Bistro Bar Blog

samedi 2 juin 2012

Êtes-vous "zucké" ??


Opinion : Facebook menace de ''zucker''* la race humaine


* Jeu de mots intraduisible en français, verbe formé par le début du nom de Mark Zuckerberg. Dans le dictionnaire urbain anglais, devenir ''zucké'' est :expérience de distribuer une information identifiable privée et ses préférences pour le douteux privilège d'être autorisé à rejoindre Facebook, NdT.


Par Andrew Keen, 30 mai 2012, pour CNN

 Note de l'éditeur : Andrew Keen est un entrepreneur britannique-américain et un sceptique professionnel. Il est l'auteur de ''le culte de l'amateur'' et ''vertige digital''. Voici le dernier d'une série de ses commentaires pour CNN examinant comment internet tend à influencer la culture sociale.

(CNN) – les nouvelles de la semaine dernière parlaient toutes de la suspecte introduction en bourse de Facebook. Les investisseurs poursuivent Facebook à propos du refus d'évaluation des perspectives de l'entreprise. Cette introduction en bourse a non seulement ''zucké'' la bulle technologique de Silicon Valley, mais a aussi engendré un soupçon sur l'exploitation volontaire de l'innocence de petits investisseurs.

Mais quelque chose d'encore plus douteux qu'une fraude possible du marché boursier est en cours. Le réseau social retire quelque chose de beaucoup plus important que l'argent grâce à son presque milliard de membres. En sabotant ce que veut vraiment dire être humain, Facebook est en train de voler l'innocence de nos vies intérieures.

Cela peut même aller jusqu'à nous zucker en tant qu'espèce.


Sherry Turkle, professeur d'études sociologiques au MIT (Massachusetts Institute of Technology), nous dit qu'il y a une ''bascule'' d'un monde analogique où nos identités sont générées de l'intérieur, vers un monde digital où notre sens du soi est intimement lié à notre présence sur les médias sociaux.

Mais cette bascule vers le monde Facebook de l'incessant ''tu veux être mon ami'', nous prévient le Pr Turkle, est un fantasme séducteur qui nous affaiblit aussi bien en tant qu'individu qu'en tant que société. Le problème, explique-t-elle, est que c'est d'être capable de solitude qui nourrit de grandes relations. Mais dans notre monde d'aujourd'hui branché en permanence sur les médias sociaux, notre solitude a été remplacée par des mises à jour incessantes en ligne, qui diminue notre sens du soi et notre capacité à créer de véritables amitiés.

Je nomme cette bascule du privé au public le ''narcissisme digital''. Derrière le voile communautaire des médias sociaux, nous sommes tombés amoureux de nous-mêmes. Mais une histoire d'amour super triste. Parce que plus nous nous livrons, plus nous nous vidons ; et plus nous nous vidons, plus nous avons besoin de nous livrer.

Opinion : nous attendons plus de la technologie et moins les uns des autres.

Facebook n'est pas le seul, bien sûr, à offrir un fantasme séducteur d'une société transparente radicalement digitale dans laquelle notre estime de soi est déterminée par nos actualisations , tweets et vérifications. Et pourtant avec son presque milliard de membres et son milliard de dollars d'évaluation sur le marché public, Facebook modèle le narcissisme digital de la culture du début du 21ème siècle bien plus que toute autre compagnie de médias sociaux.

Surtout, Facebook détruit notre vie privée en tant qu'individus distincts. Et ce ne sont pas juste nos enfants qui révèlent tout d'eux-mêmes à leurs milliers ''d'amis'' sur Facebook. ''Notre obsession de poster des données sur nos enfants détruit leur vie privée''(Aisha Sultan et Jon Miller).

Sultan, qui tient une rubrique sur l'éducation dans un journal (St Louis Post-Dispatch) et Miller, chercheur à l'université du Michigan, dont l'article est basé sur les interviews de 4000 enfants, soutiennent que nous avons créé ce qu'ils appellent un sens de ''normalité'' pour un monde où ''ce qui est privé est public''. Les enfants grandissent, expliquent-ils, supposant qu'il est parfaitement normal de tout révéler sur nous en ligne.

''Et nos enfants n'auront jamais connu un monde sans cette sorte d'exposition. Que signifie pour le reste de la société une vision du monde manquant d'un espoir de vie privée ?'' Sultan et Miller concluent avec la plus étrange des questions.

Cela veut dire, bien sûr, que nous créons un monde dans lequel le sens de notre identité, qui nous sommes finalement, est défini par ce que les autres pensent de nous. L'omniprésence des médias sociaux signifie que nous perdons le plus précieux des choses humaines – le sens de nous-mêmes. Nos appareils sont toujours branchés ; notre calendrier est visible par tous ; nous vivons en public sur un réseau mondial transparent qui d'ici 2020 sera alimenté par 50 milliards d'appareils intelligents manipulés par une majorité de gens sur la planète.

