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mercredi 1 février 2012

Japon, 1er février 2012

Un jeune bureaucrate de la NISA admet que l'accident de la centrale de Fukushima n'est pas terminé

Houps.

Le journaliste indépendant Ryusaki Tanaka rapporte la réunion entre un groupe de citoyens et la NISA (agence de sécurité nucléaire et industrielle). Le groupe de citoyens avait pris officiellement un rendez-vous avec l'agence mais le jour de la réunion on les a placés dans un couloir sombre en attendant quelqu'un et la ''réunion'' s'est faite dans un hall, debout, entre le groupe et un bureaucrate de la NISA tout seul, âgé de 30 ans.


Du blog de Tanaka (31 janvier) :

Un jeune bureaucrate de la NISA dit par mégarde que ''Des ouvriers de la centrale travaillent à réduire l'accident''

Quand le groupe de citoyens est allé adresser une pétition à la NISA au ministère de l'économie pour demander ''d'arrêter et démanteler toutes les centrales nucléaires'', un jeune bureaucrate a fait un curieux lapsus. Il a dit que l'accident nucléaire n'était pas fini.
Le 31 janvier, un groupe de 12 personnes a rendu visite à la NISA dans un bâtiment annexe du ministère de l'économie. Yosuke Oda, secrétaire de la conférence, avait négocié un rendez-vous avec le département des relations publiques de la NISA. 
Ils arrivèrent à 14h, à l'heure, et allèrent à la réception de la NISA pour les démarches obligatoires avant la réunion. Après avoir appelé le département des relations publiques, le réceptionniste leur dit, ''Il y a eu un changement de responsable''. Oh, les gars, ils avaient mis au point la réunion 5 jours avant...J'ai failli éclater de rire devant le manque de bon sens de la NISA en observant cet échange.
''Nous n'allons pas être renvoyés comme ça.'' Le groupe protestait avec véhémence contre le département des relations publiques par l'intermédiaire du réceptionniste. Au bout de 10 minutes d'échanges, un garde de la sécurité est arrivé.

''Pourriez-vous attendre par là ?'' Le garde les plaça dans un endroit au dos de la zone de réception. Il n'y avait pas de lumière, et il faisait sombre (voir la photo). Quand nous avons demandé à un autre garde, il a dit que cela faisait partie de l'effort d'économie d'énergie.

Nous attendîmes dans le noir environ 20 minutes. Un bureaucrate du département des relations publiques se présenta avec un garde de la sécurité. Il s’appelait Shunsuke Shimozuru, responsable de section au département des RP de la NISA. C'était un jeune homme au visage juvénile, âgé d'à peine 30 ans. Un bureaucrate de carrière, selon toute probabilité.

Le jeune Shomozuru, pardon, le responsable Shimozuru nous emmena dans un hall au même étage. Il allait s'occuper de la pétition.
''Pourquoi pas dans une salle de conférence ?''
''C'est notre politique de recevoir une pétition dans un hall.''

''Quand le ''groupe des femmes de Fukushima'' est venu apporter une pétition le 27 octobre, elles sont allées dans une salle de conférence''. ''voulez-vous limiter notre droit à une pétition ?'' Les gens le pressaient de répondre.

Le responsable Shimozuru était acculé. ''Bon, c'est aussi une question de sécurité...''

''Nous n'allons rien faire de dangereux. Quel rapport avec un problème de sécurité en nous laissant dans une salle de conférence ?''

Ne sachant pas quoi dire d'autre, le responsable Shimozuru laissa échapper la vérité malgré lui. ''Une déclaration a été faite que l'accident de la centrale nucléaire était terminé, mais les ouvriers de la centrale travaillent à mettre fin à 'accident...''

''Comment pouvez-vous dire que l'accident est terminé quand on voit une fumée blanche sortir de la centrale détruite ?'' C'est ce que disent souvent les habitants de Fukushima.

Un jeune bureaucrate de la NISA a admis par inadvertance que l'accident de la centrale nucléaire, à tous égards, n'était pas terminé. ''Exactement ce que je pensais'', me suis-je dit. J'espère pouvoir dire au premier ministre Noda, ''la NISA elle-même dit que l'accident n'est pas terminé. Le savez-vous ?''
Shimozuru est l'homme au centre, qui tourne le dos.

Ce doit être une rude leçon pour les citoyens ordinaires du Japon. Toute leur vie, ils ont pensé que les bureaucrates et les hommes politiques diplômés des grandes écoles de la nation travaillaient pour eux. Quand ils ont pris rendez-vous pour les voir, ils étaient relégués dans un coin sombre, et furent reçus par un jeune homme âgé de pas plus de 30 ans, dans un hall, debout.


Juste pour votre information au cas où vous ne seriez pas au courant, tous les bureaucrates ne sont pas des bureaucrates de ''carrière''. Les bureaucrates de carrière sont ces élites du gouvernement national qui ont passé des examens sévères et en échange ont la garantie de promotions rapides dans les ministères. Ils dominent la hiérarchie au sommet des ministres. Ils sont en général des diplômés d'universités d'élite du Japon. Comme formation sur le terrain, nombreux parmi eux sont dispersés vers les municipalités du Japon durant leur carrière en devenant maire adjoint de villes avant de revenir aux ministères. Certains vont dans des agences internationales et reviennent.

