Bistro Bar Blog

samedi 31 décembre 2011

En direct de la ferme de l'espoir au Japon

Voici un article de Japanimal (qui se trouve dans les liens à droite) que je me suis permis de remettre en forme, car c'est traduit en direct depuis Ustream.


31 décembre, entre 21h et minuit, Yoshizawa san, depuis la ferme de l'espoir, en live, nous parle de ce qui s'est passé à Namie machi depuis le 11 mars 2011.
Retranscription et traduction lors de l'émission EN LIVE sur Ustream:


M Yoshizawa, de la ferme de l'espoir, s'adresse en live à nous maintenant!!


...Vous voyez Yoshizawa san dehors, devant ses vaches.
"Je vis actuellement avec 330 vaches rescapées de l'incroyable catastrophe, et ce projet de la ferme de l'espoir, je souhaite le continuer en 2012. En avril prochain, aura lieu une révision des taux de radiation dans cette zone, et ici à Namie, où les radiations sont élevées, nous ne savons ce que cela va apporter comme changements, mais nous souhaitons tenir bon;‎ 4.60 microsieverts par heure dans cet endroit.
Il fait environ – 2°C.

Voici l'abreuvoir des vaches, l'été nous voulions leur faire boire de l'eau fraîche et nous l'avons créé, avec un système de panneaux solaires, nous avons pu actionner des pompes qui ont puisé de l'eau du puits, l'eau a tendance à geler en surface avec le froid.
Là-bas, c'est notre étable, où nous avons également des veaux. Là-bas, on ne peut rien voir mais nous avons un grand pré, 30 hectares en tout, où étaient les 300 vaches, mais l'herbe a séché et à présent les vaches ne paissent plus là.
Je vis dans un logement temporaire à une heure environ d'ici, mais je viens tous les jours les nourrir.
Lors du tremblement de terre je suis revenu à toute vitesse à la ferme et j'ai trouvé le toit des étables effondré.
"Plus tard, vous allez nous parler de ce moment. Cette vache a une étiquette à l'oreille pour reconnaître par une micro-puce à qui elle appartient. ''Vous avez plusieurs sortes de vaches?" 

Oui, 3 sortes, la noire est wagyu, une F1 qui est un mélange de Holstein et wagyu, puis la marron a été introduite d'une autre préfecture.
Toutes les vaches ici sont en pleine santé .
Nous les nourrissons avec des résidus végétaux que les entreprises nous fournissent à pas cher, nous avons également reçu de nombreuses donations, car nous avons besoin de tenir le coup au moins 5 mois.
L'eau et la nourriture doivent être fournies quotidiennement.
Certaines vaches n'ont pas été nourries pendant longtemps, car la population avait dû fuir.
"Il vivait de nombreux animaux dans cette zone, des porcs, des poulets, à la TV on a parlé beaucoup de vaches ou cochons sauvages qui avaient été laissés libres par leurs éleveurs."
Pour nous éleveurs, c'était un énorme dilemme, savoir si on les laisse mourir ou si on essaie de les sauver. Tout cela était notre vie. Il a fallu "laisser tomber" notre vie, notre raison de vivre. Chacun a choisi comme il a pu, on ne peut reprocher à personne sa décision sur le moment. D'autres éleveurs avaient leur famille, des personnes âgées, ils avaient du mal à s'occuper aussi de leurs bêtes."

Pour nous, nous avons choisi de tout faire pour les laisser vivre. Nous nous sommes creusés la tête pour appliquer notre décision de les laisser vivre.
""On dit que des animaux ont été irradiés en mangeant de l'herbe irradiée, et certains pensent que l'on peut faire des recherches sur ces animaux".

Oui,
mais ici les vaches sont bien portantes, alors nous voulons laisser la PREUVE VIVANTE que des animaux ont survécu, sans avoir à les euthanasier. Elles ne sont pas mortes de faim non plus, alors il est important de les laisser en vie pour voir comment on peut faire baisser le taux de radiation ou bien voir l'effet sur les générations suivantes.

