mardi 21 février 2012

Japon, 21 février 2012

Goshi Hosono à propos de l'incinération des débris : ''Ça ne fait que 33 kilos par personne...''

Le ministre de l'environnement Goshi Hosono, qui était bien connu pour son histoire extramaritale avec une actrice populaire avant l'explosion de la centrale nucléaire, dit aux citoyens japonais dans une interview de NHK : ''ça ne fait que 33 kg de débris de Miyagi et Iwate par personne vivant en dehors de ces régions.''

Comme si c'était une bonne chose.
(…)

En déplaçant les cendres radioactives d'une municipalité à l'autre, il incombera un coût supplémentaire pour les contribuables et un bon profit pour l'industrie de traitement des déchets et les municipalités.

Rien à faire de la réhabilitation.

The Independant : Fukushima – retour vers la zone de la catastrophe


A la différence des médias de masse japonais qui n'ont posté que pour la forme des articles sur la visite de la presse du 20 février à la centrale, David McNeill a écrit pour pour le journal britannique The Independant un article plus détaillé et personnel sur son retour à la centrale, comme suit :

The Independant (21 février )
Fukushima : retour vers la zone de la catastrophe

Le voyage à Fukushima Daiichi commence à la frontière de la zone d'exclusion des 20 km qui entoure le complexe nucléaire en ruine, au-delà de laquelle la vie s'est arrêtée dans le temps. Des herbes ont reconquis les jardins des maisons abandonnées le long d'une route qui s'est vidée par une nuit froide il y a presque un an. Des enseignes de magasin pendent dans le vide depuis le gros séisme qui a secoué cette zone le 11 mars, déclenchant la fusion de trois réacteurs et une série d'explosions qui ont arrosé la région de contamination. Des voitures attendent devant les supermarchés, abandonnées par leurs propriétaires, à Tomioka, Okuma et Futaba - villes autrefois propres et animées. Même les oiseaux ont déserté la zone, si on en croit une récente recherche.
On en comprend la raison avec la symphonie des bip-bip des dosimètres dans notre car. En passant un point de contrôle de police et en entrant dans la ville de Tomioka, à environ 15 km de la centrale, la radioactivité grimpe sans arrêt, atteignant 15 microsieverts par heure à l'entrée principale du complexe nucléaire. À l'autre bout de la centrale, où les bâtiments béants de ses trois réacteurs les plus endommagés font face à l'océan Pacifique, le taux de radiations est 100 fois plus élevé, rendant trop dangereux le travail à ces endroits-là.

À l'intérieur du bâtiment de coordination d'urgence de la centrale, l'air est plein du bruit de filtres qui bourdonnent pour garder la contamination à l'extérieur. Des centaines de personnes travaillent ici, de nombreuses dormant dans des lits improvisés. Des ouvriers en tenue anti-radiations et avec des masques intégraux flânent ici et là. Une grosse horloge digitale qui affiche le taux de radiations actuel à l'intérieur du bâtiment domine le mur de la salle de contrôle central, où les responsables de TEPCO se regroupent autour des ordinateurs.
''Notre principal challenge aujourd'hui est d'enlever le combustible nucléaire des réacteurs,'' explique Takeshi Takahashi lors de sa première interview depuis sa prise de fonction comme gestionnaire de la centrale il y a deux mois. ''C'est un problème très difficile sur le plan technique, mais nous ne pouvons pas aller plus vite.'' Son prédecesseur Masao Yoshida a été obligé de démissionner en décembre après qu'on lui ait diagnostiqué un cancer – sans relation avec son travail, insiste Tepco.

M. Takahashi semble épuisé mais dit qu'il est satisfait des progrès réalisés pour amener la centrale à un ''état d'arrêt à froid'', signifiant que les libérations de radiations sont sous contrôle et que la température de son combustible est en dessous du point d'ébullition.

La notion est controversée. Les ingénieurs n'ont qu'une vague idée de l'endroit où se trouve le combustible fondu à l'intérieur des réacteurs endommagés, ou de son état exact. Le combustible est gardé refroidi grâce à des milliers de litres d'eau que TEPCO y envoie chaque jour et dont il combat la contamination. Les ingénieurs travaillent désespérément à la construction de nouveaux réservoirs d'eau – il y a espace sur une crête à 20 mètres des réacteurs où se trouvent des réservoirs d'eau de 1000 tonnes. Une équipe nivelle le terrain pour permettre d'en ajouter.

