vendredi 17 février 2012

Japon, 17 février 2012

Ce matin, j'ai vraiment "galéré" (et passé beaucoup de temps) à traduire un article du Wall Street Journal qu'a présenté Ultraman. Je vous prie de m'excuser si ce n'est pas très clair. (le vocabulaire employé est aussi différent que celui entre un texte d'Honoré de Balzac et un article d'un canard quotidien).


Une lapalissade du Wall Street Journal : ''Tepco et le gouvernement étaient faits l'un pour l'autre...''

Juste comme Chisso (du célèbre empoisonnement au mercure de Minamata) et le gouvernement étaient faits l'un pour l'autre, je suppose, avec les contribuables qui paient la note. Rien de neuf.

D'après le Wall Street Journal (16 février) :

Tepco et le gouvernement étaient faits l'un pour l'autre, si seulement ils voulaient bien l'admettre.

Par Joseph Sternberg

Un esprit fin sur Internet présente un résumé facétieux des œuvres complètes de Jane Austen : ''La Femme : 'Je l'aime en secret. Il ne doit jamais le savoir'. L'homme : 'Je l'aime en secret. Elle ne doit jamais le savoir.' Ils se renseignent l'un sur l'autre.'' Tout en n'étant peut-être entièrement approprié aux romans de Jane Austen, cela décrit bien la comédie de mœurs qui se déroule entre le gouvernement japonais et Tepco.

Presque un an après qu'un séisme et un tsunami aient dévasté le Japon oriental, Tepco s'agite toujours. Plombé par les coûts astronomiques du déblaiement et des indemnités en relation avec la catastrophe induite par le tsunami de sa centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, la société se bat avec le gouvernement sur les clauses d'un renflouement. Le gouvernement réclame un vote majoritaire sur un partage avec les contribuables, une sorte de nationalisation, et certains officiels ont même fait des allusions voilées à une perspective de démantèlement de l'installation intégrée verticalement. Tepco repousse toute réduction d'anciens actionnaires tout en essayant d'augmenter sa capacité commerciale.

Les deux partis ayant intérêt à donner l'illusion d'une réelle querelle suffit à augmenter les soupçons dans un pays où la subtilité et le discours indirect sont la norme. Il est certain qu'il y a de bonnes raisons de penser qu'en dépit du conflit, cette Jane et ce M. Bingley finiront par vivre heureux ensemble lorsque le dernier chapitre sera écrit.

Le calcul de Tepco est simple : il a besoin d'argent. Le gouvernement offre 1 trilliard de yens comptant qui permettra à l'exploitant de répondre à la demande d'indemnités liées au nucléaire, à démanteler complètement la centrale sinistrée et à payer les énergies fossiles plus coûteuses qu'il brûle maintenant que son ancien pilier de production, le nucléaire, a perdu sa réputation. Tepco a récemment annoncé une perte de 623 milliards de yens entre avril et décembre 2011.
L'exploitant peut aussi invoquer l'argument convaincant que l'argent du gouvernement n'a pas besoin d'arriver ligoté par la direction. L'injection d'argent des contribuables reviendrait au paiement des assurances. Il y a eu une foule de discussion les onze derniers mois sur les erreurs de gestion avant le tsunami et les lacunes de sécurité de Tepco. Il a été perdu de vue le fait que quelle que soit son incapacité une fois dans sa vie à prévoir ou répondre à une catastrophe naturelle, la société aurait continué à fonctionner indéfiniment sans l'intervention de Mère Nature.

Ceci rend Tepco différent du cas de la banque Resona, institution financière que Tokyo a renfloué en 2003 en échange du contrôle de sa gestion. Yukio Edano, le ministre du commerce et chargé de Tepco par le gouvernement, dit aujourd'hui que Tokyo voit Resona comme un modèle sur la manière d'intervenir. Dans ce cas, une longue suite d'erreurs de gestion sur des sujets comme les normes d'emprunts a motivé le gouvernement à mettre un pied dedans. Mais il y a un argument moins évident davantage nécessaire à Tepco, une gestion imposée par le gouvernement pour...faire quoi, exactement ? Stopper le prochain séisme ?

Il est à noter que les intérêts du gouvernement s'alignent exactement avec ceux de Tepco, malgré les grandes déclarations du contraire par M. Edano. Comme un honnête socialisme – le paiement des indemnités directement avec la bourse du gouvernement – semble avoir disparu, le but du patron de Tokyo est de préserver Tepco comme un sujet capable de rembourser avec le temps l'argent des contribuables qui sert aujourd'hui à indemniser les accidents. Alors qu'il semble pourtant impossible de sauver la société sans l'argent des contribuables, il serait probablement également impossible de venir à son secours par le type de contrôle gouvernemental que voudrait prétendre M. Edano.

