mercredi 22 février 2012

Japon, 22 février 2012

Ultraman n'a rien posté depuis hier, j'espère que tout va bien pour lui.

Je suis partie à la pêche d'infos et ai trouvé un article du Telegraph dont je traduirai des extraits.

En attendant, vous pouvez regarder des extraits du film tourné par des journalistes indépendants le 20 février (plus de 3 heures de film). Le voici, je l'ai trouvé sur le blog Fukushima Diary :




Voici l'article provenant du Telegraph, dont je parle ci-dessus (Ultraman n'a toujours pas donné signe de vie) :

(Le journaliste indépendant Tomohiko Suzuki vient de sortir un livre ''les Yakuzas et l'industrie nucléaire. Il est allé clandestinement au mois d'août dernier à la centrale et le texte qui suit est basé sur ce qu'il raconte dans son livre.)

(…)
Tepco est depuis longtemps au cœur de multiples scandales, pris maintes et maintes fois la main dans le sac à dissimuler des données sur des défaillances de ses centrales nucléaires, ou falsifiant des films qui montraient des fissures dans les tuyauteries. Comment l'exploitant pouvait-il s'en sortir avec un comportement aussi ancré ? Selon un livre explosif récemment publié au Japon, il le doit à ce que l'auteur, Tomohiko Suzuki, appelle ''La mafia nucléaire japonaise... un conglomérat d'hommes politiques et de bureaucrates corrompus, une industrie nucléaire véreuse, des lobbyistes...'' et au centre se trouve la mafia japonaise actuelle : les yakuzas.

Cela pourrait surprendre les lecteurs occidentaux que des gangsters soient impliqués dans l'industrie nucléaire du Japon et encore plus qu'ils risqueraient leur vie dans une crise nucléaire. Mais les racines des yakuzas sont très profondément implantées dans la société japonaise. En fait ils ont été dans les premiers intervenants après le séisme, procurant de la nourriture et des fournitures aux zones dévastées et patrouillant les rues pour s'assurer qu'aucun pillage ne se produirait.

(…) Parmi ce groupe héroïque [les 50 de Fukushima qui sont restés juste après la fusion des réacteurs], selon Suzuki, il y avait des Yakuzas.

(…) Les Yakuzas ne sont pas une société secrète au Japon. (…) Ils font le travail que personne d'autre ne veut faire ou trouvent des ouvriers pour des boulots dont personne ne veut.

''Presque toutes les centrales nucléaires construites au Japon le sont en prenant le risque que les ouvriers puissent être exposés à de grandes quantités de radiation,'' dit Suzuki. ''Qu'ils tombent malades, ils mourront jeunes ou ils mourront au travail. Et ceux qui amènent les ouvriers aux centrales sont souvent des yakuzas''. 

(…) Pour son livre, Suzuki est allé clandestinement à Fukushima pour trouver des preuves de première main sur les rumeurs concernant les liens entre l'industrie nucléaire et les yakuzas.

(…) Ses compagnons de travail, a découvert Suzuki, étaient une bande hétéroclite d'hommes japonais sans foyer, et au chômage chronique, débiteurs d'anciens yakuzas et mentalement handicapés. Suzuki déclare que les employés réguliers de la centrale obtenaient de meilleures tenues de protection que les recrues yazukas et qu'ils pouvaient passer par des monitoring de radiation plus sophistiqués que les travailleurs temporaires.

Quand Suzuki travaillait à la centrale en août, il devait porter une tenue de protection intégrale et un masque qui recouvrait entièrement son visage. Les fortes températures estivales et le manque de respirabilité dans les combinaisons faisaient que presque tous les jours un ouvrier s'écroulait d'insolation et était emmené ; ils revenaient invariablement travailler le lendemain. Aller aux toilettes était virtuellement impossible, on disait simplement aux ouvriers de se ''retenir''. Selon Suzuki, les capteurs de température de la centrale ne fonctionnaient même pas et on n'en tenait pas compte. Enlever le masque pendant le travail était contraire aux règlements ; peu importe si les ouvriers avaient soif, ils ne pouvaient boire. Après avoir passé une heure à fixer des tuyaux ou à accomplir une autre tâche, Suzuki dit que son corps lui semblait enveloppé de flammes. Les ouvriers ne recevaient aucun contrôle pour voir s'ils s'en sortaient, on attendait d'eux qu'ils en parlent à leurs superviseurs. Cependant, alors que les responsables de Tepco sur place disaient que les ouvriers ne risquaient pas de blessures, il semblerait que celui qui se plaignait des conditions de travail ou de fatigue serait renvoyé. Très peu prenaient leur temps de pause alloué.

Ceux qui déclaraient se sentir mal étaient traités par des médecins de Tepco, avec presque toujours ce que Suzuki appelle une médecine froide essentiellement. Le risque d'exposition à la radiation était de 100%. Les masques, si les filtres étaient régulièrement nettoyés, ce qui n'était pas le cas, ne peuvent enlever que 60% des particules radioactives de l'air. Des ouvriers anonymes ont déclaré que les filtres eux-mêmes étaient mal fixés ; s'ils les cognaient accidentellement, la radiation pouvait facilement pénétrer. Les badges dosimètres des ouvriers, en attendant, utilisés pour mesurer l'exposition individuelle aux radiations, pouvaient être facilement manipulés pour donner de fausses lectures. Selon Suzuki, des astuces comme coincer le badge à l'envers, ou le mettre dans la chaussette étaient courantes. On donnait aux ouvriers réguliers des dosimètres qui déclenchaient une alarme quand la radiation dépassait le niveau de sécurité mais ils faisaient un tel vacarme, dit Suzuki, ''qu'on les éteignait ou les tournait à l'envers et on continuait le travail.''

