mardi 14 février 2012

Japon, 14 février 2012

Non, je ne parlerai pas de la St Valentin.

Infos supplémentaires sur ce thermocouple ''défectueux'' au RPV du réacteur 2

Yomiuri Shinbun (13 février) :

TEPCO a annoncé le 13 février que le thermocouple au fond du RPV du réacteur 2, qui montrait une augmentation de température, a manifesté des températures anormales après l'inspection dans l'après-midi du 13 février, dépassant les limites de l'échelle avec plus de 400°.
 TEPCO pense qu'il est ''plus que certain qu'il soit défectueux''. Le thermocouple a été exposé à une forte température en raison de la fusion du cœur, et s'est trouvé dans des conditions de forte humidité [ à l'intérieur de l'enceinte de confinement du réacteur 2].

TEPCO a fait un test du circuit électrique du thermocouple depuis la salle centrale de contrôle à partir de 14h. La résistance électrique était supérieure à la normale, ce qui donnerait une température indiquée plus élevée du thermocouple [que la température réelle]. Juste après le test, la température montrait 342°C, et elle a grimpé d'un coup et a dépassé la limite.
Un thermocouple est un détecteur bi-métallique de température. Il produit un voltage quand il est chauffé. Il est possible qu'une anomalie se soit produite dans le circuit, qui a fait changer le voltage, donnant les mesures extrêmes relevées.
A la conférence de presse d'hier, Matsumoto a dit que c'était un thermocouple cuivre/cuivre/nickel (''cuivre-constantan''). Le constantan est un alliage cuivre-nickel.


Je regardais la conférence de presse en direct et m'amusais de voir Matsumoto et son jeune manager des relations publiques dérangés et irrités par d'anciens journalistes qui n'arrêtaient pas de poser des questions difficiles.


Ces journalistes, à la différence des habitués (nombre en baisse, ces jours-ci) qui sont pour la plupart des jeunes gens garçons et filles dans les 20-30 ans au plus et penchés au-dessus de leur ordinateur portable et posent des questions derrière leur écran d'ordinateur tout en tapant, les anciens regardent Matsumoto droit dans les yeux et posent leurs questions avec un crayon à la main et un carnet sur leur bureau.

Journalisme à l'ancienne mode, qui je pense était efficace à l'origine. Il faut pousser les gens des relations publiques de TEPCO dans leurs retranchements pour gagner un avantage et soutirer des réponses que TEPCO n'avait pas l'intention de donner.

Comme je l'ai mentionné dans l'article sur la conférence de presse, Matsumoto a été particulièrement sollicité pour deux questions :



L'une fut posée par un journaliste du Yomiuri Shinbun (c'est un habitué). Le journaliste a demandé si le test lui-même a rendu défectueux le thermocouple. (Bingo...) Matsumoto a nié la possibilité, en disant que le test a été conduit à distance depuis la salle de contrôle central, et non au thermocouple lui-même (pas moyen, car il est à l'intérieur de l'enceinte de confinement)

L'autre a été posée par un journaliste indépendant qui n'arrêtait pas de demander à Matsumoto si TEPCO consultait le fabricant du thermocouple pour une assistance technique. Cela a poussé Matsumoto hors de ses gonds, qui a immédiatement dit que TEPCO était tout à fait apte à la maintenance des thermocouples de la centrale. Malgré des demandes répétées, Matsumoto a refusé de donner le nom du fabricant ou s'ils avaient sous la main un représentant du fabricant à la centrale.



Peu importe, ce n'est pas une maintenance ordinaire de thermocouples dans un réacteur en fonctionnement normal. 

Le film ''Nation nucléaire'', mettant en scène le maire Idogawa de Futuba-machi présenté au festival du film de Berlin

Mainichi Daily, citant Kyodo News (13 février) :


Berlin (Kyodo) – Un film documentaire qui met en scène des habitants obligés d'évacuer leur ville, foyer, à cause de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, a été projeté dimanche au festival international du film de Berlin.
''J'espère que personne au monde ne vivra à nouveau une expérience telle que la nôtre'', a déclaré Katsutaka Idogawa, maire de Futaba, dans un message filmé montré après la projection du film du réalisateur Atsushi Fumahashi provisoirement intitulé ''Nation nucléaire''.
''Nous avions attiré une centrale nucléaire pour promouvoir notre ville. Mais j'ai changé d'avis à cause de l'accident. Tant qu'un site d'élimination pour déchets nucléaires n'est pas installé, il est très dangereux que plusieurs centrales nucléaires soient construites dans le monde'', a dit le maire.

Le documentaire montre les habitants allant s'abriter dans le bâtiment d'une ancienne école dans la préfecture de Saitama et des images de la ville de Futaba, qui a été évacuée en raison de la crise nucléaire qui a suivi le séisme et le tsunami de mars 2011.

Le réalisateur du film a dit après la projection, ''J'espère que beaucoup de gens dans le monde regarderont la vraie situation des habitants de Futaba. Je continuerai à enregistrer jusqu'à ce qu'ils trouvent un endroit permanent pour habiter.''

Le musicien Ryuichi Sakamoto, qui a composé la partition de piano pour le documentaire, a également assisté à la projection.
Sakamoto a dit qu'il prévoyait de produire cet été un album sur le thème de Fukushima et qu'il donnera des représentations avec des amis musiciens.
Le réalisateur du film, Atsushi Funahashi, dit qu'il a commencé à tourner fin mars quand les gens étaient toujours focalisés sur les suites du séisme et du tsunami.

Malgré les 4 explosions de la centrale de Fukushima, je me souviens que de nombreuses personnes au Japon parlaient encore de sortir pour accomplir leur devoir et de dépenser de l'argent pour aider les gens dans les zones sinistrées et empêcher l'effondrement de l'économie. Le bon vieux temps quand l'accident nucléaire était une nuisance mineure.

Après réflexion, c'est toujours une nuisance mineure pour la majorité.



La température du fond du RPV du réacteur 2 au niveau du support de jonction (''support skirt junction'') fluctue largement

L'emplacement dont le thermocouple (69H1, au fond) serait apparemment défectueux après le test de résistance de TEPCO d'hier et l'emplacement au support de jonction se sont retrouvés tous les deux à 0°.

Le thermocouple au support de jonction, 69F1, n'augmente pas ou ne montre pas de tendance à monter comme le 69H1, mais la marge de fluctuation est plutôt large, comparée aux deux autres à la même hauteur à différents angles.

Hum. C'est quoi la suite ?

D'après les derniers paramètres de la centrale sur la température horaire du RPV du réacteur 2, 69H1 (fond à 0°) et 69F1 (support de jonction à 0°) soulignés :





Fluctuation des températures horaires aux thermocouples sur le support de jonction :
69F1 (à 0°) : de 0,1 à 11,7
69F2 (à 135°) : de 0,1 à 0,3
69F3 (à 270°) : de 0,1 à 0,2
Au fait, TEPCO a publié le graphique du thermocouple 69H. Il semble tout à fait sûr que le test de résistance de TEPCO a joué un rôle :


Les gens sont d'accord sur le twitter japonais pour dire ''Oui, c'est exactement ce que j'ai fait, j'ai poussé le test trop loin...''

Pour des explications techniques sûrement plus claires et si cette nouvelle info est prise en compte, voir l'article de ''Trifouillax'' sur Gen4

3 commentaires:

  1. ""Le constantan est un alliage cuivre-nickel""

    La propriété très particulière de cette alliage est qu'il ne subit aucune dilatation lors des changements de température
    Alan

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  2. Merci. Plein de fois.

    Léa.

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