Voyons les taux. Le taux d'augmentation de la consommation d'électricité est resté assez bas sur la dernière décennie (et quelquefois négatif) et il est probable qu'il le reste tant que l'économie japonaise globale stagne. Cela laisse l'augmentation des tarifs le seul moyen possible pour Tepco de compter de manière réaliste sur un accroissement supplémentaire de revenus pour rembourser l'argent prêté par le gouvernement.

De telles augmentations se prouvent assez aujourd'hui, alors que Tepco est toujours théoriquement une société de secteur privé. Le mois dernier l'exploitant a proposé d'augmenter les taux de 17% de ses clients commerciaux (il veut aussi augmenter les taux des ménages, qui sont plafonnés par la réglementation). Un tapage politique a suivi, mais la société semble garder sa position – au bénéfice d'hommes politiques qui auront à faire face à de moindres pertes de Tepco grâce à l'augmentation. Il serait difficile pour les hommes politiques de s'élever contre l'augmentation des taux approuvée par leurs propres intermédiaires du Conseil.

De manière similaire, le gouvernement ne gagnerait pas grand-chose si Tepco faisait faillite et vendait ses parts. En théorie ceci donnerait assez d'argent pour financer les demandes d'indemnités. Mais si ce n'est pas le cas ? Bonne chance pour trouver un acheteur pour chaque élément de faillite que Tepco s'est mis sur le dos avec ses responsabilités nucléaires, et bonne chance pour financer ces responsabilités sans revenus par d'autres côtés d'un exploitant viable et rapportant de l'argent. Le gouvernement aurait à s'introduire pour payer les indemnités directement, dans une forme de socialisme un peu trop honnête au goût de Tokyo.

Ainsi se trouvent nos protagonistes accrochés l'un à l'autre pas si secrètement que ça, et qui admettront finalement leur amour. Il est probable que ce soit le cas avec un contrat par lequel Tepco obtient tout l'argent nécessaire en échange d'une représentation symbolique au conseil d'administration du gouvernement, le cas échéant. Si tout cela manque d'un certain romantisme, et bien, c'est d'affaires dont on parle. Et de toutes façons, le mariage possédait une certaine qualité mercantile dans le quotidien de Jane Austen.
Goshi Hosono aux municipalités : ''Élevez-vous contre l'opposition aux débris de la catastrophe''


Une véritable déclaration de guerre contre les citoyens.

D'après le Jiji Tsushin (17 février) :
Les municipalités devraient se ''réveiller'' pour une élimination à grande échelle des débris, dit le ministre de l'environnement

Pendant la conférence de presse du 17 février qui a suivi la réunion du cabinet, le ministre de l'environnement Goshi Hosono a parlé du démarrage de l'incinération expérimentale des débris de la catastrophe venant de Yamada-machi, dans la préfecture d'Iwate, dans la ville de Shimada et a dit, ''une petite municipalité comme Shimada s'est proposée et c'est ainsi que devraient faire les dirigeants de municipalités qui en sont capables'', appelant à une coopération des municipalités du Japon tout entier pour traiter les débris du 11 mars.

Le ministère de l'environnement a demandé aux municipalités d'accepter les débris d'Iwate et de Miyagi, mais il n'y a pas eu beaucoup de progrès. Seul Tokyo et Yamagata ont commencé à accepter ces débris. Hosono a souligné, ''Comme le premier anniversaire du séisme/tsunami approche, je veux faire avancer ce processus, à tout prix.''

Un four d'incinération à la pointe de la technique de Shimada se situe en plein milieu de plantations de thé. La famille du maire fait des affaires dans la gestion d'installations de déchets. Le coûteux four a besoin d'un remplissage minimum d'au moins 60% pour fonctionner, les débris de la catastrophe sont donc un don de Dieu.


La ville de Shimada s'est donc élevée contre les milliers d'habitants qui ne veulent pas que les débris qui ont été exposés aux retombées radioactives de la centrale soient incinérés dans leur ville. La ville n'est peut-être pas la seule favorable; c'est aussi son maire. Sakurai est allé jusqu'à dire ''Shimada sert de cobaye.''

Sakurai, le maire de Shimada

2 commentaires:


  1. Et tout qui risque de fuser d'un moment à l'autre entre les infiltrations terrestres d'eau et de corium, et quelques milliers de tremblements de plus par mois...
    On disait en riant (jaune) d'un bateau, que c'est un trou dans l'eau dans lequel on met de l'argent, bigre! La taille du paquebot, heu... de la Galère !...

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  2. Merci Hélios.

    Bises, Léa.

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