Nous barricadons la porte avec des tuyaux pour que les vaches n'entrent pas faire des dégâts. Nous voici dans la maison d'habitation (non habitée), il y fait très froid. Tout à l'heure à l'extérieur il faisait -2 °C mais ici à l'intérieur nous avons 14 °C.
3.34 microsieverts par heure, pas la moitié moins mais un dixième environ de radiations en moins par rapport à dehors. Habituellement ...là où je vis il n'y a que  0.06 microsievert, ce qui représente l'équivalent d'une charge de 15 jours.

(au total environ 150 personnes ont visionné à un moment donné ce programme sur Ustream, n'oublions pas que c'est le réveillon du Nouvel an pour tous)

"Vous avez continué vos efforts depuis la catastrophe, pouvez vous reprendre dans l'ordre?''

J'étais parti faire des courses à Minami Soma (la ferme est à Namie). La force de ce séisme a été la plus forte que j'ai jamais ressenti, et les secousses duraient très longtemps. Au magasin où j'étais les produits tombaient des étalages. L'annonce du magasin a demandé de sortir immédiatement. Et puis tous les portables ne passaient plus. Quelqu'un avait une radio, on a donc pu entendre qu'il y avait eu un gros tremblement. Tout de suite nous avons pu voir l'impact sur les maisons autour de nous. Ils ont annoncé un tsunami de 3 mètres de haut, j'ai tout de suite pensé aux étables, qu'il fallait que je rentre à la ferme. Si j'avais pris un retard de 30 minutes, je n'aurais pas pu passer la route principale qui a été engloutie par les tsunamis juste après. La route était bouchée alors j'ai pris des petites routes pour rentrer. A mon arrivée la moitié des bâtiments avait le toit écroulé.
J'ai mis 15 minutes pour rentrer. L'électricité était coupée. Le 11 la nuit, je suis venu à Namie pour voir l'état de la ville, les routes étaient éventrées. La mairie a installé des lumières. Ils commençaient les secours.
Nous avons donc regardé les images du tsunami sur notre GPS/TV, car nous n'avions plus d'électricité ni moi ni mon voisin.
D
ès le soir 20h on a parlé de la centrale qui avait des problèmes et déjà les évacuations de 5 km autour étaient annoncées.
Nous avons fait boire les vaches, à l'aide d'un générateur diesel, nous avons pu prendre soin d'elles, et joindre les tuyaux au puits pour puiser de l'eau. Nous avons commencé par ça. Le matin, très tôt, 3 voitures de police sont venues, et je leur ai dit que je ne pouvais pas partir car j'avais des vaches. Je me situe à 14 km de la centrale et ils voulaient rester là pour installer leurs appareils de surveillance en live de chez moi. Ils étaient là pour me demander cela.
Ils ont installé leurs appareils audio et une antenne parabolique et ont commencé à émettre leurs informations.
Et ce qu'ils filmaient de l'hélicoptère, ils le transmettaient par satellites à cette station installée près de chez moi. Pendant qu'ils étaient là, je leur faisais passer des boissons chaudes ou des boulettes de riz. A 3h36  Daiichi (le réacteur 1) a explosé, alors ils sont tout de suite partis de là. Ils nous ont conseillé de partir, ils avaient des informations importantes et devaient partir, en nous conseillant fortement de partir.
Après l'explosion de Daiichi, le 14 à 11h, des étincelles sont apparues au-dessus de (?? coupures, pas entendu), nous avons pris conscience que des radiations fortes étaient dans l'air. Le 15, on nous a dit que les forces d'auto-défense
allaient peut-être asperger de l'eau ...coupures....

''Avez-vous pensé à évacuer à ce moment là?"

