dimanche 14 août 2011

Pour ou contre l'euthanasie ?

Je viens de lire cet article sur Romandie News et il nous renvoie vers celui-ci, écrit par un journaliste du Monde, Franck Johannès.
Alors, en son âme et conscience, et spirituellement parlant, l'euthanasie dans certains cas est-elle tolérable ?
Je suis sûre que vous avez des cas à nous rapporter où vous auriez été d'accord pour abréger les souffrances physiques et morales d'un proche.  D'autres diront qu'il faut vivre son karma jusqu'au bout... Je pense qu'il faut en être passé par là pour prendre cette décision capitale.


Le sourire de l’ange

D’ordinaire, on ne met pas de choses personnelles sur ce blog. Mais c’est aussi une bataille pour les libertés. Mon père est mort. J’ai fait un petit texte pour son enterrement, le voilà, les mots sont mes seules armes. Que ceux qui peuvent s’en émouvoir en mesurent, pour moi, l’importance.

Auvers-sur-Oise, le 27 juin.

Merci, d’abord, d’être là, dans cette église d’Auvers, qu’il a aimé, qu’il a peint, qu’il a copié, dans l’ombre inquiète de Van Gogh, dont il n’avait, sans doute heureusement pour nous, pas le génie mais une partie de la douceur et de l’anxiété.

Il a longtemps habité dans la maison, ici, en contre-bas, dont le jardin remontait presque jusqu’aux marches de l’église, c’est resté sa vraie dernière demeure : un jour d’égarement, il y a un mois, il attendait un taxi pour y retourner. Il voyait de son jardin le clocher, carré, immobile, serein, qui apaisait son besoin de lignes simples, calmes et ordonnées. Il a toujours préféré peindre des rues plutôt que des paysages, et des paysages plutôt que des hommes. Peut être parce qu’il avait besoin d’éternité, peut être parce que ça bouge moins.

Papa était bon croyant, mais piètre catholique. Il allait à la messe, pour faire plaisir à Marie-Pierre, parce qu’il disait qu’on pouvait bien perdre une heure pour Dieu, et parce qu’il se disait in petto qu’on ne sait jamais, il est toujours prudent d’avoir deux fers au feu. Guy avait gardé de ses jeunes années, lorsqu’il était berger, une tendresse pour la nuit. Il nous disait qu’il ne fallait pas avoir peur de la nuit, que son étoile, l’étoile du berger, la première à apparaître, était là pour nous protéger. La leçon a porté, je la guette, le soir, dès que l’on sort des lumières de la ville, et j’en parle à mes enfants.

Avec la maladie, la peur est venue. Il redoutait l’arrivée du soir, il ne comptait plus en jours, mais en nuits, terrorisé par l’arrivée des cauchemars, des souvenirs de mort, de la guerre, des mille petites souffrances et des terreurs d’enfant qu’on enterre pendant sa vie d’adulte, et qui reviennent en grimaçant avant la fin. Il n’en avait jamais parlé, il a fallu attendre ces dernières semaines pour apprendre quelques bribes, incohérentes, il parlait de ces fantômes du passé en tremblant - hors de lui – terrifié.

C’est l’une des grandes leçons que je retire de ses derniers jours, et qu’il nous faut comprendre, nous et ses petits-enfants : il ne faut pas garder au fond de soi nos terreurs minuscules, il faut en parler, les apprivoiser, pour sinon s’en débarrasser, au moins vivre avec. Papa n’a pas su, elles sont remontées quand il ne pouvait plus lutter, je vous assure qu’il en a eu une peur horrible.

Ce ne sont pas des choses qui se disent, mais qui le dira ? Son agonie a été terrible. Après seize ans de maladie de Parkinson, son corps s’est refermé sur lui, il est mort enterré vivant dans une enveloppe qui n’était déjà plus la sienne. Il faut mesurer cette lente descente aux enfers, marche après marche. La première fois qu’il n’a plus réussi à peindre. La première fois qu’il a perdu l’équilibre sur une échelle. La première fois qu’il a renversé son verre en essayant de l’attraper. La première fois qu’il n’a pas eu le temps d’aller aux toilettes. La première fois qu’il bougeait trop pour parler au téléphone. Horrible maladie, qui veut que dans une même journée, soit on bouge trop, soit pas assez.

