lundi 2 avril 2012

Big Brother



Coïncidence, cet article sort juste à point après celui du C.R.O.M., pour ceux qui l'ont lu.

J'avais lu que les Mormons stockaient depuis longtemps des données mondiales, il n'est donc pas étonnant que ce centre espion soit construit à côté. La toile d'araignée se referme...

La boîte noire : à l'intérieur du futur et immense centre de surveillance américain

Par James Badford
30 mars 2012

 Cet article est tiré du numéro de mai 2012 à venir du magazine Wired. Soyez le premier à lire les articles du magazine Wired en version imprimée avant qu'ils ne soient affichés en ligne.
L'air du printemps dans la petite ville sableuse est légèrement embrumé, et des armoise gris-vert bruissent dans le vent. Bluffdale* se trouve dans une vallée à l'ombre de l'Utah's Wasatch Range à l'est et des montagnes Oquirrh à l'ouest. C'est au cœur du pays Mormon, où les pionniers religieux sont arrivés il y a plus de 160 ans. Ils sont venus pour échapper au monde, comprendre les paroles mystérieuses envoyés à partir de leur dieu comme les ont révélées des plaques d'or, et pratiquer ce qui est connu sous le nom de "le principe",un mariage avec plusieurs épouses.

* Bluffdale veut dire la vallée du bluff...En est-ce un, vraiment ?

Mais de nouveaux pionniers ont tranquillement commencé à s'installer dans la région, des étrangers qui gardent leurs secrets pour eux. Eux aussi se sont concentrés sur le décryptage des messages, qu'eux seuls ont le pouvoir de comprendre. Juste à côté de la route de Beef Hollow Road, à moins de 2 km du siège des frères mormons, des milliers de bâtisseurs bien décidés jettent les bases du temple et des archives des nouveaux arrivants, un complexe si grand qu'il a nécessité une extension au-delà des limites de la ville. Une fois construit, il sera cinq fois plus grand que le bâtiment US du Capitole.

Plutôt que de bibles et de fidèles, ce temple sera empli de serveurs, d'experts du renseignement informatique et de gardes armés. Ces nouveaux arrivants vont capturer, stocker et analyser d'énormes quantités de mots et de photos qui courent à travers les réseaux de télécommunications mondiaux. Dans la ville de Bluffdale, Big Love (série TV mettant en scène une famille polygame de l'Utah, NdT) et Big Brother sont devenus des voisins difficiles à faire cohabiter.

L'affable dénomination du ''centre de données de l'Utah'' est en cours de construction pour l'agence US National Security Agency (NSA). Projet immensément secret, il est la dernière pièce d'un puzzle complexe assemblé durant la dernière décennie. Son but: intercepter, déchiffrer, analyser et stocker un grand nombre de communications mondiales des réseaux internationaux, nationaux et étrangers depuis des satellites et des câbles souterrains et sous-marins. Le centre extrêmement fortifié à 2 milliards de dollars devrait être opérationnel en Septembre 2013. Stockées en données presque illimitées seront incluses toutes formes de communication, y compris les courriels privés, les appels sur téléphones mobiles et les recherches sur Google, ainsi que des traces de données personnelles - itinéraires de voyage, achats et autres "vide-poches" numériques. Il s'agit de la réalisation du programme ''Total Information Awareness" (mot à mot : ''assimilation totale de l'information'', NdT) créé par l'administration Bush - qui a été démoli par le Congrès en 2003, après un tollé à propos de son potentiel à envahir la vie privée.

Mais "c'est plus qu'un simple centre de données", dit un haut responsable du renseignement qui, a récemment été impliqué dans le programme. Le centre mammouth de Bluffdale aura un autre rôle important et beaucoup plus secret. Il est également essentiel, dit-il, pour déchiffrer des codes, ce qui est crucial, car la plupart des données dont se chargera le centre – informations financières - contrats d'affaires, secrets militaires et diplomatiques étrangers, documents juridiques, les communications confidentielles personnelles - seront extrêmement cryptées. Selon un autre haut fonctionnaire également impliqué, la NSA a fait une percée il y a plusieurs années dans la cryptanalyse, ou ''craquage'' des systèmes de cryptage complexes utilisés non seulement par les gouvernements partout dans le monde, mais aussi par des utilisateurs moyens d'ordinateurs. En conséquence, dit ce responsable, ''tout le monde est ciblé, toute personne qui communique est une cible."

Pour la NSA, avec des dizaines de milliards de dollars de budget de l'après- 11 septembre, le décryptage de la cryptanalyse est venu à une époque de croissance explosive en taille et en puissance. Conçue comme le bras droit de l'US Department of Defense (DoD) à la suite de Pearl Harbor, la NSA a subi une série d'humiliations dans les années ayant suivi la guerre froide. Prise au dépourvu par le bombardement du World Trade Center (en 1973, NdT) d'abord, par l'explosion des ambassades américaines en Afrique de l'Est, l'attaque contre le USS Cole au Yémen et le 11 septembre, sa raison d'exister était remise en question. En réponse, on a fait tranquillement renaître la NSA. Et bien qu'il y ait peu d'indications sur l'amélioration de son efficacité - après tout, elle a raté les tentatives d'attaques par le poseur de bombe en sous-vêtements sur un vol à destination de Detroit en 2009, et l'attentat à la voiture piégée de Times Square en 2010 - il ne fait aucun doute qu'elle s'est transformée en l'agence de renseignement la plus importante, la plus secrète et potentiellement la plus intrusive jamais créée.

