Bistro Bar Blog

vendredi 14 octobre 2011

Rencontre entre des journalistes allemands et des ouvriers de Fukushima

Voici la traduction des sous-titres de la vidéo faite par la télévision allemande que je vous annonçais. Si j'étais capable d'incruster les sous-titres, je le ferai volontiers, mais c'est un domaine qui m'est étranger.
Concernant les ouvriers, les liquidateurs, ayons une pensée de reconnaissance et de remerciement et prions pour leur avenir. 


La chaîne allemande TV-channel ZDF parle avec des ouvriers de Fukushima Daiichi

Le Japon est sujet de doute depuis que les réacteurs nucléaires de Fukushima ont explosé et que l'opérateur TEPCO a minimisé la situation.
Quel progrès a-t-il été fait dans la dangereuse réparation des barres de combustible fondues ?

Des ouvriers de Fukushima ont contacté aujourd'hui nos collègues de ZDF studio à Tokyo. Ceux qu'on nomme souvent des héros, ceux qui font le nettoyage, ont donné leur version sur leurs sévères conditions de travail sans avoir aucune idée des doses de radioactivité réelles là-bas. Même si la catastrophe nucléaire est sortie de la tête de la plupart des gens, pour ceux qui y travaillent, elle continue, ainsi que nous le rapportent Johannes Hano et Martin Niessen.

Nous sommes sur la route vers la zone restreinte. Elle se situe toujours approximativement à 30 km des ruines de la centrale endommagée de Fukushima Daiichi.
Les villages ici sont presque tous morts. Nous sommes dans la zone d'évacuation.
Des écoles qui n'ont pas vu de classes depuis un long moment. Les enfants et les enseignants disséminés dans d'autres écoles. Des champs de riz redevenu sauvages, et des fermes abandonnées partout.
Et tout d'un coup devant nous le dénommé J-Village, qui servait de centre d'entraînement et de récréation à la ligue japonaise de football. Depuis la triple catastrophe du 11 mars, il sert de point de rassemblement pour le sauvetage de la centrale nucléaire.
Il se trouve directement au bord de la zone d'exclusion des 30 km. Les personnes non autorisées ont interdiction d'entrer. Les ouvriers retournent à cet endroit après leur tâche à la centrale. Par un passage latéral, nous sommes entrés discrètement sur le site et avons tourné à couvert, car les journalistes ne sont pas les bienvenus ici.
Nous avons pénétré ensuite plus loin dans la zone d'exclusion par une route détournée.
Nous y avons rencontré en secret trois ouvriers qui veulent nous donner des informations sur leurs conditions de travail inhumaines, mais qui par crainte de représailles ne veulent pas être reconnus.

Ouvrier : ''Dans cette région, on ne trouve virtuellement plus de travail. Je travaille donc maintenant pour TEPCO. S'il ressort que je vous communique des informations, je n'aurai plus de travail et plus de revenus et je ne pourrai donc plus subvenir aux besoins de ma famille.''

Manifestement TEPCO et ses sous-traitants craignent plus que jamais la transparence : pendant notre recherche, nous tombons sur un contrat qui interdit aux ouvriers de causer aux journalistes. Littéralement il dit : citation '' Si le signataire accepte ce travail, qu'il soit à l'intérieur ou à l'extérieur de l'enceinte de la centrale de Fukushima, il doit rester dans un strict secret concernant toute information (qu'elle soit écrite, orale ou obtenue par observation)''.
Et plus loin : ''le signataire n'acceptera jamais d'interview ou une quelconque enquête de la part de tout média, que ces requêtes aient ou non à voir avec le travail.''
Les ouvriers nous parlent de la situation et des conditions de travail dans les ruines atomiques. Pas étonnant que les responsables veuillent les voir silencieux.

De nouveaux ''points chauds'' sont découverts sans arrêt sur le site, c'est à dire des endroits à très forte radioactivité. La plupart du temps, ils les découvrent via la télévision, nous disent-ils. Ainsi début août, une dose absolument léthale de 10 sieverts a été mesurée autour d'une conduite :

Ouvrier : ''Nous ne savons pas où se trouvent les zones interdites ; où c'est vraiment dangereux. Pendant les réunions de chantier, ils nous en disent un petit peu, mais il n'y a aucune explication fiable pour savoir où ne pas aller et il n'y a pas de barrières claires.''

Mais la radioactivité peut être vue ou sentie, et pour ceux qui sont touchés, souvent même pas mesurable :

Ouvrier : ''Avec mon dosimètre, je ne peux mesurer qu'en microsieverts, mais si vous allez au bâtiment du réacteur 1, il indique ERREUR. Cela veut dire qu'il ne peut pas mesurer au-delà. On ne peut mesurer des chiffres qui dépassent la capacité de l'appareil.''