Mais la situation est finalement plus lugubre que ce que veulent bien reconnaître Sultan et Miller. Les distingués psychologues Philip Zimbardo et Nikita Duncan ont écrit sur une génération toute entière de jeunes qui, disent-ils, ont été ''désensibilisés de la réalité'' par les jeux en ligne et la pornographie. Mais ce que Zimbardo et Duncan oublient d'ajouter est que les médias sociaux ne sont pas moins addictifs que les jeux ou la pornographie.

Oui, le narcissisme digital est une drogue. Mais à la différence des jeux ou de la pornographie, il désensibilise chacun de nous – jeunes et moins jeunes - hommes et femmes pareillement – de la réalité. Emprisonnés dans notre bulle illusoire des médias sociaux, notre monde saturé de Facebook est devenu un courant de référence personnelle de mises à jour en temps réel de ce que nous venons de manger au petit-déjeuner.

Ne vous en faites pas si la mise sur le marché boursier de Facebook crée une bulle économique. La vraie bulle, ce sont les milliards de bulles illusoires qui déforment notre vrai sens de soi et affaiblit la véritable interaction sociale.

Donc quoi faire ?

Moins nous parlons publiquement de nous, plus mystérieuse et donc plus intéressante devient notre vie privée.
Andrew Keen

Il est temps de se réveiller à la réalité des médias sociaux. Des réseaux comme Facebook nous ont transformé en produits où seules nos données personnelles représentent notre valeur économique. Comme toute autre addiction, il nous faut reconnaître sa réalité destructrice. Facebook est gratuit parce qu'il vend nos données les plus intimes aux publicitaires. Oubliez la douteuse introduction en bourse de la semaine dernière. L'escroquerie, c'est chacun de ceux qui ont toujours utilisé Facebook.

L'année dernière, j'ai quitté Facebook. C'est un mouvement qui prend de l'ampleur. J'espère que vous me rejoindrez en tant que résistant à Facebook.

Mais la solution va au-delà l'abandon de Facebook. Notre addiction au narcissisme digital ne peut se terminer que par un nouveau régime de stricte auto-censure. Pour beaucoup d'entre nous, perpétuellement fortement dépendant de la drogue de cette exhibition, ce ne serait pas plus facile que d'arrêter de fumer ou d'envoyer balader la pornographie ou les jeux en ligne. Mais souvenez-vous, moins nous parlons publiquement de nous, plus mystérieuses et donc plus intéressantes devient notre vie privée.

Il y a également des solutions politiques. Nous avons besoin de soutenir les gouvernements, celui de l'union européenne et des US pour protéger la vie privée en ligne grâce à une législation de non-pistage ; obliger des sociétés comme Google à être plus transparentes dans l'usage de nos données et même à faire passer, comme le commissaire de justice de l'UE Viviane Reding le réclame courageusement, une ''loi de l'oubli'' sur internet.

Le marché peut aussi jouer un rôle. Mettons en place une nouvelle technologie qui autorise les données à disparaître avec le temps, de sorte que les données en ligne, comme une vraie poubelle mondiale, se décomposent finalement.

Encourageons des start-up sur internet comme le réseau social privé EveryMe et le moteur de recherche privé DuckDuckGo. Et reconnaissons, une fois pour toutes, que ''gratuit'' n'est jamais vraiment gratuit et qu'il vaut mieux payer pour des applications et services qui garantissent absolument la protection de nos données personnelles privées.

À l'aube de notre meilleur des mondes du 21ème siècle en réseau, nous faisons face à deux options. Soit nous succombons à la drogue du narcissisme digital, nous y enfermons et laissons nos enfants hériter d'un monde où le tranquille mystère d'un soi privé discipliné devient un objet de musée. Ou bien nous combattons notre addiction grandissante aux médias sociaux pour ne plus être esclave des données personnelles, du tweet ou des enregistrements.

Vie privée ou publique ? Ce n'est pas un choix difficile. Être zucké ou sauver l'espèce. J'ai confiance que vous saurez lequel faire.

SOURCE 

Traduit par Hélios

Merci à Anthony qui m'a envoyé le lien vers cet article.

Personnellement, je n'ai jamais effectué le moindre clic pour aller sur les réseaux sociaux. Pas de risque d'addiction de ce côté-là. Mais je plains ceux qui sont devenus esclaves de cet exhibitionnisme cybernétique et qui n'en sont pas conscients...

13 commentaires:

  1. Ça m'a complètement "Zoucké" cet article là!
    :D

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  2. """"Personnellement, je n'ai jamais effectué le moindre clic pour aller sur les réseaux sociaux. Pas de risque d'addiction de ce côté-là. Mais je plains ceux qui sont devenus esclaves de cet exhibitionnisme cybernétique et qui n'en sont pas conscients...""""

