lundi 24 octobre 2011

Le piège de Prométhée (partie 1, épisodes 7 et 8)


Épisodes précédents : épisode 1, épisodes 2 et 3, épisodes 4 et 5, épisode 6

Des hommes en tenue de protection (7 et 8) ''Personne n'a porté secours à mes parents''


Episode 7
Venez à Tokyo dès que possible

Il y a des gens qui se sont déplacés d'un endroit à un autre sur les instructions de leur fille à Tokyo sur un appel de téléphone portable. Hiroshi (67 ans) et Shoko (68 ans) Monma, par exemple, ont évacué vers la maison de Mizue Sugano [à Namie-machi].

La maison du couple se trouvait dans le district de Gongendo de Namie-machi, à moins de 10 km de la centrale nucléaire. Le matin du 12 mars, le système de communication d'urgence par radio a alerté les habitants d'évacuer vers le district de Tsushima. Le couple est allé à la maison de Mizue à Tsushima ; Mizue était une de leur connaissance.
Ils arrivèrent chez les Sugano avant midi. Shoko aida Mizue à préparer de la nourriture pour les évacués. Après le dîner, 25 évacués se présentèrent mutuellement. Il y avait pas mal de gens que le couple connaissait.
Quand Mizue leur a parlé des hommes en tenue de protection blanche, ils restèrent quand même.
Mais le matin suivant, le 13 mars, Mizue leur a dit à nouveau de partir, et ils le firent avant midi.
Ils se dirigèrent au nord vers Minami Soma. Tous les magasins étaient fermés. Ils trouvèrent un restaurant toujours ouvert, et mangèrent le seul plat encore possible. Trois hôtels ont refusé de les accueillir, le 4ème fut d'accord pour les recevoir pour la nuit.
Ils espérèrent trouver un vol à l'aéroport de Fukushima le soir du 14 mars et retrouver leur fille aînée à Tokyo le 15.
Mariko, leur fille aînée (36 ans) n'arrêtait pas d'appeler ses parents sur leur téléphone portable après le séisme. Elle n'a pu se connecter qu'une seule fois, juste après le séisme du 11 mars ; après cela, uniquement par emails.
Mais la dernière réponse à son email, ce fut à 8h43 le 12 mars.
''Je prie pour votre sauvegarde.''
Elle fit de son mieux pour trouver les toutes dernières informations sur l'accident nucléaire à la TV et sur Internet et les envoya à ses parents.
Après l'explosion du réacteur 1 le 12 mars à 21h00, Mariko entendit les experts à la TV dire, ''Ce n'est pas un problème''. ''L'explosion n'a fait que souffler les murs extérieurs, et pas ceux qui libéreraient du matériel radioactif'', ce qu'elle écrivit à ses parents. Cela s'avéra totalement faux.
Après l'évacuation de ses parents vers Minami Soma le 13 mars, elle leur écrivit, ''Retombées radioactives même à la centrale d'Onagawa. C'est dangereux là-bas. Venez à Tokyo.''
Et à midi le 14 mars, ''Le réacteur 3 a explosé à 11h30. Venez à Tokyo dès que possible.''
Son père répondit, ''Je ne pense pas qu'il nous faille aller aussi loin''. Mariko gronda son père. ''Faites comme je vous dis !''
Des gens en position d'autorité n'ont rien fait pour aider leurs parents. C'est ce sentiment d'indifférence que garde Mariko. (rapporté par Motoyuku Maeda)

