dimanche 28 août 2011

Le "sniper", par Vieux Jade




Toujours ce style propre à Vieux Jade que j'apprécie beaucoup, même sur un thème hasardeux, comme celui-ci.

Sniper

L'anglais international, sorte de latin des messes noires de la crapulerie moderne du Nouvel Empire nous sert des mots nouveaux, qu'ignoraient nos candides ancêtres, qui n'étaient pas évolués comme nous.
 
J'en ai choisi un, parmi d'autres : SNIPER. ÇNAILLEPEUR. C'est fluide, c'est joli, entre snake et scorpion, tenailles et peur, c'est évocateur.
 
Nos glorieux poilus connaissaient ça sous le nom de "tireur embusqué". A cette différence près que l'embusqué (caché dans le bosquet) de nos grand-pères tirait exclusivement sur du militaire, pas du civil. Pour la patrie. La différence est cependant minime, pour qui considère qu'un humain est un humain, quel que soit le vêtement qu'il a endossé, de gré ou de force. 
 
Les cours sont tellement bien faits, par l'école moderne, qui enseigne à domicile sur grand écran pendant la classe, et jeu video à la récré, que les gamins de 8 ans savent ce que c'est. Enfin, ce que ça désigne. Et trouvent ça tout naturel.
 
Un sniper, c'est un bipède, dont les deux jambes lui servent à gagner prudemment l'endroit abrité où il pourra se livrer à sa fonction, souvent couché sur le ventre puis à en filer. Ses deux bras servent à tenir une arme de précision, de loin, courageusement hors d'atteinte, à la pointer et l'actionner, avant de palper son salaire dignement acquis.
 
Ses sens, principalement ses yeux, et son cerveau servent à repérer ses cibles, et à faire sa besogne, qui consiste à marquer des points.
 
Voilà. C'est un sniper. Un ouvrier comme un autre. Un bon sniper doit avoir un certain rendement, sur lequel je n'ai pas d'information. Croyez que je le regrette. J'aurais aimé pouvoir vous donner les statistiques, et même les records. Tel jour, à Sarajevo, à Tripoli, tel ou tel salarié de Lucifer Corporation ou de Blackwater a battu tous les records en abattant 120 personnes, dont 88 sont mortes par explosion de la boîte cranienne, dont 5 dans l'oeil gauche, trois l'oeil droit et 47 par l'arrière, 12 ont été atteintes à l'abdomen et sont décédées sur place de leurs blessures, confites dans leur tripaille ensanglantée, et 20 sont mortes plus tard à l'hôpital de la gangrène.
 
Voilà ce que j'aurais aimé pouvoir vous dire, mais, hélas, je n'ai pas ces informations.
 
Juste que le monde est maintenant habitué au fait qu'un peu partout, dès que l'ombre se pose sur un territoire, un pays, une ville, des structures autonomes qui ressemblent extérieurement à des humains font une sorte de ménage, la poussière, sans que cela perturbe moindrement la digestion de quiconque. C'est vrai qu'avec la crise, la coupe du monde, les tsunamis, les élections et le rut des gorilles de la haute, on peut pas faire attention à tout. C'est excusable.
 
Et puis il y a certainement de bons snipers, qui se battent pour la libération des peuples opprimés. Avec nous, pour la civilisation. 
 
Il y a d'autres questions auxquelles je n'ai pas de réponses, j'en suis vraiment désolé. Je me rends compte avec honte de toutes mes insuffisances. Je suis sûr qu'un journaliste de TÉHEFHUN aurait fouillé bien plus profondément le sujet. Par exemple : Un sniper a-t-il une famille, des parents, une femme, des enfants ? Rentre-t-il le soir dans sa maison embrasser ses petits chéris ? Pleure-t-il quand sa maman meurt ? Fait-il des projets ? Aime-t-il la caresse du vent sur sa peau, la chaleur du soleil ?
 
Est-il plus content quand sa cible crève tout de suite, ou quand elle gigote pendant des heures ? Préfère-t-il tuer une femme, un homme, un enfant ? Un petit garçon, une petite fille, un grand-père, une grand-mère ?
 
Y a-t-il des formations qu'il préfère, par exemple : un père et sa fille, ou deux amoureux, qui pourront lui faire penser qu'aujourd'hui, la chance lui sourit, et qu'il devrait acheter un billet de loterie ?
 
Est-il payé aux pièces, ou au forfait ? Doit-il souscrire une assurance responsabilité civile ? Doit-il assurer un minimum de cibles dans la journée ? Combien a-t-il de journées de repos ? Est-ce que le samedi compte double ?
 
Un sniper a-t-il un coeur ? Des émotions ? Quand la guerre est passée, il fait quoi, un sniper ? Joue à la pétanque ?
 
Ou est-ce un robot ? Un démon incarné ?
 
C'est con, mais je ne sais rien de tout ça.  

6 commentaires:

  1. Très bien ton texte Helios, triste de constatations....mais un coin de mes lèves s'est soulevé malgré tout à " le rut des gorilles de la haute" ! bises

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  2. Ce n'est pas mon texte, Danysis, c'est celui de Vieux Jade, sur son blog (lien dans la colonne de droite du BBB)
    Bises

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  3. Ah mais si Hélios, merci de relayer ce coup de gueule/coup de coeur de M.Véji que j'apprécie.

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  4. En effet, super texte que celui là... Vieux Jade, tu es un genie!... :-)

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  5. Je ne sais pas si je suis un génie (un djinn, c'est à dire un esprit serpentesque), mais si j'en suis un (qui sait vraiment QUI il est, et ce qu'il est venu faire dans cette marmite?), je ne suis pas le "Génie sans bouillir", parce qu'il y a beaucoup de colère en moi, face à ce que certains esprits ont fait de ce monde. Merci à vous, merci à Hélios de m'avoir publié. Je sais que vous aussi êtes révoltés par ce qui se passe ici.

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  6. bonjour, tres beau cela ma donné envi de visiter votre blog VJ

    merci

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