jeudi 17 mars 2011

Le point du 17 mars par le Réseau Sortir du Nucléaire

Pas terrible, terrible...


À un moment où la crise nucléaire au Japon prend de plus en plus la forme d’une catastrophe majeure que nous avons tant de fois redoutée, nos pensées vont d’abord vers les victimes de ce drame et vers les travailleurs des centrales accidentées qui s’efforcent au péril de leur vie de limiter les conséquences de la catastrophe. Nous souhaitons aussi exprimer notre solidarité avec nos amis des organisations écologistes et antinucléaires japonaises qui dénoncent depuis de longues années les risques insensés du programme nucléaire de leur pays et s’efforcent de poursuivre leur travail d’alerte dans des conditions extrêmement difficiles.

La menace d'accident nucléaire s'étend maintenant aux 6 réacteurs nucléaires de la centrale de Fukushima Daiichi : le Réseau "Sortir du nucléaire" constate avec effroi l'aggravation de la catastrophe nucléaire et l'impuissance des autorités japonaises.

Point sur la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima Daiichi le 17/03/11 à 11h45
Trois fusions partielles de cœurs, deux incendies de combustible usé et cinq explosions d'hydrogène sont survenues dans la centrale nucléaire de Fukushima Daiichii, qui depuis le séisme et le tsunami du 11 mars dernier, relâche des quantités colossales de radioactivité dans l'atmosphère. Dans 4 réacteurs, le combustible usé pourrait être en contact avec l'environnement.[i] "C'est un cauchemar au ralenti" a déclaré le Docteur Thomas Neff du MIT.[ii]
Le coeur du réacteur nucléaire n°1 a fusionné à 70 %.Le réacteur a subi une explosion d'hydrogène le 12.03, qui a provoqué une hausse ponctuelle de la radioactivité ambiante à 400 mSv/h, soit une dose mortelle pour l'homme en 12 heures d'exposition. Le coeur est refroidi uniquement par injection d'eau de mer dans le circuit primaire. Des rejets de vapeur radioactive ont toujours lieu.
Le coeur du réacteur nucléaire n°2 a fusionné à 33 %. Le réacteur a subi une explosion d'hydrogène le 15.03. Le coeur est refroidi uniquement par injection d'eau de mer dans le circuit primaire. Le circuit primaire du réacteur n°2 ne serait "très probablement" plus étanche selon les autorités japonaises et de la vapeur radioactive s'en échappe.[iii] Des rejets de vapeur radioactive ont toujours lieu.
Le coeur du réacteur nucléaire n°3 a fusionné à un pourcentage inconnu. Le réacteur a subi une explosion d'hydrogène le 13.03. Des rejets de vapeur radioactive ont toujours lieu. Le coeur est refroidi uniquement par injection d'eau de mer dans le circuit primaire. La cuve du réacteur n° 3 a subi des dommages dont on ignore la gravité, le gouvernement japonais ayant changé plusieurs fois d'interprétation à ce sujet le 16.03.[iv]
Le refroidissement de la piscine de combustible usé du réacteur n°3 est devenu très problématique, selon l'AIEA..[v] La perte de refroidissement des piscines de combustible usé est une cause d'accident majeur tout comme la fusion d'un coeur nucléaire, et peut entraîner des rejets très importants de radioactivité dans l'environnement.[vi] Dans la centrale accidentée les 6 piscines de combustible usé sont situées au-dessus des réacteurs et ne sont pas protégées par une couche d'acier et de béton, contrairement aux coeurs nucléaires. Ce qui veut dire que, sans eau, le combustible usé hyper radioactif est exposé directement dans l'environnement.[vii]
"La plus haute des priorités maintenant est de verser de l'eau en quantité adéquate sur les réacteurs n°3 et 4, tout particulièrement sur les piscines de combustible usé" a déclaré un porte parole de l'agence de sûreté nucléaire japonaise le 17.03.[viii] Le matin du 17.03, deux hélicoptères de l'armée japonaise ont déversé 60 000 litres d'eau de mer sur le réacteur n°3.[ix] "Nous avons décidé de le faire car aujourd'hui c'est la date limite (Ndr : pour le faire)" a déclaré le ministre japonais de la Défense.[x] Selon Tepco, la radioactivité n'aurait pas baissé après le passage des hélicoptères et se maintiendrait à un niveau de 3mSv/h, 20 000 fois le niveau de radioactivité naturelle.[xi] Dans la journée du 17.03, des camions citernes équipés de canon à eau devraient prendre le relais des hélicoptères pour arroser à une distance de 45 mètres le réacteur n°3.[xii]