Certains décident de concourir pour un poste de bureau après leur expérience d'adjoint au maire, et deviennent des hommes politiques mais avec des liens aux ministères. Le gouverneur pro-nucléaire d'Hokkaido en est un exemple ; elle était bureaucrate de carrière au ministère de l'économie avant de devenir gouverneur. Il y en a de nombreux autres. Puis à la retraite, ils ''descendent du ciel'' pour diriger des ONG, associations à but non lucratif, instituts de recherche, grosses sociétés, avec de gros chèques et peu de travail.


(Qu'Ultraman ne pense pas que c'est typique au Japon, ''on a les mêmes à la maison'')


Simulation de la dispersion du césium-137 dans l'océan Pacifique, du 21 mars 2011 au 27 janvier 2012
La simulation de dispersion de radioactivité JCOPE (Japan Coastal Ocean Predictability Experiment) faite par la JAMSTEC (Agence japonaise pour la science maritime et terrestre et la technologie), qui montre la dispersion du césium-137 dans l'océan Pacifique entre le 21 mars 2011 et le 27 janvier 2012. 



Le 21 mars est la date de début à laquelle de forts taux de matériaux radioactifs ont été détectés dans l'eau de mer près de la centrale.

Captures d'écran depuis la page de JCOPE avec une simulation animée (30 janvier).


Le réacteur 4 de la centrale laissait fuir de l'eau depuis la piscine de combustible usagé et se voyait par le niveau d'eau du bac de trop-plein

TEPCO  a annoncé durant la conférence de presse du matin du 1er février qu'on a retrouvé cassée une soupape d'une conduite reliée au réacteur et qu'au moins 6 litres d'eau du réacteur se sont déversés accidentellement. 

 
Le puits/RPV (reactor pressure vessel) du réacteur 4 est rempli d'eau même s'il n'a aucun combustible (car il était en maintenance quand l'accident est arrivé), et l'eau fait librement des allées venues entre le puits du réacteur et la piscine de combustible usagé car la cloison les séparant avait été perdue lors du séisme du 1er janvier.

 
C'est l'eau mélangée avec celle de la piscine de combustible qui fuyait, comme prouvé par la relativement forte radioactivité de l'eau.
Information glanée de trois empotés de TEPCO (sans Matsumoto) qui n'avaient pas l'air d'en savoir beaucoup (sauf un), en présence des journalistes irrités présents :

  • A 22h30 le 31 janvier, un ouvrier a trouvé une fuite d'eau sur une soupape d'une conduite pour les pompes à injection de contrôle (traduction exacte?) dans le coin sud-ouest du 1er étage du réacteur 4 durant une ''patrouille'' (ce qui est probablement un mensonge, comme vous le verrez plus loin).
  • Il y a 20 pompes à injection à l'intérieur du RPV.
  • La nature des dégâts de la soupape est inconnue. Cela vient probablement du gel. Elle a pu se casser quand l'explosion est arrivée (mars dernier).
  • La conduite des pompes à injection est reliée aux pompes à injection à l'intérieur du RPV.
  • L'écoulement d'eau s'est arrêté quand ils ont coupé la conduite principale venant du RPV, à 22h43.
  • Il est difficile de dire si la soupape s'est cassée ou non récemment, car le sol est jonché de débris.
  • La fuite d'eau est estimée à environ 6 litres dans la mesure où ils ont pu le voir sur le sol couvert de débris.
  • L'eau provient du puits du réacteur. Le réacteur ne contient pas de combustible car il était en maintenance quand l'accident est arrivé, mais il est rempli d'eau.
  • La radioactivité de la fuite d'eau est de 35,5 becquerels/cm3 (mais TEPCO ne pouvait dire si c'était une radiation uniquement gamma ou quelque chose d'autre). Par conséquent, c'est l'eau venant du puits du réacteur qui est connectée à la piscine de combustible usagé.
  • Le puits du réacteur et la piscine de combustible usagé sont séparés par une cloison, mais la cloison est partie après le séisme du 1er janvier et l'eau de la piscine va dans le puits du réacteur.
  • En réalité TEPCO savait que quelque chose clochait le 30 janvier quand ils ont remarqué que le niveau d'eau du bac de trop-plein descendait rapidement à 15h50. Le système de refroidissement de la piscine a été relancé à 15h13 ce jour-là et ils ont pensé que le niveau du bac de trop-plein avait quelque chose à voir avec le système de refroidissement et ils ont décidé d'observer pendant une journée et de chercher les causes possibles.
  • Le niveau d'eau du bac de trop-plein diminuait de 60 à 90 mm par heure.
  • Puis le 31 janvier, un ouvrier a découvert la soupape cassée sur la conduite des pompes à injection. (vous voyez, ce n'était pas une ''patrouille'' de routine ; ils cherchaient les causes possibles de la diminution du niveau du bac de trop-plein et ont trouvé la fuite.)
  • Selon la seule personne capable de donner une explication technique, l'eau va et vient librement entre le puits du réacteur et la piscine de combustible usagé et si le niveau d'eau du puits du réacteur descend, cela signifie que le niveau d'eau de la piscine descend, et que cela se reflète dans le niveau d'eau du bac de trop-plein.
  • Le niveau d'eau du bac de trop-plein change à peine par un temps froid comme ici.
  • La fuite est probablement confinée dans le bâtiment du réacteur, et l'eau qui a fui a probablement été emmenée vers l'eau du soubassement. 
 
