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vendredi 29 juillet 2011

Politiciens du Japon, que faites-vous ? (1/3)

Notre blogger japonais quotidien a écouté et transcrit (en anglais, bien sûr) la vidéo qui figure ci-dessous, où un homme ose dénoncer l'inertie du gouvernement japonais face au désastre nucléaire.
Voici la partie 1/3

Le Pr Tatsuhiko Kodama de l'université de Tokyo dit aux politiciens : ''Que faites-vous ?'' (1ère partie)


Le Pr Tatsukiko Kodama est le président du Centre des Radioisotope de l'université de Tokyo. Le 27 juillet, il est venu à la Chambre Basse japonaise de la Diète, en tant que témoin pour le Comité de Protection Sociale et du Travail.
Vous souvenez-vous du Pr Kosako, également de l'université de Tokyo, qui a démissionné de son poste de conseiller spécial du premier ministre pour manifester contre la limite de radioactivité de 20 millisieverts/an pour les enfants des écoles ? Il y a plus de chercheurs courageux que je ne le pensais à Todai (université de Tokyo) – l'école suprême pour ''l'establishment''. Le Pr Kodama a littéralement crié aux politiciens du comité, ''Que diable faîtes-vous ?''
Il se référait bien sûr à la pathétique réponse du gouvernement national pour sa gestion de la crise nucléaire, particulièrement quand il s'agit de protéger les enfants.
Même si vous ne comprenez pas la langue, jetez un oeil et écoutez. Il semble sincère, et sa voix tremble littéralement de colère.

Parallèlement à sa colère, il a donné des informations très intéressantes et très dérangeantes, que j'ai essayé de résumer ci-dessous :

Il commence avec les retombées radioactives à Tokyo :

''On a détecté 5 microsieverts/h de radioactivité à Tokai-mura dans la préfecture d'Ibaraki à environ 9 h du matin le 15 mars, et averti le ministère de l'éducation et de la science dans le cadre de la ''notification de l'article 10'' [comme spécifié dans la loi des contre-mesures dans les catastrophes nucléaires]. Plus tard, une radioactivité dépassant 0,5 microsieverts/h a été détectée à Tokyo. Puis le 22 mars il y a plu et la pluie a apporté 0,2 microsieverts/h de radioactivité et c'est je crois la raison d'un niveau élevé ce jour-là.
Le secrétaire en chef du Cabinet Edano a dit à ce moment-là ''Il n'y a pas d'effet immédiat sur la santé''. J'ai pensé réellement que cela allait devenir un gros, gros problème.''
C'était vraiment aux infos que 5 microsieverts/h avait été détecté à Tokai-mura le 15 mars au matin, mais presque personne, sauf les experts en nucléaire comme lui, n'avait fait le lien entre les infos et le niveau élevé à Tokyo. Les habitants de Tokyo n'en ont même rien su. Qu'est-il arrivé ce matin du 15 mars ? Et bien, le réacteur 4 de la centrale a fait à 6h du matin un ''gros bruit'', qui a fait exploser le toit et la chambre de suppression du réacteur 2 a explosé à 6h14. Ou bien cela a pu venir de l'explosion du réacteur 3 la veille, le 14 mars à 11h01.
Le Professeur continue à exprimer son inquiétude à ce moment-là :
''Pourquoi étais-je inquiet ? Parce que la méthode actuelle de prévention des dommages dus aux radiations est basée sur le fait d'avoir une petite quantité de matériaux radioactifs qui émet une très forte radiation. Dans ce cas, la quantité totale de matériaux radioactifs n'est pas un problème. Ce qui l'est c'est l'intensité de la radiation.
''Pourtant, dans le cas de l'accident de la centrale de Fukushima, 5 microsieverts dans un rayon de 100 km [il se réfère à Tokai-mura], 0,5 microsieverts dans un rayon de 200 km [il se réfère à la zone de Tokyo]et la radioactivité s'est étendue loin au-delà, même jusqu'aux thés d'Ashigara et Shizuoka, comme tout le monde le sait maintenant.''