***

Dans le processus - et pour la première fois depuis le Watergate - la NSA a tourné son système de surveillance vers les États-Unis et ses citoyens. Elle a établi des postes d'écoute à travers toute la nation pour recueillir et passer au crible des milliards de courriels et d'appels téléphoniques, qu'ils soient originaires de l'intérieur du pays ou de l'étranger. Elle a créé un superordinateur pour trouver les modèles et craquer les codes. Et enfin, l'agence a commencé à construire un endroit pour stocker tout ce qu'elle a capturé dans ses filets électroniques. Et, tout cela est fait dans le secret.

***

Un brouillard givrant recouvrait Salt Lake City dans la matinée du 6 Janvier 2011, mélangé à un smog épais. À l'aéroport international de la ville, de nombreux vols à l'arrivée ont été retardés ou détournés et des avions au départ sont restés à terre. Mais de tous ceux qui passaient, il y avait une silhouette dont le costume et la cravate gris se fondaient presque dans le décor. Il était grand et mince, avec des sourcils sombres en bataille sous sa tignasse. Accompagné de gardes du corps, l'homme était le directeur adjoint de la NSA, Chris Inglis, le civil le plus haut gradé de l'agence qui a dirigé jour après jour les opérations dans le monde entier.

Inglis arriva à Bluffdale sur le site du futur centre de données, une piste plate, non goudronnée d'une partie peu fréquentée de Camp Williams, un site d'entraînement de la Garde nationale. Là, dans une tente dressée pour l'occasion, Inglis a rejoint Harvey Davis, directeur associé de l'agence pour les installations et la logistique, et le sénateur de l'Utah Orrin Hatch, avec quelques généraux et des politiciens pour une cérémonie surréaliste. Debout dans un drôle de bac à sable en bois et armés de pelles peintes en doré, ils creusèrent maladroitement un trou dans le sable et lancèrent officiellement ainsi ce que les médias locaux surnommèrent ''le centre d'espionnage". Espérant plus de détails sur ce qui devait être construit, des journalistes se tournèrent vers l'un des invités, Lane Beattie de la Chambre de Commerce de Salt Lake. Avait-il une idée de l'objectif de la nouvelle installation? "Absolument pas", dit-il en riant à moitié. "Je ne veux pas non plus qu'ils m'espionnent''.

Inglis s'engagea simplement dans un discours à double sens, en insistant sur l'aspect le moins menaçant du centre: "C'est un centre à la pointe du progrès conçu pour aider la communauté du renseignement dans sa mission pour qu'à son tour, elle puisse protéger la cybersécurité de la nation" La cyber-sécurité sera certainement parmi les domaines ciblés de Bluffdale – ce qui est collecté et comment, et ce qui est fait des matériaux, sont les questions les plus importantes. Nous pourrons combattre les pirates (hackers) - qui pourrait être contre? Ensuite, les journalistes se tournèrent vers Hatch, qui décrivit fièrement le centre comme ''un grand hommage à l'Utah".

Ce serait un responsable novateur qui serait à l'origine du projet de cybersécurité le plus ambitieux de la nation, mais personne du Départment de la Securité, l'agence responsable de la protection des réseaux civils de cyberattaque, n'a parlé de lui. En fait, le responsable qui avait initié le centre de données, lors d'une conférence de presse à Salt Lake City en Octobre 2009, n'avait rien à voir avec la cybersécurité. C'est Glenn Gaffney, directeur adjoint du renseignement national pour le regroupement, un homme de carrière de la CIA. En tant que chef de collecte pour la communauté du renseignement, il a géré les espions humains et électroniques du pays.

Quelques jours plus tard, les pelles d'or ont disparu et Inglis et les généraux furent remplacés par quelque 10.000 bâtisseurs. Les plans du centre montrent un système de sécurité important: un programme complexe de protection anti-terroriste de 10 millions de dollars, y compris une clôture destinée à arrêter un véhicule lourd roulant à 80 km/h, des caméras en circuit fermé, un système d'identification biométrique, une installation de véhicules d'inspection et un centre de contrôle des visiteurs. A l'intérieur, l'installation se composera de quatre salles de 2300 m² remplies de serveurs, avec espaces de plancher surélevé pour les câbles et le stockage. En outre, il y aura plus de 83.600 m² d'assistance technique et d'administration. L'ensemble du site sera auto-suffisant, avec des réservoirs de carburant suffisamment grands pour alimenter des générateurs de secours pendant trois jours, un stock d'eau d'urgence, avec une capacité de pompage de 6,4 millions de litres de liquide par jour, ainsi qu'un système d'épuration et d'air climatisé pour maintenir au frais tous ces serveurs.

