Bistro Bar Blog

vendredi 23 décembre 2011

Expérience dans une centrale nucléaire

Travailler dans une centrale nucléaire fait penser au 

Nouvel Ordre Mondial


(Centrale de Bruce, sur les rives du Lac Huron)


Par Rex Barber
(henrymakow.com)
Lorsque la centrale de Bruce aura atteint sa pleine capacité au début de l'année prochaine, la centrale fournira 25 % des besoins en énergie de l'Ontario et sera le deuxième plus grand producteur d'énergie nucléaire au monde. L’usine appartient pour un tiers à un exploitant de mine d’uranium canadien, un autre tiers à une compagnie de pipeline canadien et le dernier tiers à un Fond de retraite de fonctionnaires de l'Ontario.

Le trajet à travers le comté de Bruce est à couper le souffle, surtout en hiver. Peuplé de touristes durant les mois les plus chauds, les hivers sont cruels. Sur les rives du Lac Huron, la neige ne tombe pas tout droit; elle tombe de côte. Les routes peuvent être impraticables. Quand la seule chose que vous pouvez voir est votre pare-brise, vous vous demandez pourquoi vous êtes sortis de la maison.

Ce sont finalement, des tracteurs, des camions et des chasse-neiges géants qui se frayent un passage, pour libérer les employés enneigés.

La première chose que j’ai distingué lorsque je suis allé pour la première fois à la centrale c’est que l'entrée était à l'extérieur de la «Route Bruce 33 ». C'est drôle, » ai-je pensé, car selon le moulin à rumeurs, on a bien du mal à ne pas trouver un Franc-maçon aux commandes.

« Bruce » est une ville miniature, couvrant approximativement 65 kilomètres carrés. Il y a deux centrales nucléaires (en activité), Bruce A et Bruce B, plus des bureaux, de fabuleux magasins, des centres de formation et le Douglas Point à l'arrêt, le tout premier réacteur CANDU ( = Canada deuterium uranium) exploité commercialement.

L
eur logo est un soleil levant dans le signe du Verseau.
Le slogan est «Énergie pour la future génération » (ou un nouvel âge ?).


J'ai été dirigé vers ce qu'on appelle couramment « l'endoc »; mon endoctrinement. Il s'agit d’une initiation aux mystères du règlement sur la sécurité et la procédure nucléaires, au code de conduite, à leur langage d'acronymes (abréviations), à l’éducation de base sur les radiations, à la sécurité de la centrale, etc.. Quiconque est embauché doit endurer les journées mortelles de présentation de la centrale, couvrant tous les domaines susmentionnés et bien d’autres encore.

Bien sûr, pour les OSN potentiels (ouvriers du secteur nucléaire ) cela va du besoin d'avoir des connaissances basiques sur la radioprotection, bien qu’une bonne partie de l'entraînement consiste à être pris en remorque, jusqu’à la manière de parler pendant le travail. Il n'y a pas d'accidents, uniquement des « événements en lien avec le comportement humain » ( = défaillances humaines) Travailler seul n'est pas permis. Il faut au moins être deux personnes à accomplir une tâche.
Penser par soi-même est absolument déconseillé. Tout en favorisant une attitude sereine envers l’exposition du corps aux radiations ,on instille la peur par «  le retour d’expérience » faits soulignant les erreurs et les récentes catastrophes autour du monde.

Il est souligné que « les événements
en lien avec le comportement humain » sont monnaie courante. Même si ce n'est une panne mécanique, ce sera souvent attribué à un oubli d’un certain connard qui pensait être assez intelligent pour faire quelque chose de lui-même. Juste pour ajouter à la confusion, une personne déclarée responsable peut se voir attribuer une promotion.

Il est facile de discerner une structure pyramidale dans la chaîne de commandement. Les niveaux comprennent les responsabilités et la responsabilisation dans la sécurité, la maintenance et l'exécution des ordres au travail, d'innombrables règles et une structure rigide, hypnotique et déroutante, le tout travaillant à des effets psychologiques jusqu’aux retombées à des niveaux plus basiques - les ouvriers et leurs familles. Une règle d'or : ne jamais, jamais rien faire sauf si on vous le dit.

LA ZONE PROTEGEE

'
L'endoc' est obligatoire avant d'entrer dans la « Zone Protégée »
La « Zone Protégée » ce sont les centrales elles-mêmes et l'espace environnant. Deux grandes clôtures courent le long du périmètre. Les fils de fer barbelés de la clôture extérieure sont orientés vers l’extérieur. Sur la clôture intérieure, ils sont orientés à l’intérieur. À l'entrée principale, votre véhicule est soumis à une recherche complète pendant que vous montrez votre carte d'identité du gouvernement pour obtenir un laissez-passer temporaire (Depuis le 11 septembre, les voyages scolaires ne sont plus permis.)



La sécurité est hallucinante. On voit couramment des gardes lourdement armés de pistolets à main, de grosses mitraillettes, tous entièrement chargés. Certains se promènent en véhicules blindés (avec tourelles), d'autres font leur tournée à pied. Cette équipe de sécurité a gagné la première place au «Concours des équipes d'officiers pour la protection de la sécurité» pendant six ans d’affilée.
Après plusieurs jours d'entraînement, vous obtenez votre RFID (Radio Frequency Identification).

La puce RFID se trouve dans le badge de l'employé. Il y a également sur le badge votre nom complet, votre photo et deux chiffres. Le badge est couramment considéré comme « carte de proximité » (voir photo)

Avant de déverrouiller le portillon avec le badge RFID, chacun est fouillé à la recherche d'explosifs, d'appareils électroniques non approuvés, de métal et d'autres produits de contrebande. Une fois passé le complexe de sécurité, un autre badge vous attend, le badge TLD.
Le TLD ou dosimètre à thermoluminescence, est plus importants que la carte de proximité dans le sens où son absence par un employé pourrait entraîner potentiellement la révocation de son permis de travail à la centrale. Un « dosimètre » enregistre votre « dose »-votre total cumulé d'exposition aux radiations (pendant le travail).