Episode 8
Je ne peux chanter une chanson qui parle de mon foyer

Hiroshi Monma (67 ans), qui évacua le premier de la maison de Mizue Sugano, était enseignant de collège. Il était également impliqué depuis 40 ans dans un mouvement anti-nucléaire depuis la construction de la centrale nucléaire de Fukushima I.
Cela démarra avec 3 habitants qui se retrouvèrent dans la maison des Monma à Naraha-machi. Ils continuèrent à évoquer le danger des centrales nucléaires au gouverneur de la préfecture et au maire de la ville. Ils allèrent aussi une fois par mois aux réunions faites par TEPCO pendant plusieurs années et la réunion mensuelle était prévue pour le 22 mars.
Un groupe de 404 personnes intentèrent un procès contre la centrale nucléaire de Fukushima II et perdirent. Monma se souvient encore très bien de ce que le juge du tribunal de Sendai avait dit.
''Au lieu de juste manifester aveuglément contre la centrale nucléaire, il est nécessaire de se calmer et de réfléchir. Car nous ne pourrons probablement pas stopper une centrale nucléaire.''
Cela fait 21 ans depuis le verdict. Les illusions sur la non-dangerosité des centrales nucléaires se sont toutes envolées trop facilement.
''Cela montre combien étaient optimistes les suppositions de TEPCO. Par leur faute, tellement de gens ont souffert. Comment la compagnie va-t-elle assumer ses responsabilités ?''
Il se sent pourtant mal à l'aise avec l'accusation de Namie-machi contre le gouvernement national et TEPCO, disant que ce qu'ils ont fait [ou plutôt n'ont pas fait] était un ''homicide''.
Il y a un plan prévu par Tohoku Electric pour construire une centrale nucléaire à Namie-machi ; le plan circulait il y a 40 ans. Le conseil municipal de Namie-machi s'intéressait activement au plan.
L'année dernière, un conseiller municipal a dit à Hiroshi lors d'une réunion de voisinage : ''La centrale nucléaire éclairera le futur de Namie-machi. Je sais que vous êtes contre, mais...''
En retournant temporairement chez lui en juillet, il a mesuré les radiations. Près de la maison, il y avait 4 microsieverts par heure.
Il y a un gros plaqueminier (kaki) dans le champ. Il l'a planté quand sa fille aînée Mariko, 36 ans, est née. Il a fallu des années avant que l'arbre ne donne plus de 300 kakis.
''Nous ne pouvons plus manger de ses fruits. Ils sont tous contaminés.''
Il y a environ 30 ans, son groupe anti-nucléaire loua une salle de sports et invita une compagnie théâtrale de Tokyo à mettre en scène un accident où des matériaux radioactifs fuyaient d'une centrale nucléaire. C'était l'histoire des habitants de la ville courant partout pour échapper à l'accident nucléaire. La réalité a dépassé la fiction.
Mari et femme vivent aujourd'hui dans un complexe immobilier de Kita-ku à Tokyo.
Le loyer mensuel est plutôt élevé, 135.000 yens [1771 US$], mais ils ont décidé de prendre cette location pour être près de leur fille aînée. Une avance temporaire d'un million de yens de TEPCO sert à payer le loyer.
Hiroshi aimait chanter en choeur quand il vivait à Fukushima. En juillet, il a entendu parler d'un choeur à Kita-ku et a fait un essai avec sa femme Shoko.
Ils ont chanté ''Furusato'' (Ma patrie). ''La montagne où j'allais voir courir  les lapins..'' Hiroshi et Shoko n'ont pu finir la chanson. (rapporté par Motoyuki Maeda)

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Commentaire d'Arevamirpal (l'auteur du blog EX-SKF) :

La chanson est dans un style formel écrit en japonais, et il veut dire grossièrement ceci en anglais (ce qui ne rend pas justice au japonais original) :

La montagne où j'allais voir courir les lapins
La rivière où j'allais pêcher
Je rêve toujours de mon ancienne patrie
Je ne peux l'oublier
Comment vont mes parents qui vivent toujours là-bas ?
Comment vont mes anciens amis ?
Quand il pleut, que le vent souffle
Je pense toujours à mon ancienne patrie
Un jour pour réaliser mon rêve
Je retournerai à mon ancienne patrie
Où les montagnes sont vertes
Où l'eau est claire


Et bien, ils ont détruit mon ''foyer'' aussi. Je n'ai pas un seul endroit propre, non irradié pour revenir chez moi. Et ils courent partout comme des poulets à qui on a coupé la tête, promettant une ''décontamination'' aux gens et des impôts qui vont augmenter pour que des politiciens étrangers leur vendent des centrales nucléaires, et disent aux gens que c'est OK pour manger des aliments contaminés et forçant les enfants à aller à l'école dans des régions fortement irradiées.

Vidéo avec Placido Domingo qui interprète cette chanson ''Furusato'' le 10 avril 2011 :

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