mercredi 4 janvier 2012

Japon, 4 janvier

Ils cultiveront à nouveau du riz cette année à Fukushima

Je peux presque entendre la phrase d'ici : ''Cette année, ce sera différent !''

Jusqu'à l'été dernier, on pouvait excuser les agriculteurs à cause de leur manque d'information (pour ceux qui s'en sont remis aux infos du gouvernement). Mais aujourd'hui presque 10 mois après l'accident alors que la contamination radioactive de la préfecture de Fukushima n'est plus dissimulée (sauf pour la plupart des habitants qui sont restés, apparemment) et que des cultivateurs de riz intentent un procès à TEPCO pour dommages, s'ils cultivent à nouveau du riz à Fukushima cette année en espérant que le leur sera dépourvu de césium mais en sachant très bien que ce ne sera sûrement pas le cas, comment qualifier cela ?
Et à nouveau, faire ce que le gouvernement vous dit de faire est depuis longtemps le mode de fonctionnement au Japon et les agriculteurs peuvent ne pas voir le besoin de changer ce fonctionnement aujourd'hui.

D'abord, le Yomiuri Shinbun (4 janvier 2012) :
Concernant le riz récolté dans des secteurs de Fukushima contenant du césium radioactif dépassant la limite provisionnelle de sécurité (500 becquerels/kg), le gouvernement préfectoral de Fukushima a décidé de donner le conseil aux agriculteurs de mettre davantage de potasse comme engrais au moment de la plantation du riz pour 2012.
Selon le gouvernement préfectoral, la potasse tend à limiter l'absorption de césium radioactif par le riz.
Dans la préfecture de Fukushima, on avait découvert du césium radioactif en excès dans 31 exploitations de 9 districts des villes de Fukushima, Date et Nihonmatsu. La préfecture et le ministère de l'agriculture a contrôlé les rizières et découvert que plus il y avait de césium radioactif dans le riz, moins il y avait de potasse dans le sol.
Selon Yoichiro Omomo (biologiste dans l'environnement radioactif), conseiller à l'institut pour les sciences de l'environnement, la potasse est l'un des trois nutriments majeurs des plantes, les deux autres étant l'azote et le phosphore, et qu'elle est plus facilement absorbée par les plantes que le césium qui est chimiquement proche. Dans un sol déficient en potasse, il est facile pour les plantes d'absorber le césium.
Omomo est l'ancien président de l'institut et il continue de servir de conseiller.
Peu importe que le problème ne soit pas le manque de potasse mais une surabondance de césium radioactif (et de strontium très probablement). Le Yomiuri est serein sur la densité du césium radioactif et sur les autres nucléides du sol où le riz radioactif a poussé et a été récolté.
Donc le gouvernement préfectoral de Fukushima et les cultivateurs de riz de Fukushima sont impatients de cultiver à nouveau du riz cette année, en espérant qu'un surplus de potasse bloquera le césium. Si ce n'est pas le cas, et bien il n'y a qu'à faire ce qu'ils ont fait l'an dernier – le vendre au gouvernement pour gagner de l'argent.
L'Asahi Shinbun rapporte aussi que le ministère de l'agriculture est très demandeur pour laisser les cultivateurs continuer la culture du riz. Lisez entre les lignes.
Asahi Shinbun (27 décembre 2011) :
Le ministère de l'agriculture a publié sa politique de régulation pour la culture du riz de 2012, après l'accident de la centrale nucléaire. Le ministère va interdire la culture de riz dans les régions où du césium radioactif dépassant 500 becquerels/kg avait été découvert dans le riz récolté cette année. Le ministère envisage aussi d'interdire sa culture dans les régions où on a trouvé du césium radioactif dépassant 100 becquerels/kg.
C'est parce que la nouvelle norme de radioactivité pour la nourriture qui démarre en avril 2012 sera de 100 becquerels/kg de césium pour le riz, alors que la limite actuelle est de 500 becquerels/kg.

8 districts incluant celui d'Onami à Fukushima avaient jusqu'ici du riz dépassant les 500 becquerels/kg de césium radioactif et la commercialisation du riz avait été suspendue. Les agriculteurs de ces districts seront interdits de plantation en 2012.
De plus, pour les régions où le césium radioactif dans le riz a dépassé 100 becquerels/kg, le ministère en décidera après révision du résultat du contrôle d'urgence qui a été mené par le gouvernement préfectoral de Fukushima dans 25.000 exploitations de 29 municipalités. Du riz à fort taux de césium et du riz à faible taux de césium coexistent dans le même district et une prise en compte soigneuse est nécessaire pour décider d'interdire la culture dans le district tout entier si le test d'un seul endroit dépasse 100 becquerels/kg. La décision sera prise en mars 2012.
Cette année, le gouvernement a étudié le taux de transfert des matériaux radioactifs qui sont tombés sur les rizières et a décidé d'interdire la culture du riz dans les districts avec des rizières dont le sol annonçait 5000 becquerels/kg de césium radioactif. En se basant sur des tests de sol, la culture du riz a été interdite dans des zones à l'intérieur du rayon de 20 km à partir de la centrale, de la ''zone planifiée d'évacuation'' et de la ''zone prête à évacuer''.
Le coefficient de transfert que le gouvernement national a choisi est 0,1, qui n'avait aucune base scientifique. En fonction des données passées, des scientifiques ont dit que le coefficient était plutôt de 0,01 ou moins. Le gouvernement a choisi un nombre dix fois plus important pour faire sécurisé. Cela a été une décision politique, et non scientifique. Puis l'Asahi dit que des tests de sol, qui au mieux ont été sporadiques, ont été faits dans les zones à l'intérieur du rayon de 20 km ne convenaient pas ainsi que celle dans des zones d'évacuation planifiée comme à Iitate-mura, mais nulle part ailleurs.
Quant à interdire la culture dans les zones qui avaient du riz à 100 becquerels/kg et plus, c'est absurde parce qu'il il y tellement d'exploitations qui n'ont pas été testées dans le contrôle principal fait en septembre et octobre, dont le résultat a été annoncé en fanfare. A cette époque deux exploitations par ancienne municipalité ont été testées, un sac chacune. Les zones qui étaient supposées ''propres'' peuvent ne pas l'être, simplement parce qu'elles n'ont même pas été testées.
Nulle part il est dit dans l'article de l'Asahi que le ministère ou la préfecture fera des échantillons test de sol dans la préfecture. Cela leur coûterait trop cher.
Le gouvernement préfectoral de Fukushima négocie avec le ministère, en disant que le ministère devrait acheter tout le riz du district s'il n'y a qu'une seule exploitation dont le riz dépasse 100 becquerels/kg.
Pour planter le riz au printemps, les agriculteurs retournent le sol à l'automne. Cela a déjà été fait, en mélangeant davantage les matériaux radioactifs dans les rizières. Ils le referont à nouveau au printemps.
J'ai envoyé par tweet l'article du Yomiuri ci-dessus à mes lecteurs japonais. Quelqu'un a commenté, ''Oh vous devez être très précautionneux en parlant de Fukushima et de ses habitants, parce que leur sensibilité est blessée.'' Qu'en est-il de la santé des consommateurs qui ont mangé du riz non testé de Fukushima ?

1 commentaire:

  1. Ils auront toujours la possibilité de manger de la potasse pour bloquer l'absorption du césium par l'organisme.

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