Il n’avait encore rien vu. Après il a fallu supporter l’humiliation de porter des couches, d’être déshabillé par ses enfants, de se faire essuyer les fesses par des inconnues, d’entendre les infirmières lui claironner aux oreilles, « il a bien mangé, monsieur Johannès ? Il a fini son petit yaourt ? » Plus il devenait grabataire, plus les gens pensaient qu’il était sourd – il y avait erreur sur la personne. L’une des dernières fois qu’il a pu manger à la cuillère, l’un de ses derniers repas en réalité – c’était de la blédine au goût brioché. Je lui demandais si c’était bon, si c’était chaud, toutes ces choses idiotes qu’on dit quand on fait manger quelqu’un qui n’a pas dit un mot depuis deux jours. Il m’a juste répondu, « arheu, arheu », avec ce terrible sens de l’humour très noir, souvent d’un goût douteux, qui est la seule chose incontestable qu’il nous ait légué.

Après, bien sûr, les choses ont empiré. Il voulait mourir chez lui, auprès de nous. On l’a retiré de l’hôpital, un grand mouroir très propre, pas loin d’ici, le docteur nous a dit, « Vous êtes admirables, démerdez-vous ». Papa voulait mourir. Il avait essayé une fois. Même ça, ça lui a été refusé. Il ne pouvait plus parler, presque plus ouvrir les yeux, mais il entendait tout. Imaginez ce long cauchemar, ce que c’est que d’être emmuré dans son corps, dans un silence contraint, de ne plus pouvoir bouger les jambes, de ne plus pouvoir manger, ne plus arriver à aspirer un peu de jus d’orange avec une paille, puis d’avoir les mâchoires serrées à jamais, qui ne répondent plus, qui vous ferment définitivement tout contact avec l’extérieur.

Lui était là-dedans. Deux semaines. A compter les jours, les nuits. Assommé de morphine, se réveillant d’un sommeil trouble, avant d’attendre dans une semi-conscience de tomber un peu plus bas. Je sais qu’il se disait, « mais qu’est-ce que vous foutez ? » On a fait ce qu’on a pu, on le lui disait. Parfois il avait juste une larme, nous on pleurait pour lui, difficile de croire qu’un corps aussi menu que celui de Marie-Pierre, ma mère, ait pu contenir tant de larmes.

En France, l’euthanasie est interdite. Nous avons été l’un des derniers pays d’Europe à interdire la peine de mort, nous serons l’un des derniers à légaliser l’euthanasie, la contradiction n’est qu’apparente. On ne meurt pas de la maladie de Parkinson. Papa avait un cœur d’acier et des poumons d’airain, il aurait pu vivre un siècle. En France, on n’abrège pas les souffrances – on les soulage. Papa ne pouvait plus manger ni boire ? On lui a donné de la morphine, avec des doses de cheval, et il a fallu attendre qu’il meurt de faim et de soif, les médecins ont fini par nous le dire franchement.
Vous mesurez l’horreur et la barbarie ? Hippocrate avait vraiment voulu ça ? Que tous ceux qui aimaient Guy n’oublient pas son calvaire, il a adhéré à une belle association, du coup moi aussi, qui milite pour le droit à mourir dans la dignité. C’est une belle formule. Elle lui a été interdite. La loi Leonetti de 2005 a fait un pas en avant, mais un pas seulement. Que chacun de nous, avec ses moyens, se battent pour faire avancer les choses. Pour papa, mais aussi pour nous, qui sait ce que l’avenir nous réserve.

Maintenant il a retrouvé la paix. Papa était croyant, à moitié boudhiste. Il croyait aux esprits, en la réincarnation, à son ange gardien qui se promenait, présence apaisante, autour de lui. Un jour, à l’hôpital, il nous a supplié de demander qu’on arrête les somnifères, parce qu’il dormait sans rêves et ne pouvait plus entendre son ange gardien. Les derniers jours, l’angoisse avait chassé l’ange. Je suis bien sûr qu’il est revenu et qu’il flotte aujourd’hui autour de nous, avec ce demi-sourire mystérieux qu’on retrouve sur la cathédrale de Reims, et que Papa aimait tant.

ADMD, Association pour le droit de mourir dans la dignité, http://www.admd.net/, 50, rue de Chabrol, 75010 Paris

27 commentaires:

  1. Superbe texte, Hélios.

    Superbe.

    Le sujet est très sensible, extrêmement sensible et je n'ai pas d'opinion tranchée, comme d'habitude, au possible.

