lundi 28 novembre 2011

Le piège de Prométhée


Voilà la suite de la série ''Le piège de Prométhée'', diffusée sur le blog EX-SKF.

Elle sera diffusée en 4 parties. Aujourd'hui les parties 1 et 2.
La traduction de la première partie a été assurée par Léonor, qui a prêté son concours au blog. Merci à elle.


----------------------------------------------------La série de l'Asahi Shinbun continue et en ce moment on en est à la partie 3 qui parle de la suppression des données scientifiques. Cela continue d'être un excellent article et il est toujours imprimé en troisième page.
Je viens de finir la lecture de la partie 2 ''démission d'un chercheur'', qui comporte 21 épisodes. Bien que l'Asahi Shinbun s'affaire à combattre les blogs qui rassemblent les articles de la série pour une lecture commode, ils ne peuvent tous les supprimer, et je les ai lu sur un blog.

Dedans, il y a un très curieux élément d'information sur la simulation de SPEEDI, la NISA et la décision du bureau du premier ministre pour mettre en place une zone d'évacuation en cercles concentriques. En bref :

Le ministère de l'éducation a ordonné des simulations de SPEEDI depuis le début et savait exactement où envoyer les responsables pour faire les mesures réelles à Namie-machi, Fukushima ;

La NISA a aussi ordonné de faire des calculs de simulation sur son propre SPEEDI avec encore plus de précision ;
La NISA a mis en place la zone d'évacuation le soir du 11 mars en se basant sur une simulation ;
La NISA a stoppé son travail dès que le bureau du PM, qui se basait sur une information non crédible ou une procédure adoptée, a annoncé les zones d'évacuation en cercles concentriques.
La lecture de la partie 2 de la série fait penser que presque tout le mal qui est arrivé ensuite aurait pu être empêché si les politiciens et les bureaucrates avaient, dès les deux premiers jours cruciaux, agi pour protéger le public, ce qui je pense est leur devoir constitutionnel. Au lieu de cela, ils ont joué à une lutte de territoire comme si c'était un jour habituel pour la bureaucratie.
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Le piège de Prométhée, partie 2
Démission d'un chercheur (1/4)
Instructions d'une grande précision.
Shizo Kimura et les autres arrivèrent à Fukushima le 15 mars. Ce jour-là, le réacteur n° 2 de la Centrale Nucléaire Fukushima 1 fut endommagé aux environs de 6 heures du matin et une grande quantité de matières radioactives s'en échappa.
Dans la soirée du 11 mars, le quartier général des contre-mesures en cas de catastrophe nucléaire fut installé par le gouvernement national à 5 km de la centrale. Cependant, le soir du 14 mars, ils décidèrent de quitter les lieux en raison d'une inquiétude liée à l'état du réacteur n° 2. Le départ se fit cette nuit-là et le quartier général se retrouva le 15 mars après-midi dans un bâtiment du siège de la préfecture de Fukushima, à 60 kilomètres de la centrale.
Makio Watanabe, l'un des responsables du quartier général, reçut au bâtiment du siège de la Préfecture de Fukushima l'après-midi du 15 mars, cette instruction: "La situation est extrêmement sérieuse, allez mesurer la radioactivité."
Watanabe avait été détaché au quartier général par le Ministère de l'Education pour gérer la sécurité nucléaire à Ibaraki. Ses instructions furent d'aller mesurer la radioactivité en 3 endroits dans la zone montagneuse de Namie-machie. Ses instructions étaient extrêmement précises, très ciblées. Il s'y rendit en voiture et commença à mesurer la radioactivité vers 9 heures du matin. Il fut alarmé en voyant les chiffres. Les trois lieux présentaient des taux de radioactivité très élevés et le district d'Akogi, à Namie-Machi, présentait un taux de 330 microsieverts/heure.
En y repensant, Watanabe dit :"Je n'arrivais tout simplement pas à y croire". Il voulait annoncer la nouvelle tout de suite mais son téléphone cellulaire n'arrivait pas à se connecter et il ne pouvait pas utiliser son téléphone satellite car il pleuvait. Il se dépêcha de rentrer à Kawamata-machi et utilisa une cabine publique pour faire son rapport. Sur le chemin de retour, il vit des lumières dans les maisons. Il restait encore beaucoup de gens (à Namie-machi).
"Je ne voulais pas que les gens soient irradiés. Mon rapport disait que les taux de radioactivité étaient extrêmement élevés et j'ai demandé au quartier général de bien vouloir rendre ces chiffres publics le plus vite possible."
Watanabe n'avait même pas de tenue de protection. Comme ils étaient partis précipitamment vers le siège de la Préfecture de Fukushima, ils avaient laissé les équipements de protection.
"Je ne pensais pas à ma sécurité à ce moment-là. Je me sentais obligé de le faire."
Cependant les chiffres relevés et rapportés par Watanabe en se mettant en danger ne furent jamais utilisés pour l'évacuation des habitants. Le Ministère de l'Education annonça les chiffres le 16 mars mais sans préciser les lieux. Le ministère n'informa jamais Namie-machi. Namie-machi ne connaissait pas le danger et n'en informa donc pas les habitants. Et plus encore, le Secrétaire du Chef de Cabinet [Edano] n'arrêtait pas de dire aux conférences de presse ''le taux de radioactivité ne peut affecter l'organisme humain de façon immédiate."
Comment se fait-il alors que le quartier général connaissait les lieux à forte radioactivité avec une telle précision ? Watanabe déclare : "Qui a décidé quels endroits mesurer et qui m'a donné les instructions ? Au jour d'aujourd'hui je ne le sais toujours pas."
Le journaliste remonta à la source : il s'agissait du Ministère de l'Éducation à Tokyo. Les instructions s'appuyaient sur SPEEDI et le Ministère connaissait l'étendue de la contamination radioactive.
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Je me rappelle le visage de Yukio Edano lors des premières conférences de presse après l'accident. Il disait "pas d'effet immédiat". Les gens étaient soulagés. Ils se sont même inquiétés de sa santé, lui disant d'aller prendre un peu de repos. Puis, un jour d'avril, il y a eu un clip d'informations où il était en visite dans la préfecture de Fukushima, à Minami Soma City, avec une tenue de protection et un masque. Les gens tout d'abord se sont moqués, car cela semblait contredire sa déclaration de "pas de risque immédiat".