L'électricité proviendra de la propre sous-station du centre bâtie par Rocky Mountain Power pour satisfaire une demande de puissance de 65 mégawatts. Une telle quantité gigantesque d'énergie est livrée avec une étiquette de prix gigantesque - environ 40 $ millions de dollars par an, selon une estimation.

Compte tenu de la taille de l'installation et qu'un téraoctet (1.000.000.000.000 octets)de données peuvent désormais être stockés sur une clé USB (''flash drive'' en anglais) de la taille de votre petit doigt, la quantité d'informations qui pourront être logés à Bluffdale est stupéfiante. Mais c'est la croissance exponentielle de la quantité de données de renseignement produites chaque jour par les capteurs des agences de renseignement. En conséquence de cette ''gamme élargie des réseaux de capteurs", comme l'appelle un rapport de 2007 du ministère de la Défense, le Pentagone cherche à étendre son réseau de communication mondial, connu sous le nom de Global Information Grid (grille mondiale d'information), pour gérer des yottaoctets de données (1 yottaoctets = 1 000 000 000 000 000 de Go, chiffre si grand qu'on n'a pas encore inventé de terme pour la magnitude immédiatement supérieure) Il faut cette capacité parce que, selon un rapport publié par Cisco, le trafic internet mondial quadruplera entre 2010 et 2015, atteignant 966 exaoctets par an. (Un million d'exaoctets égale un yottaoctet.) Eric Schmidt, ancien PDG de Google, a estimé une fois que toutes les connaissances humaines créées depuis l'aube de l'humanité jusqu'à 2003 ont totalisé cinq exaoctets. Et le flux ne montre aucun signe de ralentissement. En 2011, plus de deux sur les 6,9 ​​milliards d'habitants de la planète ont été connectés à internet. En 2015, la société de recherche IDC estime qu' il y aura 2,7 milliards d'utilisateurs. Ainsi, la NSA a besoin d'entreposer 93.000 m² de données. Si l'agence devait un jour emplir le centre de l'Utah d'un yottabyte d'informations, il serait l'équivalent d'environ 500 trillions (500,000,000,000,000,000,000) de pages de texte.

Les données stockées à Bluffdale iront bien au-delà des milliards de pages web publiques du globe. La NSA est plus intéressée par le web invisible, également connu sous le nom de web profond ou Deepnet - données au-delà de la portée du public. Cela inclut des données de mot de passe protégé, des communications du gouvernement chez lui et à l'étranger, et des fichiers-partage non-commerciaux entre personnes de confiance. "Le web profond contient des rapports gouvernementaux, des bases de données et d'autres sources d'information de grande valeur pour le DoD et la communauté du renseignement", selon un rapport de 2010 du Bureau Scientifique de la Défense. ''Des outils sont nécessaires pour trouver et indexer les données du web profond ... Voler les secrets classifiés d'un adversaire potentiel est l'endroit où la communauté [du renseignement] est la plus à l'aise."

Avec son nouveau centre de données de l'Utah, la NSA aura enfin la possibilité de stocker et de fouiller tous ces secrets volés. La question, bien sûr, est de savoir comment l'agence définit qui est, et qui n'est pas, ''un adversaire potentiel".

SOURCE
Traduit par Hélios

6 commentaires:

  1. L'une des caractéristiques traditionnelles de "Dieu" est l'moniscience. Le "singe de Dieu" veut tout savoir. A sa manière, parce qu'en fait, il ne sait rien. Donc il espionne. Il saura tout de nous, jusqu'au dernier atome de nous. Mais cependant, il ne sera pas plus avancé. Il est incapable de comprendre ce qui le dépasse. Nous, les hommes, on le dépasse, et il nous hait. Très clair, chez les muslim. Lui, Iblis, l'être de feu, a refusé, dit la tradition, de plier le genou devant l'homme, cet être de terre. Il n'a rien compris.

    RépondreSupprimer
  2. http://leveil2011.syl20jonathan.net/?p=11695

    http://www.telegraph.co.uk/technology/news/9179087/Internet-activity-to-be-monitored-under-new-laws.html

    pour l'heure ils ont les cartes en main...

    RépondreSupprimer
  3. http://www.youtube.com/watch?v=KjZgsRt8PBc&feature=player_embedded

    RépondreSupprimer
  4. http://cryptogon.com/?p=28402

    RépondreSupprimer
  5. Eh Bé ... il est temps de revenir aux pigeons voyageurs ou tout bêtement au bon vieux courrier papier !

    PS: Ils sont fous ces américains :-)!

    RépondreSupprimer
  6. nous devons apprendre a etre tous...comme Iblis ou des etres de LUMIERE

    RépondreSupprimer

JE RAPPELLE QU'IL Y A UNE MODÉRATION DES COMMENTAIRES. TOUS CEUX À VISÉE PUBLICITAIRE PARTENT DIRECTEMENT À LA POUBELLE !