    Nous avons peur de la souffrance comme nous avons peur de la vieillesse. Elles font pourtant parties de la vie.

    L'humain doit il supplanter Dieu dans l'acte de mort?

    Je ne pense pas.

    Il y a des techniques pour partir par soi même. Pourquoi ne pas les enseigner?

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  2. Au cas par cas , mais toujours concertation intime entre le malade + la famille + le médecin.

    Pour les soins palliatifs, ils s'annoncent : "bonjour, c'est les soins palliatifs !" (très réjouissant de les voir arriver)

    Par contre, le jour où vous les entendez passer dans le couloir, sans s'arêter à la chambre du malade, c'est très, très mauvais signe :(((

    Il y a d'excellents médecins, très humains, avec lesquels vous arrivez à comprendre avec peu de paroles. Tout se fait pour ainsi dire, sans paroles.
    Lorsqu'un malade atteint d'un cancer du côlon se met à vomir, il faut savoir ce qui va lui arriver ensuite et humainement, personne ne peut et ne doit supporter ça.
    Surtout, pas d'acharnement therapeutique, à moins de vouloir infliger le pire de tout ce qui peut exister à la personne malade.

    Pour une fois "anonyme"

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  3. http://lymesentinel.blogspot.com/2011/07/stop-alzheimers-now.html

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  4. Oui, texte tres saisissent!
    Et d'apres vous, pourquoi n'autorisent ils pas l'euthanasie? Je ne pense pas a un probleme ethique, bien au contraire, plus un malade meurt longtemps, plus il rapporte a l'industrie pharmaceutique!!!!

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  5. Magnifique texte qui décrit si bien notre relation à la maladie, la mort et surtout notre impuissance face à la souffrance de nos proches.
    Ma mère est partie après dix longues années de souffrance. Elle a terminé sa vie complètement paralysée, le corps brisé.
    Elle a pris tous les antidouleurs possibles, morphine entre autre. Vers la fin, cette morphine altérait son cerveau et lui provoquait des "visions", visions d'horreur qu'elle nous décrivait. On en riait, vaine tentative pour la rassurer. La dernière et, je ne l'ai compris qu'après, était l'exacte réalité de ce qui s'est passé après son départ. Elle avait vu des hommes venir la chercher et l'emmener hors de chez elle. (Elle est morte dans son appartement. C'était son désir).
    Quand j'allais la voir, elle ne me parlait pas de sa souffrance ou alors avec beaucoup de tact, de pudeur et je savais que si elle m'en parlait ainsi, c'est que sa douleur était intolérable.
    Elle préferait me demander des nouvelles de mes fils, leurs études, les voyages de mon mari, bref; tout ce qui pouvait lui faire oublier, quelques heures, son état. Il m'est arrivée, parfois, en sortant de chez elle, de demander à ce qu'elle soit libérée parce que sa souffrance et sa dégradation étaient insoutenables.
    Et les années ont passé ainsi. Elle était là, me remontant le moral juste par la beauté de son regard, par sa douce présence.
    Quelques jours après son enterrement, en discutant avec mon frère, j'ai appris que les deux dernières années, elle suppliait souvent qu'on la laisse partir. Jamais elle ne m'en a fait la moindre allusion. Jamais un mot, un geste qui m'aurait fait comprendre à quel point cette vie de douleurs, ce chemin de croix, elle souhaitait en être libérée.
    Et si j'avais su, quelles auraient été ma position, ma décision ? La laisser mourir de faim et de soif comme la loi le demande aujourd'hui. Impossible.
    Ce choix doit se faire respectueusement, dignement. Je comprends qu'on veuille abréger la douleur. A quoi sert elle quand la fin est presque là ?
    Cassandre

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  6. je serait pour l euthanasie des polititien et fonctinnaire et banquier et de tous ceux qui veulle notre controllé et nous dominé

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  7. Merci pour ce texte terrible et qui nous laisse sans réponse. Consolation.