Même si TEPCO utilise des robots aux endroits les plus contaminés, le travail dans les ruines atomiques est une mission suicide, comme les experts en radioactivité l'avertissent.

Radiologue : ''Les ouvriers y sont sujet à des doses extrêmement élevées, juste par l'exposition à la radioactivité externe. Si vous y ajoutez l'interne, par exemple en ingérant de la nourriture ou une boisson, la charge est beaucoup plus élevée. Et récemment, 10 sieverts par heure ont été observés. Je parle de 10 sieverts, parce que les instruments de mesure ne pouvaient lire au-delà. Mais la dose léthale absolue est pour les humains entre 7 et 8 sieverts.''

Mais même des doses de radiations beaucoup plus basses auxquelles sont exposés les ouvriers à la centrale nucléaire détruite pourraient causer de vrais problèmes de santé, même pour les générations à venir :

Radiologue : ''Si les testicules des hommes sont exposés à d'intenses radiations, cela peut engendrer des défauts génétiques aux descendants. Cela peut être des déformations des membres, par exemple des doigts qui poussent sur une épaule. Ce peut être des anomalies du système nerveux central et du cerveau, un retard mental.''

Les ouvriers se retrouvent dans une situation inextricable : la peur au ventre, peur de la radioactivité, peur de perdre leur emploi, peur de TEPCO. Seuls deux d'entre eux ont bien voulu parler dans notre studio, loin de la centrale nucléaire :

Ouvrier : ''J'ai très peur. Que va-t-il se passer, si dans 10 ou 20 ans, lorsque des dépenses importantes seront nécessaires pour ma famille, je tombe malade et ne peux plus la soutenir? J'y pense tout le temps. Je me fais aussi du souci au sujet de la santé de mes futurs enfants.''

Mais de tels soucis sont sans fondement. C'est ce que le conseiller pour la santé de la préfecture de Fukushima a déclaré pendant une réunion peu de temps après la catastrophe. L'homme est un médecin très décoré et il est vraiment sérieux :

''Ceux qui sourient n'auront aucun dommage par la radioactivité, seulement ceux qui se font toujours du souci. Bon, ce n'est pas un test animalier : si vous affrontez la situation, aussi difficile soit-elle, et bien la radioactivité ne vous affectera pas. Moins de 100 microsieverts par heure est sans danger pour la santé de toutes façons.''

100 microsieverts par heure, ce qui ferait 876 millisieverts par an. La limite dans une centrale nucléaire allemande est de 400 millisieverts, pour la vie entière.

Mais les officiels japonais minimisent sans cesse le risque. Ils ne s'embêtent pas à payer correctement les ouvriers, ces ouvriers qui s'exposent tous les jours à la radioactivité. Nos contacts nous montrent leur contrat avec un sous-traitant. Pour l'équivalent de 80 à 100 € par jour, ils travaillent à la ruine nucléaire. Une prime de risque est attachée à certaines conditions :

Ouvrier : ''Vous voulez une prime de risque, disent-ils. Si oui, signez là s'il vous plaît. Nous n'avons pas le choix, parce que bien sûr nous voulons une prime de risque qui dépasse 10 € par heure...mais si vous signez, vous acceptez que l'employeur ne soit pas responsable si vous tombez malade plus tard.''

Nous voulons savoir si toutes ces accusations sont exactes au quartier général de TEPCO à Tokyo. Un porte-paroles s'en lave les mains de toute responsabilité. Il dit que les ouvriers étaient informés des dangers et que les contrats n'étaient pas le boulot de TEPCO :

Porte-paroles de TEPCO : ''Nous ne savons pas ce qui est écrit dans ces contrats, car il est conclu directement entre nos sous-traitants et leurs ouvriers.''

Nous voulons savoir si TEPCO en tant qu'employeur principal se sent responsable pour les ouvriers qui nettoient leur ruine nucléaire :

Porte-paroles de TEPCO : ''Je suis désolé, je ne connais pas les contrats, je ne veux donc faire aucun commentaire dessus.''

Des ouvriers qui font pour trois fois rien le sale travail de nettoyage des ruines atomiques, un employeur qui se décharge de toute responsabilité, des médecins qui recommandent de sourire comme moyen de se protéger contre les dégâts de la radioactivité.

Mépris des êtres humains en japonais.

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Depuis l'accident nucléaire de Fukushima, 18.000 ouvriers ont déjà du affronter la catastrophe. La plupart d'entre eux ont été envoyés par des sous-traitants ou des agences d'intérim.

1 commentaire:

  1. Vidéo sous-titrée:

    http://www.dailymotion.com/video/xlp1ib_temoignages-d-ouvriers-tepco-fukushima_news

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