphin

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    1. OK, Delphin, merci pour la traduction. J'ai traduit directement le mot anglais "decommissionning".

      Je vais rectifier.

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  2. ...Chez nous aussi, EDF cherche à prolonger la vie des réacteurs.

    Il faut savoir qu'une cuve de réacteur, soumise à l'intense flux des neutrons, vieillit mal et se fragilise au cours du temps. Aussi place-t-on des "témoins", petits blocs du même métal que la cuve, en certains endroits fortements soumis aux radiations, pour essayer de simuler et d'anticiper le devenir de la cuve.
    La question, éternelle, est : Ces témoins,qu'on analyse régulièrement, sont-ils vraiment représentatifs de l'état de la cuve elle-même ?

    Il faut également savoir que la rupture brutale d'une cuve ne fait pas partie des événements négatifs potentiels étudiés pour anticiper une parade. Et pour cause, il n'y en a pas.

    Enfin, en France, aucun réacteur de grande taille (à partir de 900 MW électriques) n'a encore fait l'objet d'un début de début de démantèlement.
    A ma connaissance, seul le petit réacteur de Chooz (Meuse, Chooz 1) l'a été et celui - graphite/gaz, des Monts d'Arrée, à Brennilis - peine énormément à l'être. Chacun représente environ 1/10è des 900 MW.

    Delphin

    MW = millions de watts
    MW électriques (MWe) = puissance électrique fournie par le réacteur. Un réacteur de 1000 MWe dégage une puissance thermique de 3030 MW thermique (rendement de 33%).

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    1. Oui, tout ça donne la chair de poule. L'économie européenne étant ce qu'elle est aujourd'hui, avec la fausse crise de la dette, n'est sûrement pas prête à mettre ses sous dans le DÉCLASSEMENT (le bon terme, ;-)) de ses centrales en fin de vie...

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  3. Bonjour Hélios,

    Abonné au magnifique magasine "la maison écologique", je suis familier des photos des 3 maisons "bois brut avec toit végétalisé", "bois cordé" et "branchage-terre/paille", mais j'ai ici le plaisir de découvrir leur construction.

    Les 3 chansons sont très belles.

    Je suppose qu'il y a un rapport Jean Burger et JaneBurgermeister.



    Delphin

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  4. Salut Hélios, une étude de 2011 effectuée conjointement par des anglais et des suédois basée principalement sur les publications de EDF et les surcoûts et autres surprises, prévoit que la véritable somme finale du coût d'un démantèlement pourrait atteindre ...
    16 M d'Euros !!!
    Non, je n'ai pas gardé les liens mais ça doit se trouver !

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