Bien, bien. Quand le niveau d'eau est descendu dans le bac de trop-plein du réacteur 4, ce qui a été rapporté pour la première fois après le séisme du 1er janvier 2012, l'explication était que, comme je m'en souviens parfaitement, l'eau dans le puits du réacteur est allée dans la piscine de combustible usagé car la cloison était partie, et donc il n'y avait plus assez d'eau à aller dans le bac de trop-plein. Ils ont dit aussi que le niveau d'eau du bac de trop-plein descendrait naturellement par l'évaporation.

 
Ils admettent finalement aujourd'hui que le niveau d'eau du bac de trop-plein est l'indication directe du niveau d'eau dans la piscine de combustible usagé. 

 
6 litres d'eau contaminée provenant de la piscine de combustible usagé/ puits du réacteur n'a pas de sens si le niveau d'eau du bac de trop-plein est descendu de 60 à 90 mm par heure pendant 29 heures. Plusieurs journalistes ont insisté pour avoir une réponse claire, mais TEPCO a déclaré qu'ils reviendraient vers eux après des calculs.



PS : je viens de lire un article de Mme Emiko Numauchi (''Numayu'') qui écrit qu'il y avait du combustible nucléaire dans le RPV du réacteur 4 et qu'il a subi une fusion (meltdown) car elle l'a entendu d'un ouvrier en qui elle a confiance et l'article a été traduit en anglais par quelqu'un d'autre.

Si le combustible a fondu à travers le RPV et maintenant sur le sol de l'enceinte de confinement comme elle le déclare, je n'ai aucune idée de la manière dont le RPV/puits de réacteur peuvent retenir l'eau, comme c'est le cas en regardant les photos. Bien sûr elle ou quelqu'un d'autre peut déclarer que ce sont de fausses photos.

Quant à moi, je veux trouver des faits autant que possible sans avoir recours à dire que tout est faux. Même chez TEPCO, les journalistes lors de la conférence de presse du 1er février étaient capables de soutirer davantage d'informations que celles que TEPCO avait initialement présenté au début de la conférence de presse.

TEPCO peut bien sûr mentir à 100%, mais cela n'aurait simplement aucun sens de cacher un meltdown du réacteur 4 si c'est le cas. Il y a déjà 3 réacteurs qui ont fondu, et une partie du combustible fondu a mangé les sols de béton des enceintes de confinement. Quel intérêt de dissimuler un autre meltdown au bout de 10 mois ?

4 commentaires:

  1. Merci Hélios.

    Bien a toi, Léa. Itou les z'autres.

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  2. Il faut chercher a comprendre pour quelles raisons Tepco nous ment depuis le debut.
    Seule une situation de guerre implique un tel comportement mensonge. Une probable attaque informatique a deboussole la centrale. Comment comprendre que les 3/4 des reacteurs soient a l arret . Puis cette peur de donner des infos avec un retard calcule. Tout cela est revelateur d un mensonge orchestre par l etat.
    La verite triomphe toujours sur le mensonge.

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  3. Bonsoir,

    Je pense simplement que TEPCO et le gouvernement japonais ne peuvent pas faire autrement que mentir, car révéler la vérité dans toute son horreur serait très difficile à accepter par les Japonais et par le monde tout entier, sans créer de panique générale.
    En effet, les trois coriums (et peut-être un 4e, donc) sont quelque part dans le sous-sol de la centrale sinistrée (et non pas simplement "tombés au fond de la cuve" comme ils le prétendent ridiculement, mais le ridicule ne tue pas... malheureusement peut-être !) et sont donc complètement incontrôlables.
    Ces coriums nous réservent quelques nouvelles explosions hydro-volcaniques, pollution des nappes phréatiques, contamination de l'océan, contamination de tout le Japon, etc.
    Il semble, en fait, que tout l'hémisphère Nord soit menacé dans les prochains mois, mais enfin, qu'importe ? Qui va gagner les élections présidentielles en France ? Qui va réussir à réduire la dette grecque ? etc.

    Bernard

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  4. Bonjour,
    bravo pour votre blog.
    Je vous recommande cet entretien avec Mycle Schneider sur le Japon qui se révolte, sur France Culture. Mycle S. était de retour de la Conférence internationale contre le nucléaire de YOKOHAMA? à laquelle ont participé 11 000 personnes (grande première mondiale).
    Janick Magne à Tokyo
    http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4374561

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