J'avais donc 330 vaches, et il me fallait trouver un moyen de les faire boire tous les jours. Donc avec le générateur on a pu les abreuver. Pendant une semaine, je n'ai pas pu me décider. Je ne voulais pas me défiler. Près de chez moi, nous sommes 6 ou 7 éleveurs de vaches laitières comme moi, alors au début nous avons essayé de les traire sans électricité, et sans eau, et au bout de 2 jours, les ordres d'évacuation étant lancés, ils sont partis de chez eux. 10 000 personnes sont parties dans une autre ville, à Tsushima.
A une heure de route, le directeur Murata san a évacué à Nihonmatsu. Il ne voulait pas s'éloigner et partir seul, il voulait que ce soit nous tous. Il est parti chez sa sœur le 16.
10 000 personnes ont évacué de Tsushima, après l'explosion du réacteur 3. A Namie- machi on nous disait que la radiation était mille fois plus forte que la normale, et on nous incitait à partir aussi. On nous a même demandé si la vie des vaches était plus importante que celle des hommes, mais moi, je ne pouvais pas laisser les vaches, et je savais que je n'allais pas mourir des radiations sur le champ, comme pour une intoxication au gaz sarin par exemple, alors j'y suis allé de ma responsabilité.
Le directeur Murata nous a donc laissé agir selon nos choix, individuellement.
Nous étions 3 à gérer la ferme, une autre personne âgée aussi.

C'est donc le 17 au soir, en partant pour Tokyo que j'ai pris la décision de moi aussi demander des compensations à Tepco, et le directeur était au courant. Nous sommes arrivés vers 23 h à Tokyo, plusieurs voitures de journalistes étaient assemblés devant le siège de Tepco. Le lendemain, le 18 au matin, je suis allé à la police mais c'était trop tôt, on m'a dit de revenir alors je suis allé directement à Tepco, et je suis sorti avec une bannière au nom de la ferme.
Des policiers m'ont tout de suite encerclé, et je leur ai expliqué que mes vaches n'avaient plus rien, que nous n'avions plus d'électricité et je me suis mis à pleurer. Les policiers ont été surpris. Ils m'ont fait entrer à l'intérieur, et j'étais content qu'on m'ait fait entrer, car c'était mon but. De là, des responsables sont sortis, je suis allé à leur rencontre et leur ai dit que j'allais leur demander des dommages et intérêts et les poursuivre en justice. Que Tepco se défilait et laissait faire l'armée d'autodéfense. C'était à eux d'aller éteindre les flammes, pas les autres. Pendant 20 ou 30 minutes je les ai accusé, j'étais dans tous mes états. J'ai pu leur dire tout ce que j'avais sur le cœur.
J'ai été probablement le seul à venir à leur siège de Fukushima, le 17, 18 mars. Après cela, je suis retourné chez les policiers. Ils ont compati mais n'ont pas voulu me donner d'autorisation pour parler devant le palais impérial. Plus tard, j'ai reçu cette autorisation de parler dehors. Je le fais régulièrement tous les mois, mais le 18 mars je n'ai rien eu. Je suis donc resté une semaine à Tokyo, en dormant dans ma voiture, suis allé au ministère de l'agriculture pour leur demander de sauver les animaux. je suis même allé à la commission sécurité nucléaire où je les ai accusé de ne pas avoir su protéger des radiations. "Vous n'êtes qu'une commission de l''INsécurité nucléaire!"  J'ai demandé à rencontrer le secrétaire général Edano, qui avait dit que cela n'était pas de sa responsabilité, j'étais en colère contre lui, pourquoi ne dit-il pas que c'était une explosion, et que cela n'avait aucun effet sur la santé humaine. Je voulais le rencontrer.
Ils étaient gentils en me recevant, quand je leur ai dit que je venais de Namié, ils ont pris un RV, et j'ai du retourner à ma voiture. je me suis demandé si je devais arrêter tout cela, aller me réfugier chez ma sœur à Chiba... (a-t-il été reçu??)
Je suis rentré à Namie, il neigeait parfois, et je leur ai expliqué tout ce que j'avais fait à Tokyo, mais que ce n'était pas par désespoir, c'était aussi pour qu'ils comprennent à quel point c'était difficile pour nous. J'ai bien fait d'y aller, dès le début, c'est ce que je me dis.
Tous les 3 jours, j'allais chercher des résidus de pousses de soja pour nourrir mes bêtes, je n'avais même pas de compteur Geiger à l'époque.

