jeudi 9 février 2012

Je veux qu'on comprenne que nous vivons toujours plus ou moins heureux quand même

Un texte que m'a envoyé Ayumi, qui l'a beaucoup émue...Traduit par Jeep et retouché par mes soins.

Le texte ci-dessous a été écrit par Marika Yoshida, une résidente de Fukushima. Quand j'ai lu son texte, j'ai été très ému. Quand j'ai appris que Marika-san était une amie de Senrinomichi, je me suis senti humble.

Marika-san a clairement une énorme énergie et beaucoup d'enthousiasme, et un merveilleux sourire contagieux. Sinon, je ne la connais qu'à travers cette note, qui est tout simplement l'un des textes les plus éloquents et émouvants que j'ai lu dans les dix derniers mois.
J'ai beaucoup écrit au sujet de vouloir comprendre le silence au Japon. Le texte de Marika-san m'aide à peut-être comprendre un peu mieux. Quand les gens me demanderont pourquoi je parle tellement de la situation à Fukushima, je vais leur montrer cette note. Je la remercie pour cela, et je salue son courage, l'éloquence et la décence et l'humanité qui brillent par le biais de ses paroles.

J'ai écrit la note ci-dessous le 12 janvier, l'anniversaire de 10 mois après la catastrophe de l'usine nucléaire. Je l'ai d'abord partagée avec un cercle limité de personnes. Mais depuis qu'un certain nombre de gens veulent le partager, j'ai décidé de le modifier sous forme de note et de le rendre disponible plus largement.

J'ai décidé de le conserver comme une note, car c'est ce que je pouvais sentir seulement à ce moment là et je me sentais tout simplement réticente à la laisser s'écouler au fil de mes pages de réseaux sociaux.

En l'archivant en tant que note, je tiens à ajouter quelques petites choses.

Ceci est un document sur mon ressenti personnel. Comme je l'ai écrit dans le texte, je n'ai pas l'intention de représenter quoi que ce soit ou qui que ce soit.

J'habite à Fukushima, mais dans une zone de relativement faible niveau de rayonnement. Je suis sûre qu'il y a beaucoup de gens qui ont choisi ou qui ont été forcés de choisir de rester et de vivre dans des zones bien plus dangereuses. A la lecture cette note, certaines personnes peuvent se sentir offensées parce qu'elles pourraient penser que je vis dans une zone "plus sûre" et que je "réagis de façon exagérée." Dans ce cas, s'il vous plaît supprimez purement et simplement ma note.

Peu importe que les gens disent que ma zone est "en sécurité", j'ai encore peur. Et je suis en colère. Et je suis inquiète. Ce n'est probablement pas juste la question du niveau des radiations, mais ma peur, ma colère, et les soucis ont été créés parce que les informations fournies comme «faits» ont été renversées et ont changé plusieurs fois. Ces sentiments sincères existent dans mon esprit, peu importe la façon dont les gens essaient de les nier. Ce n'est qu' après avoir reconnu ces sentiments, je crois, que nous pouvons surmonter et sublimer cette expérience.
Vivre à Fukushima

Ma vie à Fukushima
Vivre à Fukushima, pour moi
Cela veut dire, ne plus ouvrir la fenêtre pour prendre une grande bouffée d'air
Cela veut dire, ne plus mettre le linge à sécher dehors
Cela veut dire, jeter les légumes du jardin
Cela veut dire, voir ma fille quitter la maison avec un masque et un dosimètre, sans qu'on ait à le lui dire
Cela veut dire, ne pas pouvoir toucher cette neige immaculée
Cela veut dire, être un peu agacée parfois en entendant le slogan "lutte, Fukushima "
Cela veut dire, constater que j'en suis venue à respirer superficiellement
Cela veut dire, je vis à Fukushima et ne pouvoir m'empêcher d'ajouter "mais l'irradiation de notre région est encore faible ..."
Cela veut dire, sentir que maintenant il existe 福島 (Fukushima en caractères chinois) et FUKUSHIMA.

Cela veut dire, se mettre en colère quand quelqu'un nous dit de "rester" et avoir envie de lui dire "Que pensez-vous de nos vies? ", à se mettre en colère quand quelqu'un nous dit de «fuir» et avoir envie de lui dire «Ne le dites pas si facilement! Ce n'est pas aussi simple (que cela)! »
Cela veut dire, s'inquiéter si ma fille de 6 ans pourra se marier plus tard

Cela veut dire, avoir l'impression d'abandonner mes responsabilités en ayant choisi de vivre à Fukushima
Cela veut dire, comprendre tous les matins dans mes tripes que nos vies quotidiennes reposent sur une sécurité qui ne tient qu'à un fil, grâce aux sacrifices et efforts des autres
Cela veut dire, penser tous les soirs que je pourrais avoir à quitter cette maison demain et partir au loin
Cela veut dire, prier chaque soir pour pouvoir continuer à vivre dans cette maison le lendemain

En priorité je prie pour la santé et le bonheur de ma fille
Je ne peux pas oublier cette fumée noire
Je veux qu'on comprenne que nous vivons toujours plus ou moins heureux quand même
Je suis furieuse, tous les jours
Je prie tous les jours
Je n'ai aucune intention d'être un symbole de Fukushima. C'est ce que vivre à Fukushima signifie pour moi, juste pour moi.
Aujourd'hui c'est l'anniversaire des 10 mois de Fukushima.
SOURCE

15 commentaires:

  1. Pour moi les gens sont inconscient.
    Ceci les dépasse de loin.
    Ils n'ont pas compris que déjà avec les doses qu'ils ont absorbé, leur avenir est compromis.
    Suivant les âges, il peut être très bref, pour une fillette de six ans cela peut vouloir dire trois ans maximum, au pire !
    Evidement pouvoir fuir n'est pas facile, surtout qu'il fallait le faire immédiatement !!!!Maintenant le processus est engagé.
    Espérer passer à travers de la destinée, ils n'ont plus que ce seul espoir vain !

