jeudi 31 mars 2011

Un volcan islandais, Fukushima, la révolution

Lien envoyé par Sam's d'un article diffusé sur le blog de Paul Jorion.
Merci à lui.

29 mars 2011 par Julien Alexandre | 
Billet invité
Comme dans les jeux enfantins, on peut proposer de trouver l’intrus parmi différents termes d’une proposition, mais il se pourrait bien que cette fois, il n’y ait point d’intrus.
Dans le choix des risques, nous pouvons être confronté à 2 types de risques : des risques naturels et des risques humains et technologiques (les risques technologiques ne sont que des effets des risques humains), le dernier terme de la proposition étant une conséquence des risques encourus ou une solution pour les éviter.
Il apparaît étrange de pouvoir lire ces trois termes côte à côte, tant ils semblent disparates : un élément naturel, une centrale nucléaire en déperdition et un phénomène politique. En précisant bien, on y ajoute même des périodes de l’histoire et des lieux différents, puisque le volcan islandais en question est le Läki au 18ème siècle, Fukushima au Japon du 21ème siècle et la révolution un phénomène… trans-historique et trans-géographique.
Pourtant, à y regarder de près et justement parce que ceux-ci sont par trop éloignés, la comparaison de ces termes est non seulement opportune mais aussi nécessaire.
En 1783, le volcan Läki entra en éruption en Islande, provoquant une fissure éruptive de 40 km de long, d’où sortira le plus grand épanchement lavique de tous les temps, l’équivalent de deux fois le débit du Rhin à son embouchure… par seconde.
Un véritable hiver volcanique s’ensuivit, par la projection de cendres et de pluies d’acides sulfuriques, provoquant des hivers terribles, réduisant la production alimentaire et créant les famines en Europe de la fin des années 1780. Des orages de grêle par exemple, en plein été, détruisirent une bonne partie des récoltes de l’année 1788 en France. Le prix d’un boisseau de blé, de 11 sols en 1706, passa à 206 au printemps 1790. L’un des rares scientifiques de l’époque à avoir fait le lien entre l’observation des intempéries météorologiques et l’éruption du Läki fut Benjamin Franklin, un des pères de la révolution américaine de 1776.
Alors que cet hiver volcanique toucha une bonne partie de l’hémisphère nord, de l’Amérique du Nord jusqu’en Egypte, seule la France entrera en révolution en 1789, de sorte qu’il paraît excessif de corréler trop étroitement ces deux évènements.
Reste qu’à la veille de la révolution française, la population subissait déjà les conséquences de cet hiver volcanique provoqué par l’éruption du Läki en 1783 (mais dont les émissions de cendres perdurèrent jusqu’en 1785) et réclamait du pain, dont le prix explosait, quand Marie-Antoinette, de sa fameuse phrase, leur répondit « Qu’ils mangent de la brioche ! ». S’il est vrai que les conditions politiques et financières forcèrent le Roi à convoquer les Etats Généraux pour trouver une solution à la faillite en cours, un des prolégomènes de cette révolution fut que l’ensemble de la chaîne alimentaire fut touchée par l’éruption phénoménale du Läki. La famine, alliée aux catastrophes climatiques et à la gabegie de la royauté française, participa à l’émergence d’un mécontentement tel que Louis XVI fut forcé de convoquer ces Etats Généraux, qui n’avaient pas été convoqués depuis… 1615.
Autre période, autre lieu.
Fukushima, Japon, aujourd’hui. Après un tremblement de terre très important (mais pas « exceptionnel » en ces terres, comme se plaisent à le dire les commentateurs), suivi d’un tsunami dévastateur, la centrale nucléaire alimente la chronique maintenant quotidienne de l’actualité mondiale, parfois mise sous le boisseau selon les actualités (intervention en Libye, crise en Syrie, élections ici ou là) mais toujours en toile de fond du récit médiatique, tel un feuilleton improbable que des téléspectateurs incrédules suivent, hagards et impuissants. Si l’élément naturel est certes à l’origine de la catastrophe (que d’aucuns eurent le plus grand mal à nommer ainsi), les prolégomènes de celle-ci sont cette fois à rechercher plus en amont, comme le déclarèrent certains experts japonais mais aussi des scientifiques de renom : l’origine de la catastrophe est bien humaine.