Il savait. Et il a menti. Et les gens le savent maintenant, bien que ce soit trop tard. 
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''Le piège de Prométhée'', partie 2

Démission d'un chercheur (2/4)
 

Dans l'épisode 11, nous apprenions que le ministère de l'éducation savait exactement où chercher les fortes radiations, parce qu'il avait le résultat de la simulation de SPEEDI, mais il ne s'est pas soucié d'en faire part alors que cette information aurait fait toute la différence. Dans l'épisode 12 qui suit ci-dessous, nous verrons dans le détail pourquoi l'information n'a pas été partagée.
Démission d'un chercheur (12) Soudain une évacuation en cercles concentriques
Pourquoi le ministère de l'éducation fut-il capable d'identifier précisément l'endroit qui allait mesurer 330 microsieverts/h de radioactivité le 15 mars ? (rédigé par Takaaki Yorimitsu)
Ministère de l'éducation et de la science, Kasumigaseki (quartier des ministères), Tokyo. Itaru Watanabe (53 ans), directeur-général du bureau politique de la science et de la technologie :''En fait, nous avons utilisé SPEEDI en mode d'émission unitaire''.

SPEEDI est un système de simulation pour prévoir les effets de la radioactivité. Il prend en compte la direction des vents, leur vitesse et la topographie et ainsi prévoit la dispersion des matériaux radioactifs.

Les matériaux radioactifs ne s'étendent pas en cercles concentriques, et la zone de contamination prendrait une forme aux multiples protrusions. Prévoir la forme d'une zone contaminée avec SPEEDI et évacuer les habitants aussi vite que possible – c'est le principe fondamental de la préparation d'une urgence nucléaire.