Donc, au lieu d'une petite quantité de matériaux hautement radioactifs dans une zone restreinte, ce que nous avons est une énorme quantité de matériaux radioactifs largement dispersés.
Il continue :
'' Quand nous recherchons la maladie des rayons, nous regardons la quantité totale de matériaux radioactifs. Mais il n'y a aucun rapport précis de TEPCO ou du gouvernement japonais pour nous dire combien de matériaux radioactifs ont été libérés de Fukushima.
''Donc, en utilisant notre base de connaissance du Centre des Radioisotopes, nous l'avons calculé. En se basant sur les données thermiques, c'est 29,6 fois la quantité libérée par la bombe nucléaire sur Hiroshima. En équivalent uranium, c'est 20 bombes d'Hiroshima.
''Ce qui est le plus effrayant est qu'avec une bombe nucléaire la radioactivité va décroître d'un millième en un an, celle d'une centrale nucléaire ne va décroître, elle, que d'un dixième.
''En d'autres mots, nous aurions du reconnaître depuis le début qu'exactement comme à Tchernobyl, Fukushima a libéré des matériaux radioactifs équivalents à la quantité de dix bombes nucléaires, et que la contamination qui en résulte est de loin bien pire qu'une contamination par bombe nucléaire.''
Quelle est donc l'implication d'une énorme quantité de matériaux radioactifs libérés et dispersés largement?Il est beaucoup plus dur de prédire le comportement des particules, car elles possèdent des moeurs non-linéaires :
''Quand une grande quantité de matériaux radioactifs est libérée, ce sont des particules. La dispersion des particules est non-linéaire, et c'est l'un des calculs les plus difficiles dans la dynamique des fluides. Le combustible nucléaire est comme du sable caché dans de la résine synthétique, mais une fois que le combustible fond, une grande quantité de particules super-fines est libérée.
''Qu'arrive-t-il alors ? Le problème est analogue à celui du foin de riz. Le schéma de contamination ne suit pas des cercles concentriques. Cela dépend du temps. Cela dépend aussi de l'endroit où les particules atterrissent – comme sur des matériaux qui absorbent de l'eau, par exemple.''
Son Centre des Radioisotopes a aidé la ville de Minami Soma, et il décrit la situation de la ville en détails concernant le foin de riz radioactif :
''Nous au Centre des Radioisotopes avons aidé Minami Soma dans l'effort de décontamination. Nous avons effectué 7 décontaminations jusqu'ici. Quand nous y sommes allés la première fois, il n'y avait qu'un seul compteur Geiger. Le 19 mars après que le ministère de l'agriculture a délivré un compte-rendu [sur le bétail], la nourriture, l'eau et le carburant étaient sur le point d'être épuisés dans la ville. Le maire a lancé un appel à l'aide sur Internet, qui a été largement visionné.
''Dans ce genre de situation, personne n'a voulu regarder le bout de papier du ministère, personne n'a voulu savoir. Les éleveurs ne savaient pas que le foin de riz était en danger. Ils ont acheté quand même la nourriture à l'extérieur, payant des centaines de milliers de yens, et ont commencé à abreuver le bétail avec la même nappe phréatique qu'eux.
''Que pouvions-nous donc faire ? Nous devons garantir qu'une mesure de radioactivité minutieuse est faite dans la zone contaminée. Comme je l'ai dit, il n'y avait qu'un compteur geiger à Minami Soma quand nous sommes venus en mai. En fait, il y avait 20 dosimètres fournis par les militaires US. Mais personne à la mairie ne pouvait comprendre le manuel en anglais jusqu'à ce que nous arrivions et leur disions comment les utiliser. C'est comme cela là-bas.
''Quant à l'inspection de la nourriture, il y a plus d'appareils perfectionnés de contrôle que de compteurs pour le germanium, comme les détecteurs semi-conducteurs. Pourquoi le gouvernement japonais ne dépense-t-il pas d'argent pour des subventions [le développement de ces détecteurs perfectionnés] ?
''Depuis 3 mois, le gouvernement n'a rien fait de tout cela et j'en tremble de colère.''

8 commentaires:

  1. Heureusement que de "vrais" hommes s'insurgent et osent le dire courageusement . Hélas, dans certains pays dit "démocratiques" le micro leur est éteint, et ces hommes n'ont plus droit de parole. couic, circule, on ne veut pas entendre !

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  2. bonjour,
    ce petit mot pour saluer hélios qui nous a traduit le condensé de cette catastrophe qu ifrappe le japon.
    devant tant d'indifférence, je souhaite voir la même chose en france pour voir les politiques fuirent sur leurs petits paradis terrestre sur leur iles bien à l'abri de toutes interference pour leur vie et leur famille abandonnat le peuple qui part en vrille, la révolution par la faim ne va pas tarder a arrivée
    un français de souche, mi normand mi corse un étranger QUOI!!!
    Bon courage a ceux qui restent, je pleurent pour nos enfants...