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    1. D'accord,

      J'incite régulièrement Ayumi à partir de Tokyo, mais il n'est pas facile de tout plaquer, d'abandonner ses vieux parents de plus de 80 ans.
      En dehors de l'irradiation, il y a aussi le risque d'un autre gros séisme.
      ça fait beaucoup à supporter psychologiquement...

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  2. Allez, un peu d’espoir.

    ♫ ♪ ♪ ♫
    3-4

    « Si tous les gars du monde
    Décidaient d'être copains
    Et partageaient un beau matin
    Leurs espoirs et leurs chagrins… »

    … et leur -20


    C’est pourquoi le regard franc et généreux tourné vers un avenir radieux je souhaite aussi partager.
    Je souhaite partager mon -20° montagnard avec un 0° breton (au hasard).

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    1. Quand on pense qu'il y a des Bretonne qui se font un sang d'encre pour un petit tour au marché par un petit moins 5°.

      Ca m'étonnerait qu'elle soit prête a partager un petit moins 20°! Faut pas rêver !

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    2. Oseriez-vous dire que la Bretonne en question se fait un sang d’encre…de seiche ?

      Sachant qu’ici le taux d’hygrométrie est tombé à 10%, et que le Numide n’est plus d’actualité, me reste l’ultime recherche de la meilleure opportunité conjuguée.

      Et puis comme chantait Brel, lorsqu'on abandonne ses rêves on meurt.

      Je transigerai donc à -20° + -5° soit -12,5° pour moitié, ramené à -10° compte tenu de l'élévation de la TVA sachant qu'ici en Haute Savoie on jette le degré comme l'argent par les fenêtres, de l'extérieur vers l'intérieur.

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    3. Non merci Korrigan, tu peux garder ton -20° !
      Je veux bien tout partager (je me comprends), sauf le froid.
      Record battu dans le sud-ouest vers Bergerac, -17° ce matin.
      On n'est pas loin de ton record.

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  3. Hélios est dans le "SERVICE GRATUIT" et respectez sa "crainte" du froid qui anime de vieilles douleurs (l'âge aidant)! Ce n'est jamais plaisant pour une Bretonne ou un Breton de sortir par le froid en dessous de zéro !
    Et je connais des personnes qui n'ont jamais pu supporter le vent ( +/- léger) qui souffle tous les jours en Bretagne (et ont déménagé !).
    Chacun est adapté à un terroir car c'est là sa zone de confort optimal.

    RIEZ les gars de la montagne mais le climat le plus tempéré de la planète Terre se trouve en Côte d’Émeraude !

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    1. ouaf ouaf !!

      Et les fraises de PLOUGASTEL, actuellement elle ont la queue courte.

      Heureusement que les Espagnols ont pris le relai.

      Même les fraises bretonne ont émmigré vers le Sud

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  4. Pffff...
    Mais comme disaient la tortue et l'escargot d'hier "A quoi çà sert qu'on se décarcasse pour des QI de bulot, machins gras incomestibles qui ne se ramassent qu'à marée basse".

    Vive mes deux patries, Bretagne et montagne réunies.

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  5. Les commentaires sont affligeants!
    Comment pouvez vous parler des températures de vos régions après un tel message de douleur.
    Comment pouvez vous lui dire qu'elle n'a pas fait le bon choix, que savez vous de sa vie?
    Merci à l'auteur de ce blog pour ces lignes émouvantes

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  6. Parce que la vie doit continuer cher affligé pleurnichard.

    Dites nous un seul moment de votre vie consacré à l’aide aux autres en lieu et place de votre émotionnel larmoyant parfaitement déplacé.

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  7. Je ne pensais pas que ce texte apporterait autant de commentaires !

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  8. L'agriculteur Pierre Priolet a entamé une marche pour recueillir le désespoir des paysans français. Il partage ses solutions pour changer notre système alimentaire.

    http://www.terraeco.net/Alimentation-Nous-sommes-dans-la,41758.html

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  9. " La Marche de Doléances en est à son 27 ième jours, plus que 13 jours. [...] Je vous donne rendez-vous sur la route, j’arriverai à l’Hôtel de Ville de Paris le 20 février entouré du maximum d’agriculteurs et de consommateurs! En effet la dernière étape partira de l’Hôtel de ville de Rungis à 8H30 et passera par le M.I.N. de Rungis où arrivent toutes nos marchandises, qui nourrissent Paris et ce lien qui nous unit est très important !"

    http://www.consommer-juste.fr/actualite/consommer-juste---lettre-d-information-du-8-fevrier/

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  10. Prémontage d'un interview visant à alerter sur l'interdiction prochaine de la réutilisation des semences par les paysans.

    Jean Pierre Berlan réagit sur "les certificats d'obtention végétale":

    http://vimeo.com/33274313

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