Par esprit de lucre. Ou par orgueil prométhéen.
Les preuves commencent à s’accumuler quant à la « faute humaine » : niveau des pré-requis trop faibles quant à la construction, économie sur la sécurité et plus largement, quant au nucléaire, rêve de domination de la fission nucléaire qui tourne au cauchemar, tant il est vrai que cette domination est factice : en lieu et place, les humains en sont contraints à jouer les arrosés arroseurs…
De sorte que n’apparaît guère comme évident l’intérêt de comparer les deux évènements, ni même de savoir ce que vient faire la révolution en cet espace et ce temps, où nul ne parle d’insurrection populaire, au Japon ou ailleurs, hormis dans les pays arabes et pour d’autres raisons.
Pourtant, cet intérêt s’avère plus solide que jamais, si la catastrophe de Fukushima devait perdurer. Car, tout comme le Läki, Fukushima a atteint des strates, en deçà desquelles nous touchons à l’ontologie de l’espèce humaine, à savoir sa survie.
Déjà touchés par la furie des éléments naturels, la terre en premier lieu puis l’eau, les êtres humains commencent à faire face non pas à une furie mais à une « contamination », lente, insidieuse et impalpable d’éléments tout aussi essentiels pour sa survie : l’air, avec la propagation d’éléments radioactifs et les substances nutritionnelles qu’ils absorbent pour se nourrir, soit la chaîne alimentaire ; l’eau, le plus important d’entre eux, étant possiblement contaminé. De sorte que non seulement les Japonais devront faire face à une possible « contamination » à grande échelle de leur chaîne alimentaire mais qu’une bonne partie des êtres humains sur cette planète sont potentiellement concernés par ce risque maximum : on ne parle plus de « contaminations » localisées ou de catastrophes que l’on puisse circonscrire mais bien de catastrophe généralisée à l’échelle de la planète, a fortiori si le plutonium contenu dans le réacteur n°3 se vaporise dans l’atmosphère en cas d’explosion du réacteur (ce qui est un risque non nul si le corium apparemment formé entre en contact avec de l’eau), sans compter le risque de contamination des océans.
Dans ce choix des risques (si tant est que nous ayons le choix), il est donc bien évident que celui de Fukushima appartient au haut de la liste à très court terme : si le CO2 est certes un risque maximal au travers du réchauffement de la planète, il ne l’est cependant pas dans l’immédiat.
Fukushima, oui.
Le Läki, d’origine naturelle, et Fukushima, causée par l’homme, se rejoignent donc dans les effets : planétaires, atteintes à la chaîne alimentaire, psychose collective.
Car de cela non plus nous ne parlons pas. Mais de plus en plus de pays, proches dans un premier temps et certainement moins si la catastrophe s’amplifie, mettent en place des embargos sur les produits alimentaires provenant du Japon, en attendant de mettre en place un embargo plus étendu sur tout ce qui proviendra de ce pays. De sorte que ce containment renforce celui mis en place par les autorités japonaises elles-mêmes sur les produits provenant des régions « contaminées », étouffant encore plus la chaîne alimentaire dans son approvisionnement et ses débouchés et renforçant la crise psychologique en cours.
Par leurs effets, Läki comme Fukushima nous signifient les mêmes choses : quand la chaîne alimentaire est touchée, l’être humain devient alors « hors de contrôle », car il en va de sa survie, tant individuellement qu’en tant qu’espèce.
Face à cela, les pouvoirs de coercition apparaissent bien faibles, le pouvoir médiatique étant battu en brèche et internet une ressource collectivement répandue pour s’informer.
Au Japon même, où les commentateurs louaient (consciemment ou non) l’abnégation du peuple, pour ne pas dire la passivité et le fatalisme, certains commencent à demander des comptes.
En Allemagne, des manifestations monstres rassemblant plusieurs centaines de milliers de participants se sont déroulées contre le nucléaire et l’attitude opportuniste de Madame Merkel ; attitude qui ne lui aura d’ailleurs pas servi pour les élections qui viennent de se clôturer en Bade-Wurtenberg par une défaite de son parti et de celui des libéraux du FDP.