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  3. Merci pour cette version française ! Je fais suivre auprès de mes amis et connaissances ici au Japon (et en France...).
    Gardons courage.. même si ce n'est guère facile devant tant d'incompétence, de négligence criminelle...

    Amitiés de Tokyo.
    Janick

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  4. Je ne suis pas particulièrement surpris de par de telles méthodes d'enfermement dans la tare des autres. Cette 'positive attitude' de la part des gouverneurs de régions comme du chef de l'Etat mérite la sanction d'embargo.
    Les thés vendus en Europe n'indiquent pas forcément la provenance, quand aux coussins, traversins et autres tapis venus de 'quelque part'...

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  5. Merci Helios pour ces infos
    Vidéo supprimée par youtube ?

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  6. Désolée pour la suppression de la vidéo, je pense que le texte est trop dérangeant pour le gouvernement japonais (qui avait prévenu qu'il supprimerait toute info dérangeante)

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  7. Je ne pense pas que la position des politiciens Nippons soit différente de ce que l'on peut observer chez les élus en France et en Europe, toutes couleurs confondues, les sujets sont un peu différents peut-être. Partout c'est l'incompétence et la gabegie, les financiers manipulent tout ce beau monde et en profitent un maximum
    Toutefois, en ce qui concernent la production et la dissémination des radio-isotopes, peu de gens connaissent ce dont il s'agit en réalité, un exemple: beaucoup d'individus pensent que l'eau peut-être radioactive, hors l'eau ne peut l'être, c'est au contraire la meilleure protection contre les radiations, cependant l'eau détient un rôle majeur, car elle transporte des particules irradiées et c'est là que se situe le vrai problème, car rien n’arrête l'eau et sa présence est indispensable partout. Il en est presque de même pour l'air.
    On pourrait imaginer de grand filtres , mais aucun n'est capable de stopper les particules les plus fines.
    La meilleure solution pour la consommation c'est d'évaporer et condenser l'eau, pour obtenir un liquide débarrassé de tout particule (et des sels minéraux). Mais on ne pourra jamais empêcher la pluie de tomber (heureusement) et de faire son travail d'érosion et de transport les matières.
    Le travail des Japonnais ne fait que commencer et dans ce domaine (nucléaire) il sont court-circularités par les américains, qui leur ont fournis des centrales (westinghouse)
    La recherche Nippone est très en avance dans le nucléaire, mais comme partout il y a 30 de décalage entre la connaissance et son utilisation.
    La politique de l'immobilisme, est une solution pour masquer les problèmes, elle a cours un peu partout en ce bas monde

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  8. Bonjour a tous, mon épouse et moi même avons quitté Mr Wataru Iwata du CRMS (www.crms-jpn.com) il y a de cela quelques heures lors d'une rapide entrevue sur Kyoto. En parallèle, j'ai reçu le mail suivant de Mr Alain Sousa de la CRIIRAD.

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    Bonjour

    Ce mail car comme vous le savez peut être M. Iwata vient avec un groupe du réseau CRMS en France et sera à la CRIIRAD sur Valence la semaine prochaine.

    Dans ce cadre je souhaitais vous solliciter pour savoir si vous pouviez nous aider pour trouver des traducteurs disponibles sur Valence et sur Lyon pour nous aider lors des formations et rencontres qui seront assurées à la CRIIRAD (au moins pour le mardi après midi et jeudi matin)

    Je ne sais pas si vous même ou votre épouse serez en France à ce moment là ? Sinon auriez-vous des contacts que nous pouvons solliciter ?

    Est-ce que vous avec un téléphone sur lequel on peut vous joindre facilement ?

    Merci d'avance de votre réponse rapide, nous sommes en train d'essayer de tout caler pour la venue de la délégation japonaise.
    Bien cordialement

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    Alain Sousa
    Responsable Information Communication CRIIRAD
    Email : alain.sousa@criirad.org
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    Malheureusement, nous ne rentrons en France qu'a partir du 17 aout prochain. Si vous connaissez des personnes parlant japonais susceptible de pouvoir aider, merci de contacter Mr Sousa à ce sujet.

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