Le badge TLD contient un cristal qui est analysé en laboratoire. La quantité de radiation à laquelle le cristal est exposé affectera la lumière qu'il émet lorsqu’il est chauffé. Les données qui en résultent sont traduites et enregistrées dans un registre national. Le CNSC (= commission de sécurité nucléaire canadienne) régle la dose maximum qu’un ouvrier peut recevoir en un an, en cinq ans et sur sa vie entière.
Par exemple sur un an, un employé sera normalement exposé au cinquième de la limite. Ceci étant dit, les japonais ont récemment relevé leur limite de deux fois celle de la centrale de Bruce. C'est quatre fois plus que les limites du public canadien.
Afin d’identifier le personnel, le TLD a un code à barres. Il est en lien avec le nom du salarié et le chiffre d'enregistrement de dose. Il est demandé pour passer à travers les divers «points de contrôle » de la centrale.

Afin de contrôler l'étendue de la contamination radioactive, des bornes physiques et des
« portails de surveillance » sont en place pour limiter l'accès et surveiller la sortie des différents lieux de travail. C'est à ces endroits, qu'on contrôle le corps et les vêtements des ouvriers pour la contamination radioactive.

Ce processus est essentiel pour maintenir la radioactivité là où elle est censée être et pour l'attraper si elle s’échappe. Il est quasiment impossible à un ouvrier de ramener quoique ce soit de radioactif chez lui.


En même temps, ce n’est pas sans rappeler les points de contrôle militaires. Les ouvriers se mettent en rang aux points de contrôle/entrée/sortie, en avançant lentement au rythme de la file, leurs codes à barres prêts. Même en cas d’absence du personnel de sécurité, certains ont tellement peur de mal faire et d’être renvoyé ou puni, qu’ils se signalent d'eux-mêmes pour les infractions remarquées, comme oublier de mettre un carnet dans le contrôleur de matériaux, ou de ne pas porter leur badge TLD au réfectoire, où il n'est pas exigé. Deux ouvriers se sont cognés la tête à un croisement. L'incident a été rapporté.


Il y a des caméras partout. À l'intérieur, à l'extérieur, rien ne leur échappera. Lorsque certaines tâches critiques sont effectuées, il y a aussi l’audio-surveillance. On enseigne aux ouvriers et on attend d'eux qu’ils parlent et répètent les instructions uniquement d'une certaine façon afin de garantir la compréhension, très lentement et plusieurs fois (comme si tout le monde avait un cerveau mort). « Le code de conduite » qualifie une « menace perçue comme violente » comme «une violence » et le fait de regarder une femme depuis plus de trois secondes comme un « harcèlement sexuel ». Points de contrôle, RFID, et forces de sécurité hautement qualifiées et lourdement armées. Des fils barbelés inclinés vers l'intérieur. Bien sûr, tout cela au nom de la sécurité et de la protection ...

EPILOGUE

La relance


La société qui a supervisé la rénovation des deux réacteurs était EACL. EACL était une société d'État, qui a conçu et exploité les installations de Chalk River (R&D, isotopes médicaux) et le réacteur CANDU lui-même. C'est ce type de réacteur qu'on trouve dans les centrales canadiennes et dans beaucoup d'autres à travers le monde.

Le contrat a été négocié par la banque N.M. Rothschild et Fils à New York. En novembre 2010, quelques mois avant la vente, AECL a reçu un nouveau plan d'affaires. Ce document avait été réalisé et produit par, vous l'avez deviné, N.M. Rothschild et Fils. Une grande partie de la main-d’œuvre a été licenciée et un code de conduite actualisé a été présenté. La seule chose qui ait filtré du document Rothschild/AECL était qu'AECL l'avait reçu.
On offrait une récompense pour le projet Relance si un ouvrier ou quelqu'un parmi les responsables proposait un amendement significatif du projet à propos de l'amélioration de l’outillage ou faisait des suggestions sur la planification et l'exécution des activités de travail, entre autres. Cette récompense, c'est une pièce de monnaie nommée pièce du «défi de relance ». L'image qu'elle portait était celle d'un Phénix. Dans les mythes, le phénix explose dans les flammes et meurt dans l'incendie. Il renaît ensuite de ses cendres. Le phénix sur la pièce est assis au milieu de flammes. 

Traduit par Caralméra et Hélios 

2 commentaires:

  1. Une centrale nucléaire peut ressembler à un magasin de bricolage ! mais entièrement gratuit !

    Vous trouvez : perçeuse, marteaux, tournevis etc etc ....abandonnés dans tout les coins !

    Personne ne s'avise a les ramasser ! Bécause vous ignorez par où sont passé ces outils et quelle dose de radiation ils ont emmagasiné !!

    Bé..........

    RépondreSupprimer
  2. "la centrale fournira 25 % des besoins en énergie de l'Ontario"
    ----------

    25% de l'électricité consommée en Ontario.

    Energie primaire, énergie utile ou finale :
    Si on considère l'énergie finale - celle qui parvient finalement à l'utilisateur - après les 60% normalisés de perte à l'unité de production et les 8% à l'acheminement sur longue distance du courant (centrales), l'électricité nucléaire française ne représente que 17% de toute l'énergie finale consommée par notre pays.
    Nous consommons d'abord du pétrole (49% du total énergie finale), du gaz, du charbon, du bois, de l'électricité non nucléaire etc.

    Source : http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/nucleairecivil

    Delphin

    RépondreSupprimer

Tout commentaire qui se veut une publicité cachée est refusé.