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  8. Merci Cassandre pour ton témoignage. Ta Maman a fait preuve de beaucoup de courage et de détachement. Elle est libre maintenant.
    Bises

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  9. Merci Hélios.
    Dans son regard, je voyais ses prières.
    Elle me manque tant, ma petit maman mais je sais qu'elle est en Paix, à présent.
    Cassandre

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  10. Merci Cassandre pour ton témoignage, ta maman est admirable.
    J'ai eu l'occasion d'être témoin de situations difficiles au niveau familial et aussi dans le cadre professionnel.
    J'ai du mal à comprendre que l'on puisse faire de l'acharnement thérapeutique et prolonger la souffrance des autres.
    Je n'ai jamais eu à prendre de décision concernant la vie de quelqu'un, mais il m'est arrivée de prier en voyant la souffrance de patients et de demander à Dieu de faire quelque chose pour eux.

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  11. Bonjour. J'ai découvert ce blog il y a à peine 24 heures et je me réjouis déjà de la richesse humaine que j'y trouve. Merci Hélios, merci Cassandre et toutes les autres personnes qui en font un tel lieu de partage. Le thème de cette chronique me touche profondément, vous comprendrez pourquoi en consultant le lien audio qui suit. En septembre 2010, j'ai fait ce témoignage aux audiences publiques sur le thème "Le droit de mourir dans la dignité." Peut-être aurez-vous envie de l'écouter. Je vous fais mes salutations les plus cordiales. Robert Duchesne (Québec).

    http://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/AudioVideo-32365.html

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  12. @ Ecodu

    Il faut être un être humain profondément humain et bienveillant pour témoigner ainsi.
    Cassandre

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  13. http://cryptogon.com/?p=24234

    tiens bizarre ces propos de krugman...les"anges"pourraient bientôt débarquer ....!!

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  14. Merci à tous pour vos témoignages. merci Helios, très émouvant ce texte. J'ai eu , malgré mes larmes, "le plaisir" de pratiquer l'euthanasie ayant été 16 ans assistante vétérinaire....rien à voir là ! OH que oui, il y a dans les yeux d'animaux, la même détresse, douleur, souffrances physique et morale, que dans les yeux des humains ! Avec la différence cependant, que nous humains comprenons le pourquoi de cette souffrance....eux non ! Quand je dis "plaisir" ce n'était pas de gaité de coeur, mais cela était fait proprement, avec anesthésie générale.....Tout le bla bla religieux, celui des "médecins" PIPO ! Et NON, l'histoire de KARMA n'existe en fait que dans l'ici et maintenant : C'est la relation de la cause à l'effet , le karma ! Je suis POUR l'euthanasie, SANS DERIVE ( exemple ,vu sur héritage,....là est le danger !)Quant au karma, réfléchissons, combien de vies de souffrances devrait on faire pour EXPIER des crimes de nos vies antérieures (croisades, etc ?) Dieu est AMOUR, que fait on donc de son pardon si nous sommes sincèrement rependants ? Si on revit, c'est pour apprendre à notre âme à ne pas refaire les mêmes erreurs antérieures, et de se "purifier". Mourir dans la souffrance, c'est n'importe quoi ! Autant laisser une gangraine vous digérer dans les flux nauséabonds et attendre que mort s'en suive....

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  15. « Avec la maladie, la peur est venue. Il redoutait l’arrivée du soir, il ne comptait plus en jours, mais en nuits, terrorisé par l’arrivée des cauchemars, des souvenirs de mort, de la guerre, des mille petites souffrances et des terreurs d’enfant qu’on enterre pendant sa vie d’adulte, et qui reviennent en grimaçant avant la fin. Il n’en avait jamais parlé, il a fallu attendre ces dernières semaines pour apprendre quelques bribes, incohérentes, il parlait de ces fantômes du passé en tremblant - hors de lui – terrifié.
    C’est l’une des grandes leçons que je retire de ses derniers jours, et qu’il nous faut comprendre, »

    Ma mère aussi âgée de 96 ans, décédée voila 3 ans était traversée par de semblables terreurs, l’appréhension de l’au-delà,de la survie la tétanisait. Malgré le fait qu’elle soit catholique et qu’elle fut assidûment pratiquante rien ne semblait la tranquilliser. 3 semaines avant sa mort un AVC débouchant sur un coma visible l’apaisa paradoxalement et elle s’endormit ainsi.
    Je pense que toutes ces terribles épreuves constituent une catharsis finale de l’être. Une épuration redoutable mais nécessaire précédant une nouvelle naissance. Il ne faut pas mésestimer aussi le terrorisme intégriste religieux qui submerge dans ces moments d’extrême faiblesse l’inconscient même des athées. Ces épouvantes créées exclusivement à des fins de pouvoir politique dévastent le sens véritable du spirituel.et pour finir endommagent l’âme et le cœur de chacun de nous.
    Cela m’emmène à remercier particulièrement Mickye qui raconte son expérience vécue suite à un mauvais accouchement (billet du 4 08 2011) et qui la conduisit aux frontières de la mort et nous délivre un tout autre message authentiquement chrétien celui là libéré des cauchemars ayatollesques ; elle qui depuis lors est un peu de l’autre monde sans y être vraiment et du notre sans y être non plus.
    Anonyme du 14 08 23h 03