On nous a dit de porter des masques intégraux pour le point culminant du parcours – une visite des six réacteurs. Chaque cm² de notre corps est couvert et même avec les températures en dessous de zéro de Fukushima en février, c'est incroyablement chaud. Des milliers d'hommes ont travaillé tout l'été dernier avec une température de plus de 30°C dans cette tenue de protection, se battant pour nettoyer les débris et apporter de l'eau aux réacteurs. ''Ils tombaient comme des mouches avec la chaleur,'' a dit un ouvrier. ''Mais il fallait continuer.''

''Le pire moment a été quand la radioactivité était de 250 millisieverts [par an – limite maximum temporaire du gouvernement] et que nous ne pouvions trouver des gens pour le travail,'' explique Kazuhiro Sakamoto, un sous-traitant du site. ''Nous ne pouvions travailler que par tranches de deux minutes, quand nous faisions l'extraction du césium de l'eau contaminée.''
Certains de ces travaux sont visibles sur le site. Le bâtiment en béton abritant le réacteur 1, qui a explosé le 12 mars, est aujourd'hui complètement recouvert d'une bâche pour contenir la radioactivité. Alors que nous longions le bâtiment en car, les dosimètres bippaient jusqu'à 100 microsieverts/heure. Mais lorsque le plus endommagé des réacteurs, le n°3, est apparu, son fouillis de métal enchevêtre et d'acier a indiqué 1500 microsieverts. Sa cargaison de combustible mortel comprend du plutonium et le toit du bâtiment abritant le réacteur a été soufflé lors de la deuxième explosion. ''Il est toujours trop dangereux pour que des ouvriers y pénètrent,'' dit l'ingénieur Yasuki Hibi.

L'état du réacteur 2, entre-temps, a suscité une certaine panique la semaine dernière après que TEPCO ait rapporté que la chaleur du combustible augmentait et résistait apparemment aux efforts pour l'abaisser. Le scénario de cauchemar d'un réacteur hors de contrôle a été rapidement évoqué par les médias avant que TEPCO ne le supprime en déclarant un équipement défectueux. ''Nous avons identifié le problème, c'est un thermomètre cassé,'' dit M. Takahashi, ajoutant : ''Je suis tout à fait désolé que cela ait causé autant d'inquiétude.''

Les responsables de TEPCO s'excusent constamment. Les excuses sont devenues superficielles et ritualisées, et n'arrivent pas à éteindre la colère du public concernant l'échelle de la catastrophe, ou les tactiques sans scrupules de l'exploitant depuis le début. Des indemnités sont tombées dans les poches de plus de 100.000 évacués qui ont tout perdu et se retrouvent dans un vide juridique, sans maison ni avenir clair. Dans un incident aujourd'hui fameux, l'exploitant a argumenté contre une indemnité formulée par l'exploitant d'un parcours de golf, en disant que les matériaux radioactifs venant de la centrale appartenaient aux propriétaires du terrain individuels, et ne sont pas de la responsabilité de la compagnie. Les avocats du propriétaire du golf, à 50 km de la centrale ont déclaré avoir été estomaqués par l'argument.

Mais au moins ici au complexe Daiichi, les excuses semblent sincères. Le travail y est difficile, implacable et, à long terme, possiblement fatal. Le sentiment profond sur cette catastrophe est gravé sur le visage de gestionnaires aux yeux creusés comme M. Takahashi, qui vit nuit et jour dans l'un des lieux de travail les moins hospitaliers au monde. Il dit qu'il est motivé par dessus tout par une seule chose : ''Nous voulons permettre aux gens de rentrer chez eux dès que possible.''
C'est une tâche herculéenne. Le gouvernement japonais a admis que le démantèlement des réacteurs et de ses 260 tonnes de charge de combustible nucléaire prendra 40 ans. De nombreuses personnes pensent que le gouvernement et TEPCO seront finalement obligés de reconnaître que les gens qui ont fui de cette centrale il y a un an ne pourront rentrer pendant des décennies. Pendant ce temps, le travail à Fukushima Daiichi continue. Encore et encore.
Je pense que McNeill s'est peut-être trompé en déclarant entre crochets les ''250 millisieverts'' que le sous-traitant a mentionné être ''par an''. Je pense que le sous-traitant peut avoir voulu dire ''par heure''; donc travailler par tranche de deux minutes de sorte que l'exposition puisse être limitée à moins de 10 millisieverts pour les ouvriers. Les premiers dix jours ou à peu près de l'accident, les taux de radiations de certains endroits de la centrale étaient extrêmement élevés, mesurés en millisievert/h au lieu de microsievert/h.

Le 16 mars, par exemple, le taux était de 400 millisieverts/h au 4ème étage du réacteur 4. TEPCO y avait envoyé un employé pour faire la mesure. J'espère qu'il en est redescendu en courant aussi vite que possible.

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