Et puis ils ont fermé la zone et il est devenu punissable de rentrer dans cette zone, et je n'avais pas d'autorisation pour entrer. Nos vaches n'avaient plus aucune valeur marchande, mais on m'a demandé pourquoi je faisais tout cela, au risque d'être irradié. j'en ai beaucoup discuté, mais pour moi c'est devenu de l'obstination.

Pendant une semaine le directeur M. Murata ne savait pas non plus quoi faire, mais il a aussi pris la décision de ne pas les laisser périr.
J
e voulais une autorisation d'entrée, et je suis allé à la mairie de Soma pour en faire la demande, là j'ai rencontré le député Takamura qui venait pour nous aider. Lui-même n'est pas originaire de la région, mais il connait bien le maire de Minami Soma (voir dans la rubriques "les politiques", j'ai beaucoup repris les rapports du député Takamura sur son blog). Surtout concernant la préservation de la vie des animaux de ferme ainsi que les sauvetages des animaux de compagnie. Il est venu souvent voir notre ferme. Ensuite Madame Abe du parti Shamintô est souvent venue nous soutenir.
Abe sensei nous a aidé à financer l'installation des panneaux solaires pour pomper de l'eau fraîche du puits avec un minuteur. Et de là nous avons pu installer notre caméra live.

JAPANIMAL: je viens de leur envoyer un fax: "Nous vous soutenons de France, que 2012 soit une année pleine d'espoir, de la part de Japanimal".

Ceci a permis de parler de l'intérêt que porte le monde à la ferme de l'espoir:
"j'ai effectivement reçu plusieurs journalistes étrangers.
Entre les microsieverts, les becquerels et le reste, nous ne comprenions pas grand- chose. C'est sûrement très dangereux, mais comparé à ceux qui travaillent directement dans la centrale, les doses sont infimes.
"Pourquoi allez-vous donc prendre des risques pour nourrir vos vaches?'' me demandaient les journalistes étrangers.J'ai 57 ans, alors pourquoi devrais-je paniquer à mon âge? Pour moi le fait de ne pas les abandonner et de vivre parmi elles est ma mission, et aussi une forme d'obstination. J'ai envie de servir à quelque chose, étudier les effets sur la santé des vaches, toutes les semaines nous prélevons des échantillons d'urine et de sang pour les analyser. Les vaches sont bien sûr irradiées, mais elles vivent bien, et cela mérite d'être étudié.
Le gouvernement nous a poussé à accepter les euthanasies des animaux, sans même faire aucune mesure, ceci est comme s'ils voulaient tout effacer. Les fonctionnaires de la mairie considèrent les animaux comme des débris, qu'il faut nettoyer, dont il faut se débarrasser. Je suis allé de nombreuses fois leur expliquer tout cela. Et si le gouvernement ne souhaite pas faire de recherches, eh bien, nous pouvons toujours les faire faire par des instituts étrangers.

Je pense qu'il y a encore environ 1500 vaches en vie.
""Actuellement vous avez pu acheter 50 tonnes de fourrage grâce aux dons, et vous les partagez avec les éleveurs près de chez vous, n'est-ce pas? Et vous prévoyez d'en acheter encore 100 tonnes l'an prochain pour le redistribuer aux éleveurs proches ?''

De retour dans l'étable, le compteur affiche 5.41 microsievert par heure, soit 100 fois plus que les personnes vivant à Nagoya. Ici le veau, a dû naître il y a un jour. Il tête. les vaches ont été "inséminées" peu avant la catastrophe, et elles ont donc porté leur bébé jusqu'à présent. Voici Ichigo chan, elle a été trouvée près du corps de sa mère, et on nous l' a apportée. Elle grandit à présent avec un couple de chèvres que nous avons. Elles grandissent comme des sœurs.

http://japanimal.canalblog.com/archives/2011/12/31/23125454.html

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Tout commentaire qui se veut une publicité cachée est refusé.