Les piscines des réacteurs n°3 et 4 sont directement exposées à l'environnement et il n'est plus possible de connaître la température des piscines des réacteurs n°1, 2, 3 et 4, au 17.03.[xiii] Alors que les réacteurs n°4, 5 et 6 de la centrale de Fukushima Daiichi n'étaient pas en fonctionnement pendant le séisme, la perte de refroidissement de l'eau des piscines des combustibles usés de ces réacteurs devient, à son tour, très problématique depuis 24h.
Il y a eu deux explosions d'hydrogène le 15.03 et le 16.03, suivies à chaque fois d'un incendie dans la piscine de combustible usé du réacteur n°4. Selon le Président de l'agence de sûreté nucléaire américaine, la piscine ne contiendrait plus d'eau et provoquerait des émissions intenses de radioactivité le 16.03.[xiv] Mais les autorités japonaises ont affirmé, sur la base d'un témoignage d'un pilote d'hélicoptère qui a survolé la centrale, qu'il restait de l'eau dans la piscine sans pouvoir en déterminer la quantité. [xv] Pour autant, l'agence de sûreté nucléaire japonaise ne confirme pas la présence d'eau dans la piscine.[xvi] L'exploitant de la centrale (Tepco) n'écarte pas un risque de redémarrage des réactions de fission du combustible et donc des dégagements colossaux de radioactivité.[xvii] La radioactivité est telle dans la piscine qu'aucun travailleur n'a pu s'en approcher pour verser de l'eau.[xviii] Des rejets de vapeur radioactive ont toujours lieu.
Le niveau de l'eau a baissé de 2m dans la piscine des combustibles usés du réacteur n°5 le 15 mars, à cause de la défaillance du refroidissement du combustible usé et une augmentation de la température de l'eau.[xix] La température augmentait aussi dans la piscine des combustibles usés du réacteur n°6.[xx]
Selon l'agence de sûreté japonaise, le niveau de radioactivité à l'entrée de la centrale a atteint 10 mSv/h (10 millisievert par heure) à 10h40 (heure locale) le 16.03.[xxi] 750 des 800 travailleurs auraient été évacués lundi de la centrale de Fukushima Daiichi, selon Tepco. Au vu des niveaux de radioactivité, Les travailleurs qui restent à la centrale se sacrifient pour lutter contre les accidents en cours. 300 liquidateurs ont rejoints les 50 liquidateurs présents à la centrale de Fukushima Daiichi dans la matinée du 17.03.[xxii] Un nombre croissant de soldats seraient présents sur le site.[xxiii]
Mercredi tous les travailleurs ont quitté brièvement le site à cause du niveau de la radioactivité.[xxiv] Une hausse subite de la radioactivité pourrait entraîner un nouveau départ des travailleurs, ce qui laisserait la centrale hors contrôle, augmentant le risque d'accident nucléaire généralisé sur les 6 réacteurs. Tepco, essayait ce jeudi de connecter une nouvelle ligne à haute tension à la centrale de Fukushima Daiichi pour restaurer les fonctions de refroidissement des 6 réacteurs et de leurs piscines.[xxv]
La contamination du territoire japonais est avérée. Le gouvernement japonais a élargi la zone de confinement de 20 à 30 km autour de la centrale de Fukushima Daiichi, 140 000 habitants sont concernés, alors que 200 000 habitants ont déjà été évacuées du périmètre de 20 km autour de la centrale de Fukushima Daiichi et de 10 km autour de celle de Fukushima Daiini.[xxvi]
"Nous recommanderions l'évacuation dans un rayon bien plus large que celui que le Japon a mis en place" a déclaré le 16.03 le Président de l'agence de sûreté nucléaire américaine (NRC).[xxvii] Le Pentagone a déclaré avoir interdit à ses soldats de s'approcher à moins de 80 km de la centrale de Fukushima Daiichi.[xxviii]
La préfecture de Fukushima a annoncé avoir décelé de l'iode et du césium radioactifs dans l'eau du robinet de la ville de Fukushima à 8h (heure locale) le 16.03. La radioactivité mesurée dans la ville de Namie, à 8km au nord de la centrale de Fukushima Daiichi, était 6600 supérieure à la normale le 15.03. Le niveau de radioactivité mesuré à Ibaraki, à 130 km au sud de la centrale en détresse, était 300 fois supérieur à la normale mercredi matin.[xxix] Le Japon a donné l'ordre aux autorités locales de mesurer la radioactivité dans les aliments le 17.03.[xxx]

Pour suivre au jour le jour le point fait par le réseau, voir ICI

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