La tâche initiale, juste après la série d'explosions d'hydrogène de mars, était extrêmement dangereuse. La radiation atteignait des niveaux si élevés que le gouvernement japonais avait augmenté les taux d'exposition de sécurité et même ordonné aux scientifiques d'arrêter toute surveillance des taux de radiations dans certains endroits de la centrale. Tepco a passé le mot aux entreprises pour rassembler autant de personnes que possible et d'offrir des salaires substantiels. Les yazukas ont recruté dans tout le Japon ; les premiers ouvriers étaient payés 50.000 yens (307 €) par jour, mais une société a même offert 200.000 yens (1230 €) par jour. 

(…) Le représentant d'une société a dit à Suzuki qu'un contrat avait été fait avec un sous-traitant de Tepco juste après l'accident :''Normalement, même pour pénétrer sur le sol d'une centrale nucléaire, on demande un livret de suivi des données personnelles pour les radiations. On nous a dit que ce n'était pas nécessaire. Nous n'avions même pas le temps de faire un examen physique des ouvriers avant de les envoyer à la centrale.''

Un ancien patron yakuza me dit que son groupe a ''toujours'' été impliqué dans le recrutement de travailleurs pour l'industrie nucléaire. ''C'est un sale boulot et dangereux,'' dit-il et les seuls à vouloir le faire sont des sans-abri, des yakuzas ou des gens tellement endettés qu'ils ne voient aucun autre moyen de rembourser.'' Suzuki a découvert que certains avaient reçu des menaces pour aller travailler à Fukushima, mais que d'autres l'ont fait volontairement. Pourquoi ? ''Bien sûr, si c'était une question de mourir aujourd'hui ou demain, ils ne seraient pas venus travaillé ici,'' explique-t-il. ''c'est parce que ça peut prendre 10 ans ou plus de mourir peut-être d'un excès de radiations. C'est comme la roulette russe. Si vous devez de l'argent aux yazukas, le travail dans une centrale nucléaire est un pari plus sûr. Ne saisiriez-vous pas l'occasion de mourir 10 ans après que d'être poignardé aujourd'hui ?''

Un récent article du journal japonais Mainichi a allégué que des ouvriers du sud du Japon ont été conduits à la centrale en juillet sous de faux prétextes et obligés de travailler. Plusieurs devaient entrer dans de dangereux bâtiments radioactifs. Un homme aurait transporté 20 kg de plaques de plomb depuis le plancher d'un réacteur endommagé jusqu'au sixième étage, et son compteur Geiger est allé dans la zone dangereuse. Un ouvrier a dit, ''Quand j'ai essayé de démissionner, ceux qui m'employaient ont mentionné le nom d'un groupe yakuza local. J'ai compris le message. Si Tepco ne savait pas ce qu'il se passait, je pense qu'ils auraient dû.'' D'anciens responsables de Tepco, des ouvriers, des policiers, ainsi qu'un journaliste d'investigation, auteur de TEPCO : l'empire noir, tous sont d'accord : Tepco a toujours su qu'ils travaillaient avec des yakuzas ; ils ne s'en sont jamais soucié. Pourtant , des articles que Suzuki a écrit avant son livre et mon propre travail, ont aidé à créer suffisamment de tollé pour obliger Tepco à agir. Le 19 juillet, quatre mois après les fusions, ils ont annoncé qu'ils coupaient les liens avec le crime organisé.

''Ils ont demandé aux sociétés qui avaient travaillé avec eux pendant des années de leur envoyer des papiers montrant qu'ils avaient aussi coupé les relations avec le crime organisé,'' dit Suzuki. ''Ils ont fait un suivi de contrôle.'' Tepco n'a pas répondu à mes propres questions sur leur initiative contrele crime organisé à ce jour ; ils avaient auparavant appelé les revendications de Suzuki ''sans fondement''.
La situation à Fukushima est toujours désastreuse. Le réacteur numéro 2 continue de surchauffer et semble être hors de contrôle. Des pannes surviennent régulièrement. Les réacteurs nucléaires doivent être fermés, un par un, sur tout le Japon. Pendant ce temps, il est en discussion que Tepco soit nationalisé et que ses directeurs soient accusés de négligence criminelle, suite à la catastrophe du 11 mars. Quant aux yakuzas, la police commence à enquêter sur leurs sociétés de façade de plus près. '' 

LesYakuzas sont peut-être une plaie pour la société,'' dit Suzuki, ''mais ils ne ruinent pas la vie de centaines de milliers de gens et n'irradient pas la planète avec leur avidité et incompétence.'' Suzuki dit qu'il n'a eu que peu d'ennuis de la part de yakuzas après ses allégations dans son livre. Il soupçonne que c'est parce qu'il a montré qu'ils étaient préparés à risquer leur vie à Fukushima – et qu'il les a fait presque paraître respectables.

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