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  16. Bonjour,
    Ayant soigné beaucoup de gens (c'est mon métier), en ayant accompagné pas mal jusque là, je pense que je peux me permettre d'exprimer mon opinion personnelle.

    Première constatation : la médecine moderne, et les médecins qui y sont formé ne supportent pas la mort d'un patient dont ils s'occupent : c'est une défaite pour eux.

    Deuxième constatation : on veut à tout prix essayer les derniers traitements possibles pour "sauver" le patient, quel que soit le prix des séquelles ou des souffrances, pour lui ou sa famille (pareil pour les bébés qu'on réanime à tout va et qui restent handicapés toute leur vie)

    Troisième constatation : dans le règne animal, un individu en fin de vie va se coucher, ne boit plus, ne mange plus, s'endort dans une espèce de coma et ne ressent plus rien jusqu'à ce qu'il s'éteigne naturellement (le cerveau en déshydratation empêcherait de ressentir toute douleur, une espèce de coma profond atteint l'individu, qui rejoint lentement le monde des morts)

    Ce sont des constats. Dans les hôpitaux, on recourt aux soins palliatifs quand on sait que plus aucun traitement ne viendra à bout de la maladie du patient. On l'hydrate (et du coup, il ne peut entrer en coma) au nom du confort, on le gave (nourrit par sonde : même topo), et, parallèlement, on lui administre de la morphine qui, malheureusement, prolonge la longévité, par je ne sais quel processus....

    Je ne parle même pas de l'acharnement thérapeutique (et avant cela diagnostique, à grands coups d'examens pénibles et douloureux, qui parfois les achèvent) dont sont victimes les personnes gravement atteintes et qu'on torture en leur faisant croire qu'elles s'en sortiront, alors qu'on fait des essais thérapeutiques dont peu se remettront....

    Ca, c'est le monde de la médecine moderne.

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  17. Je vais à présent vous parler de la maladie de ma mère, décédée il y a 3 ans.
    Une maladie orpheline (comprenez : pas assez fréquente que pour être rentable en recherchant des traitements). Elle déclenche donc un jour une perte de motricité des membres inférieurs, et une grande difficulté à la marche. Les examens neurologiques et autres nécessaires sont effectués (pas plus qu'il n'en faut : on me connaît, et ça la "protège", oui, je vous assure!)
    Maladie orpheline, dégénérescence axonale d'origine indéterminée : voilà ce qu'il en ressort. Une espèce de Charcot, qui n'en est pas un (cf. Stephen Hawking). La médecine conventionnelle n'a aucun traitement à proposer; Je constate juste que le médicament utilisé pour son artérite (elle est diabétique) aggrave sensiblement sa faiblesse : le neurologue que je connais bien me dit juste : si c'était ma mère, je ne lui donnerais plus. Ce que je fis, bien sûr. Mais elle s'étiolait rapidement, mais ne souffrait heureusement pas.
    Je l'ai convaincue de venir voir avec moi un homéopathe fort réputé. (elle se déplaçait encore, même si difficilement)
    Nous avons fait pas mal de dépassement pour aller le voir. Il lui a donné un traitement.
    Maman a vu sa maladie se stabiliser (relativement, mais ça a duré plus de dix ans), a repris coeur et vie. S'est habituée progressivement à sa dépendance de plus en plus grande. On a dû stopper les béta bloquants qu'elle prenait depuis 15 ans!

    Elle s'est éteinte heureuse, apaisée, d'une infection respiratoire (ses poumons ne pouvaient plus se dilater correctement à cause de la maladie), dans une maison de repos près de la maison, où elle a juste séjourné 15 jours, parce qu'elle était seule à la maison (mon père était à l'époque amputé d'une main sur plaie surinfectée , peau d'ancien grand brûlé) et avec son accord. Elle y a revu plein de gens qu'elle connaissait, et répétait :" je suis bien ici" sans arrêt! je passais la voir aussi souvent qu'à la maison. Elle s'est éteinte dans son sommeil.
    l'homéopathe qui l'a soignée a, depuis, été interdit d'exercer pour trois ans (il gênait, peut-être?)