La prévision serait basée sur l'information donnée par la centrale concernant la quantité de matériaux radioactifs émise. Cette information n'était pas disponible dans cet accident.
Il est pourtant possible de faire une prévision en entrant un chiffre officieux. C'est ''l'émission unitaire'', qui suppose l'émission d'1 becquerel par heure. Avec cette méthode, Watanabe pouvait identifier correctement la zone fortement contaminée.

Ce n'est pas que Watanabe utilisait une méthode spéciale. Le guide mis au point par la commission de sécurité nucléaire spécifie que le calcul de la simulation est fait par émission unitaire ou par un chiffre prédéterminé parce qu'il est difficile de savoir la quantité précise d'émission juste après un accident. En se basant sur la carte ainsi calculée, les zones et les directions qui nécessiteront une surveillance accrue seront décidées.
''Cela s'accordait exactement avec le manuel pour se procurer l'information de l'émission unitaire. C'était dans le manuel que le calcul de l'émission unitaire devait être distribué aux parties impliquées quand la quantité réelle d'émission était inconnue.''

Selon le manuel, l'information devait être délivrée à plusieurs ministères et agences du gouvernement, la commission de sécurité nucléaire, la préfecture de Fukushima et les quartiers généraux locaux. '' Le ministère de l'éducation ne sait pas si le résultat de SPEEDI a servi dans la décision des zones d'évacuation. Les zones d'évacuation ont été décidées non par le ministère de l'éducation mais par le quartier général pour les réponses nucléaires d'urgence. Le manuel a été suivi cette fois et l'ordre d'évacuer en cercles concentriques a été émis abruptement.''
Selon le manuel, le ministère de l'éducation donnerait l'information et grâce à elle le quartier général émettrait des ordres d'évacuation. Le quartier général pour réponse nucléaire d'urgence était la résidence officielle du premier ministre.

Pourtant, le premier ministre Kan, le ministre de l'économie et de l'industrie Banri Kaieda et le secrétaire du chef de cabinet Yukio Edano ont tous insisté pour dire qu'ils n'étaient pas au courant pour SPEEDI. En particulier, Kaieda et Edano ont dit au rassemblement de la Diète qu'ils n'ont pas été au courant jusqu'au 20 mars. Que s'est-il passé ?

(À suivre dans les prochains articles)
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Cela ressemble à quelqu'un (ou à plusieurs personnes) qui n'ont pu résister à jouer au ''Sir Humphrey'' (manipulation et faux-fuyants) dans ce qui a pu être la plus urgente situation à laquelle le pays ait eu à faire face. Et le PM Kan, à la différence du PM de fiction Hacker, n'a pas pris la peine de savoir comment utiliser les bureaucrates de carrière.

 

5 commentaires:

  1. http://leuven.pagesperso-orange.fr/Europe.htm

    hors sujet mais important

    bises

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  2. Merci Helios de nous avoir fait traduire cette suite.

    C'est toujours le silence dans nos médias aux ordres. On ne peut connaître ce qui se passe au Japon que sur internet :(
    Heureuses les personnes qui peuvent lire et comprendre l'anglais.
    Je me sers parfois de google pour un résultat décevant.

    Un grand merci à tous nos traducteurs (traductrices devrais-je dire) pour ce gros travail qui nous informe.

    PS : j'aimerais avoir la photo du "liquidateur", comment faire ? Merci de votre réponse :)))

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  3. Pour Anonyme de 1:06
    Les propos sont d'une vulgarité excecrables :(

    Je n'adhère pas du tout à ce genre d'article, on peut dire la même chose avec des mots plus corrects, et le message passerait bien mieux.

    A vomir !

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  4. @ Mickye :

    Pour avoir la photo du liquidateur,tu m'envoies un mail (en cliquant dans la colonne de droite,au-dessus de "archives du blog", sur mon pseudo, tu le trouveras) et je t'envoie la photo.
    Bises

    Hélios

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  5. @anonyme de 05h05

    triste ignorant ou ignorante...ne cherche pas à comprendre t'es pas équipé(e) pour...

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JE RAPPELLE QU'IL Y A UNE MODÉRATION DES COMMENTAIRES. TOUS CEUX À VISÉE PUBLICITAIRE PARTENT DIRECTEMENT À LA POUBELLE !