De sorte qu’il serait logique que si la catastrophe de Fukushima se poursuit (et rien ne semble pour l’instant indiquer le contraire : on parle de plusieurs semaines, voir de plusieurs mois d’émissions radioactives), nous serons bientôt placés devant le risque maximum pour les êtres humains : l’atteinte à la chaîne alimentaire, sans compter la contamination de l’air et de l’eau. Que cette contamination soit « dangereuse » en termes effectifs ou non n’est pas la question car les populations concernées seront des plus suspicieuses, le précédent de Tchernobyl hantant les discours publics proférés sur l’absence de danger.
Nous sommes donc loin devant le risque économique voir financier que peut représenter cette catastrophe, risque réels mais peut-être « limités » potentiellement. Ou même d’un risque de contamination, même important, sur un espace localisé, à savoir une région du Japon (et quand bien même le Japon, qui n’est qu’une région de la planète), à l’inverse de ce que nous avons pu connaître avec Tchernobyl, le sarcophage mis en place au prix du sacrifice de dizaines de milliers de « liquidateurs » d’Europe de l’Est nous ayant protégé d’une contamination de longue durée et d’une confrontation à un tel « choix » des risques.
Par les « vertus » de la libéralisation sans frontières, confortée médiatiquement, nous sommes donc confrontés aux effets d’un système mondialisé qu’il nous faut reconnaître, par delà le nucléaire.
Mais aussi démanteler.
Et ce d’autant plus vite que la terre n’a pas attendu d’être « mondialisée » par l’homme pour mondialiser les effets d’une contamination, qu’elle soit volcanique ou nucléaire, les vents en altitude narguant les frontières depuis des lustres : le Läki est justement le type même d’expérience dont nous devrions analyser les retours.
Or, un de ces retours d’analyse est que justement les effets de cet hiver volcanique participèrent à l’émergence d’une révolution en France, pays où les ferments étaient déjà en place pour une telle explosion.
De sorte que nous pourrions poser ainsi différentes questions : à causes différentes et mêmes effets, mutatis mutandis, quel(s) pays connaîtr(a/ont) les mêmes conséquences, à savoir entrer en révolution ?
Et si la révolution française mit à bas un régime que l’on qualifia rétrospectivement « d’ancien » pour mettre en place un « nouveau » régime, la question qui se pose alors immédiatement est : vers quoi aller, en lieu et place ?
Enfin, la question est aussi : combien de temps les structures sociales de nos sociétés pourront-elles résister à l’angoisse de ce risque majeur, réel ou non, avant qu’elles ne rompent ou qu’elles n’implosent pour répondre à cette angoisse ?
Concernant l’éruption du Läki, la société française, déjà durablement impactée par l’ancien régime, résista près de 6 ans. Ce ne fut qu’avec les épisodes les plus dramatiques de 1788, qui provoquèrent des famines mais aussi probablement des ruptures psychologiques collectives (au même titre mais d’un ordre différent qu’avec la peste de 1348), qu’un « seuil » fut apparemment franchi.
En Allemagne, la réponse fut apparemment massive, en termes de manifestants.
Comme le fut la sanction politique.
De même, pourrait-on dire, le désaveu du système politique actuel par l’abstention record que vient de connaître la France ce même jour.
Mais est-ce suffisant ?

SOURCE

2 commentaires:

  1. Bonsoir .... mesure de radioactivité venant de la région Liégeoise en Belgique :
    Thimister 0,113 µSv/h
    Bierset 0,106 µSv/h
    Sprimont 0,121 µSv/h
    Bassenge 0,100 µSv/h

    Que Dieu Vous garde et Vous protège !

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  2. 2-3 pécisions :

    On sait faire beaucoup mieux que le nucléaire en matiére de production d'énergie, sans aucun danger ni pollution, et depuis trés longtemps avec N Tesla, plus récement la Z-Machine, ou ncore ce sacré Grabovoï.


    On fait aussi beaucoup mieux que les bombes nucléaires en matiére d'armement.


    -> Il n'y a aucun frein logique au démantellement des centrales,
    si ce n'est le coût.


    p.s.
    les 7 centrales du japon me font penser au dragon à 7 têtes de l'apocalypse :
    avec apophis en 2036, tout va péter là-bas....

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