    L'amie d'enfance de ma mère a souffert de la même maladie. Sa fille n'ayant pas les mêmes "ressources" que moi a fait confiance aux médecins et aux hôpitaux universitaires... Elle a souffert trois mois, on lui a fait un tas d'examens et de traitements, qui n'ont mené à rien qu'à la diminuer encore plus vite. Elle est décédée dans d'atroces souffrances.

    Voilà mon témoignage, en même temps de soignante et de famille atteinte par une grave maladie.

    Je dirai donc que, personnellement, je ne suis pas POUR l'euthanasie (même si je peux comprendre qu'on puisse la pratiquer dans des cas extrêmes, mais c'est au cas par cas, et ça doit être déontologique et humain, sûrement pas légalisé), mais entièrement CONTRE tout acharnement thérapeutique donnant de faux espoirs au malade et à sa famille, infligeant énormément de souffrance pour tous, tout ça parce que la médecine moderne ne veut pas accepter la mort comme une partie du processus de vie....

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  18. Merci pour ces témoignages
    et en particulier à Anonyme de 21h23 et 21h24
    pour avoir développé ce que je voulais dire.
    Lors de mes stages en hôpitaux et de mon travail en maison de retraite, j'ai pu constater qu'en effet la mort est vécue comme un échec de la médecine moderne par certains.
    Je me rappelle d'une dame qui venait aider une mamie à manger et qui me disait être profondément choquée par le comportement d'un des médecins de la maison de retraite qui n'était pas satisfaite quand elle n'avait pas "ressuscité" les personnes en fin de vie et en effet toujours prête a donner le dernier traitement miracle à la mode.Quand je dis "ressuscité", c'est le terme que la dame a employé sur un ton très indigné.

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  19. Je viens de trouver ceci
    http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/touche-pas-a-ma-vie-99021

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  20. Si l'euthanasie était légalisée en France ou ailleurs, ce serait un bon moyen pour pratiquer l'eugénisme, aux dires de certains...

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  21. 21 comm, le sujet est chaud. Le problème est sensible, il touche à l'intime, et n'a en fait aucune solution "politique" ou "globale". Si quelqu'un me faisait une demande de ce genre, à fond, je le ferais. Parce que l'un prime toujours le général. C'est ce qu'ont fait un tas de gens depuis longtemps, et c'est tout à leur honneur : entendre et répondre fraternellement à un désir profond.

    Sautons une case : on arrive au niveau général, politique. Le procureur demande condamnatioon pour homicide. Normal. La foule gueule, normal.
    Il y aura un non lieu ou mieux, une condamnation symbolique.

    3ème phase : c'est là que les bonnes intentions se transforment en pavé de l'enfer : l'euthanasie passera discrètement dans les moeurs, jusqu'à ce que totalement banalisée et admise, elle devienne tolérée, acceptée, puis conseillée et imposée, pour d'excellentes raisons économiques que chacun comprendra. Soleil vert...

    C'est toujours le même scénario. Pas de raison que ça change.

    Toujours fondamentalement optimiste sur l'Homme, et toujours sans illusion sur la capacité hyperminable de l'homme collectif, VJ.

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  22. Scusez, j'ai oublié : d'après certaines sopurces, René Guénon n'est pas mort; appliquant ceertaines techniques soufies, il aurait arrêté de respirer. Je n'en sais rien, je n'y étais pas, je rapporte ce que j'ai lu.Ca peut faire sourire ou hurler de rire, peu me chaut. Ce que je veux dire, c'est que chacun a ou devrait avoir les moyens de mourir sans faire appel à une tierce personne, ce qui est quand même beaucoup demander.

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  23. Euthanasie un autre point de vue sur Alterinfo:
    http://www.alterinfo.net/Euthanasie-Ont-ils-tous-perdu-la-raison_a62500.html

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  24. Bonjour, suicide et euthanasie interdits...selon les "sacro-saints droits de l'Homme". Ne peut-on être libre même de son propre corps ? Je ne comprends pas.

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  25. http://www.inrees.com/Sentiments-d-eternite

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  26. http://www.ted.com/talks/lang/fr/candy_chang_before_i_die_i_want_to.html

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