    Certaine ici ne sont pas consciente qu'elle sont en addiction total avec ............... un blog ! et totalement esclave de cette exhibition cybernétique !!!
    Signé = conscience cybernétique

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    1. Bonsoir,

      Ahaaaa... L'amitié, lire avec respect le travail d'un autre serait donc considéré comme addiction?

      Pauvre monde.

      Bien a vous, Léa.

      PS. Face de bouc, pas pour moi.
      Ai déja du mal à suivre avec les blogs amis.
      Parle parfois de ma vie privée.
      Mais garde le potager, le jardin, bien au secret. Dans mon coeur! :)

      Beau dimanche a tous et toutes.

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  3. Non seulement je me suis décidé à fermer mon compte FB il y a 4 mois mais j'ai envie d'aller encore plus loin dans cette analyse :
    Comme le dit l'auteur, cette pratique des réseaux déconnecte de la réalité et elle dépersonnalise, fermant les ouvertures aux autres, c'est-à-dire le monde réel.
    Cette dépersonnalisation fait partie des conditions nécessaires à la mondialisation capitaliste, uniformiser, mettre chacun devant un fait de choix de société, personne ne peut être tenu responsable de nos malheurs, libre à vous d'être un requin comme les autres et vous survivrez, dans les domaines thérapeutiques, c'est aussi la tendance forte, nous sommes soi-disant responsables de nos vies et de nos (non)choix.
    On peut y voir en effet les prémices d'une société dure, dont les membres sont coupés de leurs émotions, d'une part de leur humanité, de leur empathie et cette opération porte un nom :
    la fascisation de nos sociétés avides de richesses et terriblement individualistes, niant le droit fondamental à la différence.
    Comparer ce phénomène à la tenue d'un blog ciblé et ayant des options éthiques relève de la plus haute fantaisie...

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  4. Comparer ce phénomène à la tenue d'un blog ciblé et ayant des options éthiques relève de la plus haute fantaisie...

    Peut être faut il aller creuser un peu plus dans le pourquoi que !!!

    Moi je trouve que cette analyse tient la route, et la qualifier de fantaisie est plus à classer dans de la légèreté d'analyse.
    Ane alyste

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    1. et l’âne qui pense lire dans les pensées des autres, on le classe dans quoi?

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    2. Superbement explicite, Chantalouette ! Je répète ce que j'ai déjà dit ! L'art est difficile, la critique aisée. Vrai, la critique sensée peut faire avancer, et c'est un libre choix que de la faire INTELLIGEMMENT. Mais là, on se pose une question "intelligente" oui, oui ! Que fait donc ici, ce genre d'anonyme ? Tout de Bistro-Bar-Blog est critiqué....en permanence. GAFFE, touchez pas à mon B.B.B (sinon je mords) je n'ai pas envie de mourir débile, ignare. B.B.B. m'apprend certaines choses qui me sont inconnues, et oui, malgré mon âge, je ne sais pas tout, MOA ! LOL ! Ou me conforte dans le peu que je connais déjà ! MERCI à B.B.B. d'exister ! et de permettre à certains anonymes imbus d'eux même d'exister aussi. Faut de tout pour faire ce monde.... LOL,LOL,LOL ! ♥

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  5. je viens de supprimer mon compte fesses-bouc!

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    1. Compliments. Fini tous ces genres de trucs. Les lois ne sont pas les mêmes en France, en Amérique.... Tout ce qui est intégralement inscrit est "Fliqué". TOUS les pays du monde peuvent accéder à vos informations, états d'âme, désirs en tout genre....etc. C'est avec horreur que je viens de constater que Google, sur lequel j'ai une boîte, a connaissance de mails échangés avec ma fille concernant un canapé à donner. La Pub google à droite m'indique des adresses où je peux acheter.... un canapé !!! on n'arrête pas le progrès. Donc RIEN n'est en http"S" ! à +

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  6. ni compte ni portable.........mais si j'en avais un j'imagine que cela n’enlèverais pas ma conscience des choses et des personnes ....

    ces réseaux ne sont qu'une des branches de la mondialisation en cours et l'enjeux est de savoir ou l'on se positionne comment on veut vivre " Jekyll et Mister Hyde "

    on peut répondre qu'il faudrait pour cela être capable de"vouloir "

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  7. Bonjour,

    http://www.crom.be/documents/internes-sur-internet

    Etre assez fort mentalement pour savoir ou l'on met les pieds ... Comme dans tout, il y a du bon et du mauvais.
    Suivre son intuition ... ;)

    Bisous, Léa.

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  8. Encore une traduction remarquable, Hélios !
    Je n'aurais pas trouvé mieux qu'être "zucké" pour ma part ;-)

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  9. lasorciererouge23 août 2012 à 21:39

    http://larevolutionpacifique.wordpress.com/2012/08/23/une-epidemie-de-faux-amis-frappe-facebook/

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